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12 décembre 2019

Élection au Royaume-Uni d’un gouvernement conservateur dirigé par Boris Johnson

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Des élections anticipées déclenchées par le premier ministre conservateur Boris Johnson permettent à son parti de former un gouvernement majoritaire, avec 365 sièges sur 650. Ce succès lui permettra d’aller de l’avant avec le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit), la question qui était au cœur de la campagne.

Après que les Britanniques eurent voté Non au maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne (UE), en juin 2016, les gouvernements de David Cameron et de Theresa May s’avèrent impuissants à conclure une entente satisfaisante. Après la démission de May, le 24 mai 2019, son successeur Boris Johnson se fait fort de régler cette question. Après avoir prorogé le Parlement, une mesure qui lui attire des critiques, il déclenche des élections anticipées pour le 12 décembre 2019, soit 2 ans et demi après les précédentes. Le slogan du Parti conservateur (PC), « Get Brexit done », est au centre de sa campagne. Pour sa part, le Parti travailliste de Jeremy Corbin parle de tenir un autre référendum sur ce sujet et défend un programme résolument à gauche, avec notamment un meilleur financement du système de santé public. Le jour du vote, les électeurs accordent aux conservateurs 43,5 % des voix et 365 sièges, ce qui leur confère la majorité absolue. Il s’agit de leur meilleure performance depuis 1987 sous Margaret Thatcher. Ce succès s’explique en grande partie par l’effondrement des travaillistes qui obtiennent 32,4 % des votes et 202 sièges, soit 60 de moins qu’en 2017. Loin derrière, le Parti libéral-démocrate (PLD) ne récolte que 11,4 % des voix et 11 sièges. Corbin et la cheffe du PLD, Jo Swinson, annoncent leur départ prochain. Plusieurs attribuent d’ailleurs la victoire retentissante du PC à l’impopularité de Corbin, de même qu’à la volonté des Britanniques d’en finir avec le Brexit. Certains gains conservateurs se font d’ailleurs dans des forteresses travaillistes. Le premier ministre Johnson aura maintenant les coudées franches pour réaliser le Brexit. Cependant, le succès du Parti national écossais, avec 48 sièges sur 59, laisse présager des complications. Sa cheffe, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon, parle même de tenir un autre référendum sur l’indépendance.

Dans les médias...


Christophe Guilluy, « « Johnson est moins un conservateur qu’un « populiste » »

«...en structurant sa campagne sur un message simple, « Get Brexit done » , Johnson pouvait compter sur le socle majoritaire qui avait voté pour le Brexit en juin 2016. La question était moins de savoir s'il allait gagner que le niveau de cette victoire. Est-ce qu'un libéral comme Johnson (comme l'est d'ailleurs Trump) était capable de répondre aux demandes de protections sociales et culturelles des classes populaires ? En fait, en s'affranchissant de la doxa libérale, il a su combiner le social dans un cadre culturel : sortie de l'Union européenne, position plus stricte sur la criminalité, réforme de l'immigration mais aussi une approche protectionniste et même étatiste en proposant par exemple une augmentation du nombre des infirmières ou des policiers mais aussi en évoquant la renationalisation du rail. Dans ce sens, Johnson est moins un conservateur qu'un « populiste » , c'est-à-dire un politique capable de combiner (et non d'opposer) social et identitaire, mesures libérales et protectionnistes, avec une volonté claire : répondre à l'insécurité sociale et culturelle que subit prioritairement la working class dans un modèle globalisé. La stratégie payante n'a donc pas été de mettre en avant une question identitaire déjà contenue dans le « get brexit done » mais de se déplacer vers la gauche sur la question de l'économie en la combinant à la question culturelle. »

Le Figaro (France), 16 décembre 2019, p. 20.

Tristan de Bourbon, « Boris Johnson a réussi son pari »

«..."Le génie de Boris Johnson aura été de fédérer derrière lui l'ensemble des électeurs favorables au Brexit", explique Sarah Hobolt, professeur de sciences politiques à la London School of Economis. "À l'inverse, les électeurs favorables au maintien dans l'UE se sont divisés entre le Labour, les libéraux-démocrates et les verts. S'ils voulaient une chance de l'emporter, il aurait fallu qu'ils se tiennent tous derrière le Labour, le seul capable de faire face seul aux conservateurs." [...] Jeremy Corbyn, le patron des travaillistes, n'est pas parvenu à réitérer l'incroyable remontée effectuée il y a deux ans, lorsqu'il avait terminé à 2,4 points du parti emmené alors par Theresa May. La faute en revient surtout à son image, détestable auprès d'une partie importante de l'électorat. Difficile pour un chef du Labour accusé d'être antisémite, marxiste et sympathisant de l'armée républicaine irlandaise par l'ensemble de la presse tabloïd, vendue chaque jour à 2,7 millions d'exemplaires, de convaincre la majorité des Britanniques. Il ne pourra cependant pas éviter un débat sur sa décision de mener le parti vers l'extrême-gauche et de faire campagne sur une explosion des dépenses. »

La Libre Belgique (Belgique), 13 décembre 2019, p. 17.

