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13 décembre 1995

Signature à Paris d'un accord de paix en Bosnie-et-Herzégovine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alija Izetbegovic

D'intenses négociations mènent à la signature d'un accord de paix visant à trouver une solution durable à la guerre civile qui oppose musulmans, Serbes et Croates en Bosnie-et-Herzégovine depuis 1992. L'événement se déroule à Paris le 13 décembre 1995.

L'indépendance de la Bosnie-et-Herzégovine, qui est reconnue sur la scène internationale en avril 1992, n'a jamais été acceptée par la minorité serbe. Une guerre civile sanglante a provoqué l'intervention des forces de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui n'ont toutefois pas réussi à arrêter les hostilités. En novembre 1995, le président de la Bosnie-et-Herzégovine, Alija Izetbegovic, ainsi que ses homologues serbe, Slobodan Milosevic, et croate, Franjo Tudjman, sont réunis à Dayton, aux États-Unis, afin de négocier un accord de paix. L'entente finale est signée à Paris, le 13 décembre, en présence de plusieurs chefs d'État occidentaux. Elle prévoit la création de deux entités confédérées, la Fédération croato-musulmane -occupant 51% du territoire- et la République serbe, au sein d'un État dont la capitale est Sarajevo. Une force multinationale de l'ONU de plus de 60 000 hommes sera déployée afin d'assurer le respect de l'accord. Des élections tenues en septembre 1996 feront du musulman Izetbegovic le président du pays. On estime que la guerre en Bosnie-et-Herzégovine a fait 200 000 morts et plus de 2,5 millions de réfugiés.

Pour en savoir plus: Accord général pour la paix en Bosnie-Herzégovine

Dans les médias...


Yves Cornu, « Accord de paix : les doutes »

«...La Bosnie-Herzégovine constituée de deux entités hostiles qui doit naître de ce processus n'a déjà plus grand rapport avec l'Etat unitaire qui a basculé dans la guerre en avril 1992. Et il est à craindre que ce montage ne soit que transitoire. L'accord a engendré un gouvernement central rachitique, alors que la République serbe, d'une part, la Fédération croato-musulmane, de l'autre, disposeront de pouvoirs considérables, et, notamment, de leurs propres forces armées. Bref, Dayton a accouché d'une Bosnie à découper en suivant le pointillé. La phase de transition passée, la force d'interposition retirée, la Bosnie pourrait donc subir une ultime mutation sans pour autant que celle-ci se traduise par une autre guerre. La République serbe se tournerait vers la Serbie, et la Fédération croato-musulmane vers la Croatie. Ce scénario ne ferait qu'accentuer la hiérarchie qui se dessine. Car si, au terme de plus de quatre ans de guerre dans l'ex-Yougoslavie, nul ne peut se prévaloir d'avoir gagné, certains ont beaucoup moins perdu que d'autres. »

Le Point (France), 16 décembre 1995, p. 79.

Manuel Carballo, « Le défi de la paix et de la reconstruction en Bosnie »

«...La paix maintenant revenue s'accompagne de la tâche urgente de rapatrier ces familles et d'assurer leur retour dans leurs foyers afin qu'elles puissent commencer une vie nouvelle. Nombreux, sinon une majorité, seront ceux qui vont retrouver leurs maisons détruites, leurs centres religieux rasés, leurs sites historiques vandalisés. Un soutien physique et psychologique sera indispensable pour effacer le long cauchemar du déracinement et de la persécution subi par ces familles. Pour les nombreuses personnes déplacées en Bosnie-Herzégovine, des villes comme Sarajevo, Tuzla, Zenica, Mostar et Bihac sont devenues des sanctuaires. Mais la sécurité n'y a jamais été totale et les prétendues « zones de sécurité » délimitées par les Nations unies ont continué à être bombardées et agressées. A Sarajevo même, 10 000 civils ont été tués, 61 000 ont été blessés ce qui représente plus de 20 % de la population. La paix va maintenant exiger un effort massif de reconstruction du système de santé et des services sociaux dans leur ensemble. Il va falloir recréer un sentiment de sécurité au niveau individuel et familial, fondement essentiel d'un programme de développement humain et du système de santé sans lequel on ne peut envisager un réel développement économique. Les deux sont mutuellement indissociables. »

Le Monde (France) 15 décembre 1995, p. 17.

