22 février 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

11 octobre 2019

Attribution du prix Nobel de la paix au premier ministre éthiopien Abiy Ahmed

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le prix Nobel de la paix 2019 est attribué au premier ministre de l’Éthiopie, Abiy Ahmed. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, en avril 2018, cet homme politique de 43 ans s’est distingué en concluant un accord de paix avec l’Érythrée ainsi qu’en mettant fin à l’état d’urgence et en libérant des prisonniers politiques.

Fils d’un père musulman, du groupe ethnique oromo, et d’une mère amhara chrétienne orthodoxe, Abiy Ahmed devient lieutenant-colonel avant de s’impliquer en politique, à partir de 2010. La démission dans la controverse du premier ministre Hailemariam Desalegn précède son accession à la tête du gouvernement, le 2 avril 2018. Sur le plan intérieur, Ahmed met fin à l’état d’urgence, libère des prisonniers politiques, légalise l’opposition et se dit favorable aux investissements étrangers. Le cabinet qu’il forme respecte également la parité entre les hommes et les femmes. D’autre part, Ahmed se distingue en rencontrant le président érythréen Isaias Afwerki, avec qui il conclut un accord de paix. Un conflit frontalier perdurait entre l’Éthiopie et l’Érythrée qui voient dans ce rapprochement une occasion d’ouvrir leurs frontières et de favoriser leur situation économique. Premier Omoro à diriger le gouvernement depuis la fin du régime communiste, en 1991, le nouveau premier ministre a également le défi de maintenir la paix dans un pays divisé par des luttes intercommunautaires. Le travail du premier ministre Ahmed, dont sa médiation dans d’autres conflits régionaux, est récompensé par le prix Nobel de la paix, annoncé le 11 octobre 2019. Il devance, entre autres, la jeune activiste environnementaliste suédoise Greta Thunberg. Le récipiendaire accepte ce prix qu’il considère « pour l’Éthiopie et le continent africain ». Cependant, des critiques s’élèvent contre le fait que le gouvernement d’Ahmed a sévi durement contre les auteurs d’un coup raté dans la région d’Amhara, en juin 2019. De plus, le processus de paix avec l’Érythrée languit, alors que des violences intérieures se poursuivent et que les élections démocratiques promises pour mai 2020 semblent compromises. À cet égard, la présidente du comité Nobel spécifie que le prix se veut à la fois « une reconnaissance et un encouragement » pour les efforts d’Ahmed.

Dans les médias...


Romain Gras, « Abiy Ahmed, faiseur de paix »

«...L’effet de surprise, dont il use et abuse, est aux antipodes des méthodes de l’EPRDF (Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien). « Abiyot » (surnom qu’on lui donnait enfant signifiant « révolution » en amharique) ne se prive pas de contourner les ministères pour éviter aux réformes qui lui sont chères la bureaucratie d’une coalition dans laquelle il reste difficile d’identifier ses réels soutiens. C’est ainsi qu’il a procédé sur le dossier érythréen, négocié pendant plusieurs semaines en coulisses avec les partenaires américains et saoudiens. Il a « récidivé », en novembre 2018, en ordonnant l’arrestation de plusieurs cadres de l’armée et des services de renseignements, membres de la vieille garde militaro-sécuritaire. [...] Ce faisant, il a séduit les partenaires internationaux. Mais l’ouverture presque trop brutale d’un pays rompu au monolithisme du pouvoir n’est pas sans risque. À plusieurs égards, l’arrivée d’Abiy Ahmed peut être considérée comme une bénédiction pour un système éthiopien usé par le dirigisme économique – auquel le Premier ministre a promis de mettre fin – et lassé par l’autoritarisme de la coalition qui le dirige. Mais la montée des nationalismes ethniques, l’attentat à la grenade de juin 2018 et la tentative de mutinerie d’octobre 2018 sont autant d’avertissements qui lui ont été adressés. Les Éthiopiens attendront encore quelques mois et l’ultime test des élections promises pour 2020 pour lui tresser des lauriers. »

Jeune Afrique (France), 13 octobre 2019, p. 14.