Jean-Marc Vittori, « La démocratie représentative tourne de moins en moins rond »

«...D'abord, les électeurs ont voulu clarifier le jeu. Plus de 1.200 jours après le référendum du 23 juin 2016, on ne sait toujours pas ce qu'est vraiment le Brexit. Cette situation est tout à la fois un déni de démocratie, une source d'incertitudes pesant sur les investissements et la livre sterling, et la cause de moqueries incessantes. De nombreux témoignages, qui n'ont certes pas valeur de preuve, montrent que des électeurs attachés à l'Union européenne ont voté tory pour sortir de cet entre-deux épuisant. Ils ont été sans pitié pour le Parti travailliste, ambigu sur le Brexit. Tout comme pour les libéraux-démocrates, opposants sans perspective. Ensuite, Boris Johnson a réussi une percée impressionnante dans l'électorat populaire, qui votait travailliste depuis des décennies. Il a su récupérer les laissés-pour-compte de la mondialisation dans des régions frappées par la désindustrialisation, qui avaient contribué à la victoire du « Leave » . Sa conquête a été particulièrement visible dans le « mur rouge » au nord de l'Angleterre, tout comme l'avait été celle de Trump dans la « ceinture de rouille » du nord-est des Etats-Unis. Même l'ancienne circonscription de Tony Blair est tombée, alors qu'elle était tenue par le Labour depuis 1935. Enfin, beaucoup d'électeurs ont basculé dans le camp conservateur, parce qu'ils ne voulaient pas de Jeremy Corbyn. »

Les Échos (France), 17 décembre 2019.

Christian Rioux, « Victoire historique pour Boris Johnson »

«...« Get Brexit Done », n'a cessé de répéter Boris Johnson. Cette campagne confirme donc le résultat du référendum de 2016 puisqu'elle a essentiellement porté sur le Brexit même si Jeremy Corbyn semblait marquer certains points en fin de course en dénonçant l'État déplorable du système de santé britannique. Une critique qui ne semble pas avoir porté puisque Boris Johnson proposait lui aussi d'en finir avec l'austérité et d'investir massivement dans la santé. « Boris Johnson sera le premier ministre conservateur le plus puissant depuis Margaret Thatcher », n'a pas hésité à déclarer l'ancien chancelier conservateur George Osborne. Contrairement à Theresa May, il devrait pouvoir compter dans les prochaines années sur un parti qu'il a mis à sa main et dont il a même expulsé les députés les plus récalcitrants, partisans du Remain. Un parti profondément transformé, estiment certains analystes puisqu'il a rompu avec l'austérité et devrait dorénavant représenter des circonscriptions qui avaient toujours penché à gauche. Les Conservateurs sont en train de devenir « un nouveau parti », a déclaré l'ancien député conservateur Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill. »

Le Devoir (Québec, Canada), 13 décembre 2019.

Tony Barber, « Four implications of Boris Johnson’s victory »

«...Jens-Peter Marquardt, a German political commentator, says: “This was a vote against Corbyn rather than for Johnson. The Brits had a chance to prevent their political and economic decline. They didn’t take it.” It is a sobering thought that, by the time this Conservative government’s five-year term ends in 2024, Labour will have won only three of 11 elections over the previous half-century. Those victories were chalked up by the centrist Tony Blair. Never since the Labour party’s birth at the start of the 20th century has it won an election on a platform of sectarian socialism. Yet Mr Corbyn and his entourage do not care. According to their Marxist worldview, all they need to do is wait for the inevitable self-destruction of capitalism and then collect the prize of power. This blindness condemned Labour to a richly deserved defeat, as did the party’s unforgivable reluctance to tackle its internal problem of anti-Semitism. »

Financial Times (Royaume-Uni), 14 décembre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 12 décembre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIBoris Johnson

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2014 - 2016



septembre
2014
Tenue d'un référendum sur l'indépendance de l'Écosse

mai
2015
Réélection du gouvernement conservateur de David Cameron au Royaume-Uni

mai
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
Tenue d'un référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l'Union européenne


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