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27 octobre 2019

Élection d’Alberto Fernandez à la présidence de l’Argentine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Dans un contexte de contestation en Amérique du Sud, les électeurs argentins décident de ne pas renouveler leur confiance au président Mauricio Macri. Celui-ci n’obtient que 40,4 % des votes contre 48,1 % pour Alberto Fernandez de la coalition Front commun (FC), un candidat dont la vice-présidente sera l’ex-présidente Cristina Kirchner.

L’arrivée de l’homme d’affaires Mauricio Macri au pouvoir, en 2015, est suivie par l’adoption de mesures économiques libérales. À la dernière année de son mandat, en 2019, la situation demeure toutefois difficile. La valeur du peso est instable, le chômage et l’inflation élevés, l’état de la dette inquiétant et celui de la pauvreté alarmant. Un prêt de 57 milliards est obtenu du Fonds monétaire international, mais les coupures en éducation et en santé attisent la grogne et minent la popularité de Macri. Pour lui faire face, la coalition FC opte pour Alberto Fernandez, un ex-chef de cabinet (premier ministre) sous les présidents Alberto et Cristina Kirchner, entre 2003 et 2008. C’est d’ailleurs cette dernière qui sera la candidat de FC à la vice-présidence, malgré le fait que sa réputation a été ternie par différentes accusations de corruption. Le FC se fait fort d’être un rempart contre le néolibéralisme. Cette position semble jouer en sa faveur. Lors des primaires, au mois d’août, Fernandez devance largement Macri. Il fait de même lors de l’élection présidentielle du 27 octobre 2019, obtenant 47,4 % des votes contre 40,4 % pour Macri de la coalition Collectif Ensemble (CE). Puisqu’il dépasse le seuil de 45 % fixé par le système argentin, Fernandez remporte la victoire dès le premier tour. Ce résultat témoigne d’un bipartisme en expansion en Argentine, les deux principales formations récoltant 88,5 % des votes, contre seulement 71,2 % en 2015. Cette domination se vérifie aussi lors des législatives, FC et CE gagnant 120 des 130 sièges en jeu. Cette défaite de Macri, le premier président argentin sortant battu lors d’une tentative de réélection, survient dans un contexte turbulent en Amérique du Sud. Le Chili, l’Équateur et la Bolivie sont en effet secoués, eux aussi, par un vent d’insatisfaction qui se traduit, entre autres, par la démission et l’exil du président bolivien Evo Morales.

Dans les médias...


Louise Michel d’Annoville, « Argentine : retour annoncé du péronisme »

«…Apparu au milieu des années 1940, le péronisme reste au coeur de la politique argentine. Sur les six candidats en lice aujourd'hui pour la présidence, les trois formules principales comptent un représentant péroniste. Depuis 1945, date de la première victoire de Juan Domingo Peron, ce puissant mouvement souvent qualifié de « populiste » et d' « attrape-tout » a remporté neuf élections présidentielles en Argentine. Si les divisions internes ont facilité la victoire de Mauricio Macri en 2015, l'unification des « incorrigibles » péronistes, comme les surnommait l'écrivain argentin Borges, pourrait cette fois leur assurer un retour à la Casa Rosada. Cette union péroniste a été facilitée par le retrait de Cristina Fernandez de Kirchner, l'ancienne présidente argentine (2007-2015) de centre gauche, inculpée dans plusieurs affaires de corruption. L'ex-cheffe d'État, qui divise jusque dans son propre camp, a créé la surprise en annonçant rester au second plan pour ce scrutin en briguant le poste de vice-présidente afin de laisser la voie libre à son ancien chef de cabinet, Alberto Fernandez, plus consensuel. »

Le Figaro (France), 26 octobre 2019, p. 11.

Cathy Dos Santos, « L’Argentine vire à gauche, après quatre ans de stratégie du choc »

«...Le succès de Fernandez s'explique par « la conjoncture sociale et économique », soutient Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et directeur de l'observatoire de l'Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès. « Le président sortant et sorti Mauricio Macri avait été élu sur l'engagement que le pays allait retrouver la voie de la prospérité. Or, les indicateurs sociaux et macroéconomiques sont au rouge. [...] L'actuelle crise économique n'est pas sans rappeler la terrible banqueroute de 2001. Le spectre de cette faillite a joué en faveur d'Alberto Fernandez. Cet avocat de 60 ans a cherché à rassurer ses concitoyens en leur promettant qu'il « ne toucher(a) pas aux épargnes », comme ce fut le cas avec le corralito, lorsque les comptes bancaires des particuliers ont été gelés dans les années 2000. Mais, durant la campagne, il est resté très évasif quant aux solutions à apporter et l'on s'interroge sur les marges de manoeuvre possibles du prochain locataire de la Casa Rosada qui prendra ses fonctions le 10 décembre. »

l’Humanité (France), 29 octobre 2019, p. 14.

