20 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

10 juin 2000

Décès du président syrien Hafez el-Assad

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hafez el-Assad

Après trente années d’un règne exercé de façon autoritaire, le président de la Syrie, Hafez el-Assad, décède le 10 juin 2000 à Damas des suites d’une attaque cardiaque. Son fils Bachar, seul candidat à la présidence, lui succédera après avoir été désigné par le Parlement puis appuyé par 97,3 % des électeurs lors d’un référendum.

Après un coup d’État effectué en novembre 1970, Hafez el-Assad, qui a une formation militaire, accède à la présidence en février 1971. Il dirige le pays de façon autoritaire, notamment en exerçant une forte répression contre les islamistes, par exemple lors du massacre de Hama, en février 1982. Les tentatives du président de moderniser l’économie, dont l’agriculture, restent peu concluantes. En politique extérieure, la Syrie ne réussit pas à reprendre les territoires du Golan perdus à Israël en 1967, un des objectifs d’el-Assad. Ce dernier exerce toutefois une certaine influence, avec la présence de troupes au Liban et la rivalité avec Israël. Miné par la maladie pendant la deuxième moitié des années 1990, Hafez el-Assad meurt le 10 juin 2000 à l’âge de 69 ans. Considéré comme son successeur, son fils aîné Bassel est décédé accidentellement le 21 janvier 1994. Un autre fils, Bashar, est préparé afin de remplacer le président défunt. Il a étudié l’ophtalmologie au Royaume-Uni avant de revenir en Syrie parfaire ses connaissances militaires. Des critiques s’expriment à l’endroit de ce mode de succession jugé inconstitutionnel. Mais le lendemain de la mort de Hafez el-Assad, le Parlement abaisse l’âge minimal pour la présidence, de 40 à 34 ans, afin que Bashar puisse occuper ce poste. Ce choix est approuvé à plus de 97 % par référendum. L’avenir de négociations entreprises avec Israël reste en suspens. De plus, le nouveau président rappelle que les troupes syriennes quitteront le Liban lorsque son gouvernement le demandera. Après Hussein de Jordanie (7 février 1999) et Hassan II du Maroc (23 juillet 1999), Hafez el-Assad est le troisième homme politique d’envergure de la région à perdre la vie en peu de temps. Plusieurs chefs d’État du monde arabe se déplacent pour lui rendre hommage (Hosni Moubarak d’Égypte, Mohammad Khatami d’Iran), mais un seul leader occidental, le Français Jacques Chirac, fait de même.

Dans les médias...


Chantal Rayes, « L’adieu mesuré des Syriens à leur « raïs » »

«...Certes, le président égyptien Moubarak est venu soutenir Bachar, pesant ainsi du poids considérable de l'Egypte sur la scène régionale. Mais parmi les absences les plus remarquées, il y avait celle du raïs libyen. Le colonel Khadafi était occupé. Le roi du Maroc Mohammed VI a pour sa part rendu la pareille à Hafez el-Assad, qui n'avait dépêché qu'un représentant aux obsèques de son père, Hassan II. Bachar incarne pourtant comme lui la nouvelle génération des chefs arabes. Les Syriens ont enterré leur raïs et, d'un même geste, ont sacré son fils. Place des Ommeyades, ils sont venus sur le passage du cortège funèbre, faire leurs adieux au président. Le front ceint d'un bandeau noir, un jeune homme, juché sur les épaules d'un compatriote, scande la mesure avec un drapeau noir. O paradis, ouvre tes portes, Hafez est de tes visiteurs! Pour le « chef magnifique », on a même revisité le Texte saint: Il n'est d'autre divinité que Dieu, et Hafez est le chéri de Dieu! [...] La foule suit, mais sans grande ferveur. Sans pleurs non plus. Même quand monte l'émotion sur le passage de la dépouille, déposée sur le fût d'un char et recouverte du drapeau syrien. Les gens ont déjà trop pleuré, ils n'ont plus de larmes aujourd'hui, dit un ex-instituteur, venu, lui, par simple curiosité. Mais il y a aussi ceux qui n'ont pas pleuré et ne le feront pas. Pas de marée humaine non plus. »

Le Soir (Belgique), 14 juin 2000.

