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12 août 2000

Naufrage du sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alors qu’il participe à un exercice d’envergure dans la mer de Barents, le sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk subit deux explosions et coule avec son équipage de 118 personnes. Cette tragédie ne laisse aucun survivant, ce qui en fait la pire de l’histoire navale russe en temps de paix.

En service depuis décembre 1994, le Koursk est un des sous-marins nucléaires les plus perfectionnés de la marine soviétique. Cet appareil de 154 mètres de long évoluant jusqu’à 300 mètres de profondeur peut transporter à son bord 24 missiles. Il constituerait une arme efficace contre les porte-avions étrangers. Le 12 août 2000, le Koursk participe à un exercice à grand déploiement dans la mer de Barents, dans l’océan Arctique, avec une trentaine d’autres navires et sous-marins. En fin d’avant-midi, deux explosions de forte intensité, survenant à quelques minutes d’intervalle, l’envoient par le fond. Les cloisons de certains compartiments sont ravagées et la majorité des membres de l’équipage perdent la vie alors que l’appareil sombre à environ 108 mètres de profondeur. Il y a des survivants, mais les Russes sont impuissants à venir à leur rescousse. Après avoir hésité, ils acceptent l’offre d’aide des Britanniques et des Norvégiens. Mais lorsque ceux-ci accèdent au Koursk, une semaine après l’incident, tous les membres de l’équipage, dont 44 officiers, sont décédés. Une opération complexe visant à ramener une partie du sous-marin à la surface est entreprise. Elle aboutira en octobre 2001. Une enquête, dont les résultats sont dévoilés en 2002, conclut à l’explosion accidentelle d’une torpille, thèse que des experts d’autres pays endossent. D’autres théories sont cependant avancées – collision avec une mine ou un autre sous-marin, tir d’un sous-marin occidental, etc. – pour expliquer cette catastrophe, la pire de l’histoire navale soviétique en temps de paix. Les autorités, dont le nouveau président Vladimir Poutine, sont sévèrement critiquées pour les coupures budgétaires dans l’armée, leur lenteur à réagir et l’insuccès des opérations de sauvetage. Dans une allocution télévisée, Poutine, qui était en vacances à Sotchi lors des incidents, se dit même « responsable et coupable » pour la situation.

Dans les médias...


K.S. Karol, « Cinq vérités sur un naufrage »

«...Par omission, par calcul, par lâcheté, par ignorance ou par incompétence, le pouvoir et l’armée ont une nouvelle fois démontré que, s’il reste un secteur où la Russie demeure imbattable, c’est bien celui du mensonge officiel. Pourtant, le culte du secret et de la manipulation, autrefois efficace, est désormais battu en brèche. Il l’est d’abord par une désorganisation des institutions d’État qui confine parfois au ridicule. [...] Mais surtout, le pouvoir doit désormais compter avec une presse beaucoup plus libre de ton. Du temps de l’URSS, plusieurs catastrophes sous-marines – la plus connue est celle du « Komsomolets » qui a sombré en 1989 – ont été cachées au grand public russe. Ce temps est révolu. Aujourd’hui, en dépit de ses propres errements et des pressions que le Kremlin cherche à exercer sur elle, la presse russe a acquis une nouvelle crédibilité. C’est elle qui a accusé les militaires de mentir. C’est elle qui, en ouvrant ses colonnes à des experts locaux ou étrangers, a contredit la ligne officielle. C’est elle enfin qui s’est fait l’écho de la colère d’une population qui refuse le retour aux pratiques d’antan. »

Le Nouvel Observateur (France), 24 au 30 août 2000, p. 28.

