26 février 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

24 juillet 2019

Décès du président tunisien Béji Caïd Essebsi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Cinq ans après avoir été élu démocratiquement par ses concitoyens, le président tunisien Béji Caïd Essebsi décède le 24 juillet 2019, soit 5 mois avant la fin de son mandat. Le passage à la tête de l’État de cet homme de 92 ans s’est avéré difficile, le gouvernement étant miné par une forte instabilité et le pays par des problèmes économiques persistants.

Béji Caïd Essebsi occupe plusieurs postes ministériels importants sous la présidence d’Habib Bourguiba (l’Intérieur, la Défense, les Affaires étrangères, etc.). Après avoir quitté la politique en 1991, il effectue un retour dans le contexte du printemps arabe. Il succède à Mohamed Gannouchi comme premier ministre de février à décembre 2011, peu de temps après le départ forcé du président Zine el-Abidine Ben Ali. Au printemps 2012, il fonde le parti Nidaa Tounes (Appel de la Tunisie) afin de regrouper les forces d’opposition contre la formation islamique Ennahdah, arrivée en tête aux législatives d’octobre 2011. Nidaa Tounes prône notamment l’État de droit, l’émancipation de la femme et un Islam tolérant. Ce parti domine les législatives d’octobre 2014, puis Essebsi remporte la présidentielle de décembre, la première tenue de façon démocratique au suffrage universel en Tunisie. Dans ce pays, le premier ministre dirige le gouvernement et le président les forces armées ainsi que les relations étrangères. L’âge d’Essebsi, qui a 88 ans, et des décisions prises dans le passé au sein des cabinets de Bourguiba lui attirent des critiques. Son mandat s’avère difficile, l’instabilité politique régnant au sein du gouvernement qui est impuissant à relancer l’économie. Malgré une percée à l’endroit des femmes, maintenant autorisées à marier un non-musulman, Essebsi ne réussit pas non plus à mettre en place une Cour constitutionnelle, chargée de se pencher sur la constitutionnalité des lois. La popularité du président, qui renonce officiellement à se présenter pour un deuxième mandat en 2019, est en chute. Hospitalisé en juin 2019, il décède le 25 juillet, jour anniversaire de la proclamation de la République. Sept jours de deuil national sont décrétés, alors que des personnalités comme le président français Emmanuel Macron et le souverain espagnol Felipe VI se déplacent pour assister aux funérailles, le 27 juillet.

Dans les médias...


S.A., « Le président Béji Caïd Essebsi s’en est allé »

«...L'acceptation par le peuple de Béji Caïd Essebsi, à cette période [2011], traduit le crédit dont dispose cette personnalité consensuelle auprès de toutes les composantes de la population, y compris les jeunes, qui ont fait la révolution. Lequel crédit ayant été acquis durant six décennies de service dans les différents rouages de l'État tunisien et de sa société civile. Deux coups magistraux ont marqué le passage post-révolution de feu Béji Caïd Essebsi. Il s'agit, d'une part, de la transition démocratique réussie et des premières élections libres de l'histoire de la Tunisie, le 23 octobre 2011. D'autre part, sa réussite à équilibrer le paysage politique, lors des élections de 2014, alors que la Tunisie était sous la domination des Frères musulmans. En 2011 et en pleine effervescence du paysage politique local et régional, le défunt Président était parvenu à gérer une transition démocratique, très lourde de conséquences, avec à la clé les élections de l'Assemblée nationale constituante (ANC), dirigées par l'ISIE et saluées par toutes les institutions internationales, ONG comprises. Feu Béji a été décisif dans la réussite de la Tunisie, malgré les tiraillements intérieurs post-révolutionnaires et la proximité de la Libye, secouée par un conflit armé. Il a remis le pouvoir au gouvernement issu des élections du 23 octobre 2011. Un fait inédit dans le monde arabe. »

El Watan (Algérie), 27 juillet 2019.

Camille Lafrance, « Tunisie : disparition de Béji Caïd Essebsi, héritier de Bourguiba à la prudence contrastée »