Jacques Amalric, « Équilibrisme »

«...C'est parce que le crime ne doit pas payer que les Occidentaux ont proclamé dans l'accord de Dayton que la Bosnie restait un Etat uni, aux frontières inchangées. Ainsi l'honneur de ce qu'on appelle la communauté internationale peut-il être considéré comme sauf, puisque Slobodan Milosevic et Franjo Tudjman, qui rêvent depuis longtemps de se partager l'ancienne République yougoslave, ne parviennent pas officiellement à leurs fins. L'artifice sémantico-institutionnel de Dayton ne trompera cependant que ceux qui le voudront bien: la tâche principale des 60.000 hommes de l'Otan sera bel et bien de séparer les deux entités qui se partagent désormais le territoire de l'Etat uni. Et, ce qui annonce sans doute des rebondissements militaires ultérieurs entre Croates et Musulmans, l'accord signé hier à l'Elysée officialise même l'existence de trois forces armées en Bosnie: les unités bosno-serbes d'un côté, bosno-croates et musulmanes de l'autre. Ce qui ramène à leur juste mesure les institutions communes prévues à Dayton; elles relèvent plus de la fiction ou du voeu pieux que du réalisme le plus élémentaire. »

Libération (France), 15 décembre 1995, p. 2.

Raymond Giroux, « Pas juste, mais une paix quand même »

«...Dans une des plus tragiques ironies de l'histoire, c'est le président Milosevic, de Serbie, qui passe pour le grand promoteur de la paix. Ce « pacifiste inopiné » comme le décrivait hier la radio serbe de Pale, avait ouvert lui-même les vannes de la guerre. Son pays épuisé par les sanctions économiques, il a finalement laissé tomber ses cousins bosniaques devenus encombrants et nuisibles. Cette sale guerre ne pouvait se conclure sur une paix des braves, car la Bosnie compte fort peu de braves. Elle ne s'est pas terminée faute de combattants non plus, car ces derniers auraient bien voulu en finir une fois pour toutes. Elle se conclut essentiellement sous la pression militaire des États-Unis, avec la participation d'une flopée d'autres pays qui veulent être vus en Bosnie, maintenant qu'il fait chic de s'y présenter. Il n'y a rien là de très honorable, sans doute, mais il ne faut pas se montrer trop regardant sur la méthode quand il s'agit de stopper une guerre. »

Le Soleil (Québec, Canada), 15 décembre 1995, p. A18.

Éditorial

«...The Dayton agreement envisions a united state of Bosnia, divided between the Croat-Muslim Federation and a Bosnian Serb Republic. (...) How great is the likelihood that such a federation can work ? Well, one thing that counts in the favor of this plan is that all sides are tired of fighting. They also want foreign aid to rebuild. But will there be any real adhesive power in this new Bosnia beyond the presence of a NATO force of 60,000 troops ? So far, the Croat-Muslim Federation has not exactly been a roaring success. Deep distrust has prevented the two sides from proceeding beyond the paper phase. What may serve to bind the two sides here could be the return of the hundreds of thousands of people who have been driven from their homes in the horrible ethnic cleansing campaigns, perpetrated mostly by the Serbs, but which all sides have engaged in to some degree. It will take a massive effort to sort out the human and legal entanglements, but it will have to be done. There is a simple question of justice and fairness here - but also one of political reality. If Bosnia is not to break into two peaces with renewed warfare ensuing, it must be bond together by its population. »

The Washington Times (États-Unis), 22 novembre 1995.

Gouvernance et gouvernement [ 13 décembre 1995 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Bosnie-Herzégovine
Non disponibleAlija IzetbegovicHaris Silajdzic

Serbie
FaibleSlobodan MilosevicMirko Marjanovic

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1985 - 2005



mars
1992
Référendum sur l'indépendance de la Bosnie-et-Herzégovine

mai
1992
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

juillet
1995
Début d’un massacre à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine

décembre
1995
Signature à Paris d'un accord de paix en Bosnie-et-Herzégovine

octobre
1999
Atteinte du cap des 6 milliards d'habitants sur la Terre


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