René Guyonnet, « Le Tchernobyl de Poutine »

«...« La tragédie du Koursk répète trait pour trait la catastrophe de Tchernobyl », écrit l’hebdomadaire Novaïa Gazeta. C’est un Tchernobyl militaire, une humiliation et une honte pour la flotte et pour l’armée. Mais aussi un Tchernobyl politique, qui déstabilise fortement le président Vladimir Poutine. Même les morts et les échecs de la guerre de Tchétchénie n’avaient pas entraîné de réactions aussi vives dans l’opinion. Pour Alexandre Routskoï, qui fut vice-président sous Boris Eltsine et est aujourd’hui gouverneur de la région de Koursk, « la Russie n’a pas seulement perdu un sous-marin, elle a aussi perdu son idée de la nation. » Ce qu’on sait des conditions dans lesquelles s’est produit le naufrage confirme, en effet, l’état de décomposition dans lequel se trouvent les forces militaires russes, et notamment la flotte stratégique nucléaire. [...] Le pays qui a envoyé le premier homme dans l’espace, maintenant la station Mir en orbite pendant plus de dix ans et constitué un énorme arsenal nucléaire s’est montré incapable d’ouvrir le sas du sous-marin échoué, ce que les plongeurs norvégiens ont fait en un tournemain. »

Jeune Afrique/L’Intelligent (France), 29 août au 4 septembre 2000, p. 40-41.

Piotr Smolar, « « Koursk », le scénario catastrophe »

«...La marine russe affirme que le Koursk ne transportait pas de têtes nucléaires et que les réacteurs à bord avaient été éteints au moment de l'avarie. Ces assurances ne satisfont personne. Lors de la catastrophe de Tchernobyl, les autorités soviétiques feignaient le détachement et la confiance. Aujourd'hui, certains spécialistes comme Pavel Felgenhauer assurent que le risque d'une fuite des réacteurs existe. Rarement aussi unanime, la presse russe s'en est pris violemment aux équipes de secours pour leurs incohérences, à l'état-major pour ses mensonges et au président russe pour son silence. L'image de la marine russe, autrefois fierté soviétique, vient d'être froissée comme un mauvais devoir. La question des moyens financiers revient, lancinante. Le budget de la Défense est de 5 milliards de dollars, contre près de 300 pour les Etats-Unis. Les chiffres des forces armées, des navires, des têtes nucléaires sont tous en baisse, mais cette réduction ne signifie pas un accès de sagesse politique. Les dirigeants russes continuent de préférer l'expansion au renforcement, le nombre à la qualité. »

Le Figaro (France), 18 août 2000, p. 4.

Jeffrey Bartholet, Christian Caryl, John Barry, « A Mystery in the Deep »

«...The tragedy of the Kursk is a parable of modern Russia, a country still grappling with sudden collapse from superpower status, and also with the responsabilities of a more open society. After seven days, Chief of Staff of the Northern Fleet Mikhail Motsak declared, in the grim but careful parlance of dying hope, that « it is highly probable that we must fear the worst. » But well before that, the silence from the Kursk was like a vacuum quickly filled by outrage. Many Russians, including some relatives of the crew, were infuriated by the seeming ineptitude and callousness of their political and military leaders. Why, they wondered, was Russian President Vladimir Putin vacationing in the Black Sea resort of Sotchi [...] while young Russian sailors were slowly suffocating off the coast of Murmansk? And why did Moscow dither for nearly four days – more than enough time for oxygen to run out, according to its own early estimates – before accepting international offers of help? Wounded pride was the most obvious answer. Although Russia is not the mighty country it once was, its military brass may have thought that all the more reason to prove it could still take care of its own. The fact that Russia proved otherwise – that the rescue effort was marred by lies, confusion and misjudgements – made the disaster all the more tragic. »

Newsweek (États-Unis), 28 août 2000, p. 36.

Gouvernance et gouvernement [ 12 août 2000 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
IntermédiaireVladimir PoutineMikhail Mikhaylovich Kasyanov

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1995 - 2005



décembre
1995
[Résultats] Élections législatives

juin
1996
[Résultats] Élection présidentielle

août
1996
Signature d'un accord de cessez-le-feu entre la Russie et la Tchétchénie

décembre
1999
Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

décembre
1999
[Résultats] Élections législatives

mars
2000
[Résultats] Élection présidentielle

août
2000
Naufrage du sous-marin nucléaire russe K-141 Koursk

décembre
2003
Élection du parti Russie unie en Russie

décembre
2003
[Résultats] Élections législatives

mars
2004
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

mars
2004
[Résultats] Élection présidentielle

septembre
2004
Dénouement d'une prise d'otages dans une école de Beslan, en Russie


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