Thierry Ogier, « L’Amérique du Sud s’embrase contre l’austérité »

«...Buenos Aires, Santiago, Quito, Guayaquil, La Paz... Les lecteurs européens ont pu réviser leurs leçons de géographie d'Amérique latine au cours des derniers jours à la faveur des manifestations et des élections qui viennent de secouer la région. Sans vouloir pratiquer l'amalgame, ils trouveront sans doute un point commun à ces soubresauts : le rejet de l'austérité. [...] En Argentine voisine, ce sont les électeurs qui ont remercié dès le premier tour le président sortant, Mauricio Macri, et remis en selle les péronistes, traditionnel courant politique nationaliste, en élisant Alberto Fernández et sa colistière, l'ancienne présidente Cristina Kirchner. C'est là encore un nouveau camouflet pour les tenants de l'orthodoxie : en quatre ans de pouvoir, Mauricio Macri, épaulé par une véritable « dream team » libérale, n'est pas parvenu à sortir le pays de la récession, alors que l'inflation continuait à galoper à plus de 40 %. Porté à bout de bras par les marchés financiers, son gouvernement avait pourtant décroché un emprunt de 57 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international l'an dernier (le plus important de l'histoire). Problème : la fuite des capitaux n'a pas été endiguée, les réserves de la banque centrale ont fondu comme neige au soleil et le peso s'est déprécié à vitesse grand V. Humiliation suprême : l'Argentine a dû annoncer fin septembre un moratoire partiel de sa dette à court terme. Conclusion : les électeurs ont préféré tourner le dos à l'austérité à la mode Macri-FMI, quitte à réveiller les vieux démons du péronisme. »

Les Échos (France), 31 octobre 2019, p. 9.

Agnès Gruda, « Argentine : le technocrate et la populiste »

«...Plus d'un Argentin sur trois (35 %) vit aujourd'hui sous le seuil de la pauvreté. Les électeurs touchés par ce phénomène ont pu voir dans le tandem des Fernandez la perspective d'un retour à des politiques sociales, après quatre ans d'austérité et de compressions, estiment les analystes. Beaucoup d'Argentins, particulièrement parmi ceux qui ont été frappés de plein fouet par la crise, « ont la nostalgie des années de péronisme pendant lesquels l'État dépensait beaucoup, tout en gérant mal », observe Diego Osorio. La promesse de l'ex-présidente, c'est de redonner aux Argentins un État plus social. De recommencer à investir notamment en culture, en recherche, en éducation, des secteurs qui ont beaucoup souffert sous Mauricio Macri. En aura-t-elle les moyens, alors que l'économie argentine est en train de faire naufrage, et que le FMI vient de lui accorder 7 milliards de dollars en prêts supplémentaires - avec conditions de remboursement à la clé ? C'est loin d'être sûr. »

La Presse (Québec, Canada), 29 octobre 2019.

Russell Lynch, « Argentina’s new president cannot please both voters and investors »

«...Immediately following Fernández's win, Argentina's central bank tightened those controls drastically in order to preserve its dwindling foreign exchange reserves and prevent capital flight. Argentinians can now buy just $200 a month, far below the $10,000 limit Macri imposed. Finding a way to wean the economy off those currency controls will be crucial and one way will be for Fernández to shore up confidence with business-friendly appointments, according to Fidelity International's emerging markets portfolio manager Paul Greer. He says financial markets would like to see "some pragmatism". But even if Fernández manages to persuade markets that he's no Kirchner, looser fiscal and monetary policy looks inevitable as the Argentines have demanded as much at the ballot box. It also follows deadly protests in Ecuador over the withdrawal of fuel subsidies demanded by the IMF and widespread demonstrations in Chile. "There is a trend in Latin America where populations are unhappy with low growth and attempts to shore up the balance sheet with fiscal austerity," says Greer. Reconciling the demands of his people with those of his investors will be the new president's toughest task. »

The Daily Telegraph (Royaume-Uni), 29 octobre 2019, p. 8.

Gouvernance et gouvernement [ 27 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
ÉlevéFederico Pinedo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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