«...En près de cinq ans à la tête de l'État, BCE s'est illustré comme « progressiste », notamment grâce à sa défense des droits des femmes. Il avait d'ailleurs commandé un rapport sur l'égalité totale dans l'héritage entre femmes et hommes d'où avait été tirée une proposition de loi déposée à l'Assemblée (l'inégalité étant une option pour les familles, au cas par cas), mais elle n'a toujours pas été votée. Cette tentative de laisser sa marque à travers cette initiative, comme l'avait fait avant lui Bourguiba avec le code du statut personnel (régissant les rapports au sein de la famille et les droits des femmes), est restée en suspens. [...] Personnalité « rassurante », « attentive », d'après ses collaborateurs, il mettait en avant son âge comme gage d'absence d'ambitions personnelles. Mais la présence de son clan familial s'est progressivement superposée à sa propre image. Il a même finalement été accusé d'avoir favorisé l'ascension de son fils, Hafedh, à la tête de son parti. Et a vu Nidaa Tounes se déliter au fil des années, en grande partie du fait de la nomination contestée de ce même fils, aux décisions jugées arbitraires. Son point faible. Son parti, hier triomphant, a depuis perdu de sa crédibilité et plus de la moitié de ses sièges à l'Assemblée. Deux clans rivaux s'affrontent désormais en son sein. C'est sur cette image que BCE s'est éteint. »

Jeune Afrique (France), 25 juillet 2019.

Célian Macé, « Béji Caïd Essebsi, la révolution du compromis »

«...Nidaa Tounes, depuis sa double victoire électorale de 2014, décline inexorablement. Sa rhétorique anti-islamiste est réactivée en période de campagne, mais fait désormais difficilement recette. Presque chaque année, des émeutes éclatent dans les villes de l'intérieur du pays, historiquement délaissées par le pouvoir central. Si la Tunisie a réussi tant bien que mal sa transition démocratique, sa transition économique - l'autre exigence des révolutionnaires de 2011 - est un échec. Déçus, les jeunes ont repris la route de l'exil via la Méditerranée. Depuis plusieurs années, le parti présidentiel s'effrite. En imposant son fils, Hafedh Caïd Essebsi, à la tête de Nidaa Tounes, le «Vieux» a braqué une bonne partie de ses membres, méfiants envers cette succession dynastique. [...] Mais qu'importe si la formation de Béji Caïd Essebsi, qui avait annoncé le 8 avril qu'il ne se présenterait pas à la présidentielle de novembre, s'étiole, voire disparaît un jour. Celui qui se rêvait en héritier de Bourguiba ne laissera derrière lui ni un mouvement politique puissant ni même des réalisations spectaculaires ou des réformes marquantes, comme son mentor. Il aura en revanche permis à son pays d'entrer dans la démocratie tout en restant uni, à coups de ruses, d'accords secrets, d'équilibres instables et de compromis. A sa manière. À la tunisienne. »

Libération (France), 26 juillet 2019, p. 6.

Thierry Brésillon, « Tunisie. Ou la réécriture de l’histoire »

«...Décrié de toutes parts sur la scène nationale jusqu'à son dernier jour, Béji Caïd Essebsi a été métamorphosé en bâtisseur de la démocratie et légataire de la révolution depuis son décès jeudi 25 juillet 2019. À travers l'émotion populaire lors de ses obsèques nationales samedi s'exprimait le besoin de se sentir collectivement sublimé par l'identification à un leader au-dessus de la mêlée politicienne, à une sorte d'homme providentiel post-mortem. Les hommages internationaux, notamment celui d'Emmanuel Macron, renvoient en miroir l'image de cette Tunisie rêvée -- tolérante, moderne, ouverte, émancipatrice de « la femme » -- qui permet aux mêmes élites de revendiquer le droit exclusif de représenter la réalité du pays, la seule légitime et acceptable. En rejoignant la figure de Habib Bourguiba au point de s'y confondre, dans une synthèse entre fondation de l'État indépendant et Révolution, Caïd Essebsi mythifié sacralise une version actualisée du récit national et scelle le sens de la Révolution. Mais l'icône trop vite lissée ne peut pourtant faire oublier les ombres et les complexités. »

Orient XXI (France), 30 juillet 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 24 juillet 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tunisie
IntermédiaireBéji Caïd EssebsiYoussef Chahed

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



octobre
2014
[Résultats] Élections législatives

novembre
2014
[Résultats] Élection présidentielle


Dans l'actualité


janvier
2020
L'« anti-candidat » et constitutionnaliste Kaïs Saïed accède à la présidence tunisienne

octobre
2017
Tunisie : virage vers l'égalité

février
2015
Présidentielle tunisienne 2014 : un modèle à peaufiner

décembre
2014
La Tunisie après le printemps arabe : un portrait optimiste

novembre
2014
Démocratie et effet de remous

novembre
2014
Élections législatives en Tunisie : une victoire du parti laïc Nidaa Tounès

janvier
2011
Tunisie : révolution au parfum de démocratie ?

octobre
2007
Retour au bercail controversé pour un réfugié politique tunisien

septembre
2007
«La Cité du siècle» : développement économique moderne en Tunisie


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019