Hamadou Gadiaga, « Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix 2019 »

«...Il n’y a donc pas eu d’erreur de casting comme on l’a entendu dans certains milieux, et l’argument de la précipitation brandi pour lui dénier le mérite, a été battu en brèche par la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, qui a expliqué que cette récompense n’est ni plus ni moins qu’une prime au volontarisme et un encouragement au Premier ministre éthiopien à aller de l’avant dans ses appels du pied à son frère ennemi et voisin du nord pour une définitive paix des braves. Certains analystes estiment que pour que ce prix produise l’effet escompté, il eut fallu décerner la médaille conjointement à Ahmed et à son homologue, Afeworki d’Érythrée, étant entendu qu’il faut forcément être deux pour danser le tango de la paix. C’est vrai qu’il y a eu les précédents Mandela-Declercq, Arafat-Rabin, mais dans le couple Ahmed-Afeworki, il y a un partenaire qui est loin de remplir les critères d’éligibilité, et c’est bel et bien Afeworki qui est la fausse note dans ce tandem. Le président érythréen est connu en effet pour être un chef d’Etat à la fois paranoïaque et autoritaire, qui a interdit le multipartisme et la liberté de la presse, et qui a strictement encadré la Justice et la religion. C’eût été donc une erreur grave de la part du comité Nobel norvégien, si cette prestigieuse distinction avait été remise à celui dont la majorité de la population est ballotée entre misère et répression, et qui a maille à partir avec quasiment tous ses voisins de la Corne de l’Afrique. »

Le pays (Burkina Faso), 13 octobre 2019.

Célian Macé, « Éthiopie : Abiy Ahmed ou la fièvre de la paix »

«...L'homme qui s'est vu décerner le prix Nobel de la paix 2019 est un paradoxe. Par ses origines, son parcours, ses références, il est un pur produit du centralisme autoritaire éthiopien. Abiy Ahmed est pourtant en train de dynamiter ce régime qui l'a construit, aujourd'hui à bout de souffle. Un assaut mené de l'intérieur, seule manière de sauver le pouvoir du Front révolutionnaire et démocratique des peuples éthiopiens (EPRDF), qui gouverne le pays sans interruption depuis le renversement du dictateur militaro-marxiste Mengistu Haile Mariam en 1991. [...] « Abiy Ahmed, c'est avant tout un changement radical de style, qui a suscité, il faut le reconnaître, un immense espoir. Il est ouvert, dynamique, chaleureux, et doté d'un baratin extraordinaire, poursuit le chercheur [René Lefort]. C'est un homme de coups, certes spectaculaires. Comme avec cette initiative de planter un million d'arbres... Mais il dirige seul, avec une poignée de gens autour de lui. Il dévitalise les institutions, crée des comités qui disparaissent dans la nature, sans régler les problèmes de fond. Il ne pose pas les fondements d'une démocratie durable.» Le Premier ministre, toujours pressé, a promis des législatives en mai 2020. S'il parvient à organiser le premier scrutin libre et transparent de l'Ethiopie, il fera taire une grande partie des critiques. »

Libération (France), 12 octobre 2019, p. 8.

Duop Chak Wuol, « Why Ethiopian Prime Minister deserves the Nobel Peace Prize »

«...Leaders are judged by what they do or did. It is the future of a nation that matters most. Prime Minister Dr Abiy Ahmed has correctly identified the symptoms of bad leadership. Ethiopia is thriving and gaining its rightful place in the African continent because of his vision for a better Ethiopia. Ethiopians deserve better and I urge Prime Minister Dr Abiy to continue transforming Ethiopian politics to better serve all Ethiopians. Ethiopia's neighbours and Africa as a whole will learn from his leadership. The Norwegian Nobel Committee has given the 2019 prize to the right person, Dr Abiy, who deserves it for his tireless work. Ethiopians and Eritreans are brothers and sisters. They share strong blood relationships and deserve to live in peace. Your decision to bring about lasting peace between Addis Ababa and Asmara shows that you are a leader with a defined vision. It is time for Africans to reject incompetent leaders who ruled with impunity and stay in power for decades without making necessary judicial, economic, and political reforms in their countries. I congratulate you on reforming Ethiopia's political system and for ending Ethiopia-Eritrea bloody conflict. You are truly a new face of African politics. »

Sudan Tribune (Soudan), 12 octobre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 11 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Éthiopie
TransitionSahle-Work ZewdeAbiyyi Ahimad

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016




Dans l'actualité


octobre
2018
Abiy Ahmed sonne le glas des conflits en Éthiopie

octobre
2017
Opinions mitigées sur la nomination du directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

janvier
2017
Éthiopie : La répression au service de la stabilité

janvier
2016
Sommet économique éthiopien : audace et ambition au rendez-vous

octobre
2015
2015 : année décisive pour l'atteinte des objectifs mondiaux de développement durable

septembre
2015
Copier-coller de 2010 aux législatives éthiopiennes

novembre
2014
L'ethnie oromo en Éthiopie : d'épicentre historique à groupe rebelle réprimé

septembre
2013
Éthiopie : l'opposition est en marche

février
2010
L'Union africaine : d'un chef à l'autre

janvier
2009
Échec total des troupes éthiopiennes en Somalie


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019