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17 janvier 1961

Assassinat de l’ex-premier ministre congolais Patrice Lumumba

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Patrice Lumumba

Après avoir été destitué de son poste et arrêté, le premier premier ministre de la République du Congo (RDC) indépendante, Patrice Lumumba, est exécuté dans la province sécessionniste du Katanga. Cet événement fait suite à la prise du pouvoir à Léopoldville par le chef d’état-major de l’armée, Joseph-Désiré Mobutu, avec l’appui de pays occidentaux, dont la Belgique.

Après que son Mouvement national congolais soit arrivé en tête des législatives de mai 1960, Patrice Lumumba devient le premier premier ministre de la République du Congo (RDC). Considéré comme un homme de gauche radical, sa présence inquiète les puissances occidentales et la Belgique de qui la RDC a acquis l’indépendance le 30 juin. Particulièrement critique à l'endroit du colonialisme, le discours que Lumumba prononce le même jour indispose d'ailleurs le souverain belge, Baudouin 1er. Dès juillet, une violente mutinerie de soldats congolais contre des officiers belges toujours sur place provoque une instabilité qui va vite s’accentuer. Des troupes belges sont envoyées à Léopoldville, la capitale, et au Katanga, une province minière qui déclare son indépendance le 11 juillet sous Moïse Tshombé. Des milliers de Belges s’y sont réfugiés. Lumumba demande de l’aide, notamment aux États-Unis, aux Nations unies et à l’Union soviétique, pour bloquer cette sécession. Des conseillers soviétiques arrivent en RDC alors que les troupes onusiennes sont sur place le 14 juillet. En pleine guerre froide, le recours aux Soviétiques accentue les tensions. Le président Joseph Kasa-Vubu révoque Lumumba le 5 septembre. Puis, le 14, le chef d’état-major de l’armée, Joseph-Désiré Mobutu, prend le pouvoir avec l’appui de puissances étrangères. Assigné à résidence, Lumumba s’échappe, avant d’être arrêté en décembre 1960 puis transféré le mois suivant à Élisabethville, au Katanga. Il y est exécuté le 17 janvier 1961 avec deux autres alliés politiques, en présence de politiciens katangais et de Belges. Cette nouvelle ne sera rendue publique qu’en février. Des partisans de l’ex-premier ministre tenteront une rébellion, mais seront vaincus par les troupes de Mobutu. En 2002, le ministre des Affaires étrangères de Belgique s’excusera pour le rôle de son pays dans cette tragédie. Considéré comme le père de l’indépendance, Lumumba sera réhabilité comme un héros national, le 17 janvier devenant même un jour férié en son honneur.

Dans les médias...


Guy de Bosschère, « Un crime pour rien »

«...Patrice Lumumba avait entrepris de lutter contre trop d’ennemis à la fois. Le nœud tragique de la querelle s’est noué autour du sens que l’on attachait à l’indépendance du Congo et qui ne s’est pas révélé être le même pour chacun des leaders qui avaient lutté pour elle. Ce n’est qu’au lendemain du 30 juin 1960 que l’hypothèque fut levée et le malentendu dissipé. Contrairement à Kasavubu et aux ministres de son obédience qui se satisfont d’une « indépendance nominale » sous le patronage technique et économique de l’Occident, Lumumba se déclarait farouchement partisan d’une « indépendance réelle », débarrassée de toute tutelle apparente ou occulte. L’unité du Congo constituait son autre préoccupation majeure. Mais à la différence de ceux qui proclament la nécessité de l’unité sans œuvrer pratiquement à son édification, Lumumba usa du maigre pouvoir dont il disposait pour tenter de l’enraciner dans les faits. Ce souci lui aura été fatal. »

Esprit (France), avril 1961, p. 633.