Étienne Dubuis, « La mort de Hafez el-Assad plonge le Proche-Orient dans l’incertitude »

«...Attaque cérébrale? Crise cardiaque? La mort du président syrien, Hafez el-Assad, samedi à Damas à l'âge de 69 ans, a donné lieu à diverses explications en l'absence de toute version officielle. Et ce qui pouvait être considéré comme le simple terme d'un processus naturel s'est transformé en profond mystère, en secret d'Etat. Comme si rien ne pouvait être dit sans risque, tant l'affaire était grave. Et le fait est que, quelle que soit sa cause précise, le décès de celui que Kissinger a un jour qualifié de Bismarck du Proche-Orient et qui régna sans partage sur son pays pendant près de trente ans ouvre une période lourde de menaces pour toute la région. En apparence, la Syrie devrait vivre une transition en douceur, telle que la Jordanie et le Maroc en ont connu récemment à la mort de leurs rois. Après avoir perdu son dauphin désigné, son fils aîné Bassel, dans un accident de voiture en 1994, Hafez el-Assad avait en effet soigneusement préparé son second, Bachar, à lui succéder. Tout en assurant sa promotion dans les rangs de l'armée, l'un des principaux piliers du régime, en le faisant passer du grade de commandant de bataillon à celui de colonel, il lui a assuré l'expérience internationale nécessaire en l'envoyant dans diverses capitales arabes et, surtout, en lui accordant la supervision du très stratégique et très sensible dossier libanais. »

Le Temps (Suisse), 13 juin 2000.

Majed Nhémé, « Après lui le déluge »

«...Aujourd’hui que le « lion de Damas » – surnom auquel ses détracteurs préfèrent le sobriquet de « lapin du désert » – n’est plus, l’heure du bilan du plus long et du plus implacable des règnes qu’ait connus la Syrie indépendante s’impose. Commencé en 1970 par un coup d’État contre les compagnons de route d’Assad, il s’achève, trente ans plus tard, par un coup d’État dynastique qui ramène la Syrie au rang de république bananière de type somoziste. Associé au pouvoir depuis 1963 – année marquée par le premier coup d’État baassiste en Syrie – , ministre de la Défense depuis 1965, et à ce titre principal responsable de la défaite de juin 1967, à l’issue de laquelle Tsahal s’empare du plateau du Golan, réputé imprenable, Assad devint, à partir de 1970, le seul maître à bord d’une Syrie réputée indomptable. Pendant trois décennies, il gouverne d’une main de fer un pays muselé, alternant purges, bains de sang (massacre de Hama et de Palmyre), répression généralisée, assassinats, intrigues et terreur. La longue stabilité dont on le crédite était à ce prix. Durant son règne de trois décennies, la Syrie n’aura vécu que sous le régime de l’état d’exception. Même les « institutions » constitutionnelles, taillées sur mesure pour régenter la vie politique du pays, n’auront été que des coquilles vides. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), juillet-août 2000, p. 32.

Matthew Cooper, « After the Lion »

«...For three decades, Hafez Assad ruled Syria – and confounded the world. Six American Presidents found him frustrating, remote. The Egyptian pyramids lay to the southwest, but it was Assad who was dubed the Sphinx. Assad remained a riddle. Austere, he neither smoked nor drank. He would summon aides at all hours, to discuss an issue, then closet himself for days before abruptly announcing a decision. He never came to America; from Nixon to Clinton, they either traveled the road to Damascus or met him in neutral Geneva. They worried about elections and deadlines; a dictator, he never worried about the clock ticking. He was legendary for his marathon negotiating sessions and infuriating intransigence. But it was his actions that so befuddled American leaders. Syria helped lead the 1973 Yom Kippur war against Israel; in 1976, it marched into Lebanon and never left. Assad’s Syria has been a stalwart of the State Department’s terrorism list since its inception in 1979 – but it was also part of the anti-Iraq coalition that fought in the Gulf War. His death comes at another one of those precarious moments in the precarious Middle East. »

Time (États-Unis), 19 juin 2000, p. 12-13.

Gouvernance et gouvernement [ 10 juin 2000 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Syrie
FaibleAbd al-Halim KhaddamMuhammad Mustafa Miro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1995 - 2005



juin
2000
Décès du président syrien Hafez el-Assad


Dans l'actualité


octobre
2019
Sommet tripartite à Ankara : une lueur d'espoir pour la Syrie

novembre
2018
La fin de l'État islamique?

octobre
2018
Israël en Syrie : un dossier en évolution

novembre
2017
Rojava: une vision de la Syrie peu abordée

octobre
2016
Syrie: rien ne va plus

janvier
2016
Une rencontre diplomatique à saveur politique entre la Russie et la Syrie

septembre
2015
Syrie: rencontre importante entre la Russie et Israël

novembre
2014
La liberté de presse en Syrie : un oxymore

février
2014
Dans les camps de réfugiés syriens, la polio frappe

février
2014
Syrie : retour sur l'échec de Genève 2


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019