Éric Rouleau, « L’ancien comptable promu au rang de prophète »

«...« M. Lumumba est désormais notre prophète. » C’est par ces mots prononcés avec une profonde émotion mais sur un ton triomphal, qu’un « ambassadeur itinérant » du gouvernement de Stanleyville, de passage à Paris, a commenté les informations faisant état de la mort de l’ancien premier ministre. « Lumumba, nous a-t-il déclaré, est peut-être mort pour l’Occident, mais pour nous, Congolais, il sera le prophète à jamais vivant, qui nous guidera personnellement à la victoire finale contre les impérialistes belges et leurs alliés. » Les lumumbistes n’ont jamais cru à l’« évasion » du leader congolais. [...] M. Lumumba, aux yeux de ses partisans, devint donc le porte-drapeau de la « lutte anti-belge et anti-impérialiste ». La formule peut surprendre quand on songe que ce même Lumumba était considéré, récemment encore, par ses partisans d’aujourd’hui, y compris notre interlocuteur, comme l’« enfant chéri » des Belges, voire comme l’un de leurs agents. »

Le Monde (France), 15 février 1961, p. 1.

Roger Champoux, « Un long cadavre noir, gênant »

«...La semaine aura donc été drapée de violence; les ambassades belges sont saccagées, le meurtre de Lumumba (un affreux dictateur incendiaire pour les uns et le symbole de la libération africaine pour les autres) fanatise les esprits et provoque de Varsovie au Caire, de La Havane à New York, des actes répréhensibles. À Stanleyville, l’armée doit protéger les Blancs et devant les nations assemblées un homme, Monsieur « H », défend sa tête. Le spectacle n’est pas beau : il est celui de la tourmente et de l’angoisse. En cette même page, lundi, notre rédacteur en chef, M. Jean-Louis Gagnon, qui ne pouvait connaître, au moment de l’écrit, le drame qui se déroulait dans un petit village du Katanga, indiquait la ligne dramatique de la perspective. « L’aspect le plus inquiétant de l’affaire congolaise; écrivait l’éditorialiste, réside dans le tort qu’elle fait au prestige des Nations unies. » Nous sommes aujourd’hui devant ce fait. Le corps de Lumumba est pour ainsi dire en travers de la porte des nations. Il gêne, ce cadavre-là. Il est affreux pour certains, embarrassant pour d’autres mais il conserve toute sa dimension; il n’est pas facile à déplacer. »

La Presse (Québec, Canada), 17 février 1961, p. 4.

S.A., « The Congo Death of Lumumba – & After »

«...While the world outside burst into uproar, the Congo itself received the news with sluggish calm, as if Lumumba’s death was to be expected. There was some scattered violence – but not the widely predicted blood bath. In Léopoldville, Lumumba fans rioted for a night, and somebody cut a man in half. In Bukavu, drunken Congolese soldiers seized a Roman Catholic priest, cut off his ears, and then beheaded him. The Congo’s squabbling politicians seemed more concerned about the line of succession. Almost to a man they found at least qualified praise for the man they had fought. They called days of mourning and turned out for Requiem Masses. Amoung the mourners : President Joseph Kasavubu government, which observed a minute of silence tribute for « a sincere patriot who got involved with bad foreigners » – though it was the Kasavubu government that turned Lumumba over to Katanga after he got too hot to handle in the Thysville prison. »

Time (édition canadienne), 24 février 1961, p. 28.

Gouvernance et gouvernement [ 17 janvier 1961 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Congo (rep. dem.)
TransitionJoseph KasavubuAntoine Gizenga

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1956 - 1966



janvier
1959
Début des émeutes à Léopoldville, au Congo Belge

juin
1960
Proclamation de l'indépendance du Congo

septembre
1960
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

janvier
1961
Assassinat de l’ex-premier ministre congolais Patrice Lumumba

septembre
1961
Décès du secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Dag Hammarskjöld

août
1964
Rébellion à Stanleyville, au Congo

novembre
1965
Coup d'État portant Joseph Mobutu au pouvoir en République démocratique du Congo


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