Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 décembre 2018

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26 juillet 1945

Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Clement Attlee

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Clement Attlee
Clement Attlee

Les travaillistes, dirigés par Clement Attlee, causent une forte surprise en remportant les élections législatives avec 48,2% des votes. Ils font élire 393 députés à la Chambre des communes contre 213 pour leurs plus proches rivaux, les conservateurs de Winston Churchill.

Les conservateurs sont ébranlés par cette défaite qui survient quelques mois à peine après la fin de la guerre en Europe. Près de 12 millions d'électeurs, soit presque un sur deux (48,2%), accordent leur confiance aux travaillistes qui obtiennent une nette majorité des sièges à la Chambre des communes. Le reste est divisé entre conservateurs (213), libéraux (12), communistes (2) et autres. Au sein du cabinet du premier ministre Attlee, on retrouve notamment Ernest Bevin, aux Affaires étrangères, et Hugh Dalton, aux Finances. Résolument orienté vers la gauche, le programme des travaillistes prévoit d'importantes réformes sociales et des nationalisations dans le domaine du crédit, de l'énergie et des transports. Figure de proue du Parlement pendant la Deuxième Guerre mondiale, le premier ministre sortant, Winston Churchill, dirigera l'opposition conservatrice.

Pour en savoir plus: Premier discours du nouveau premier ministre travailliste britannique à la Chambre des communes

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Raymond Aron, «La chance du socialisme»

«...Le parti travailliste n'offrait pas un programme transcendant, il parlait de maisons, de sécurité sociale, de nationalisations, mais du moins il parlait de ce qui intéressait le public. Une certaine platitude ne le desservait peut-être pas en un temps où, fatigué des grands hommes, des Roosevelt et des Churchill, le common man aime à se reconnaître dans ses dirigeants. Il ne multipliait pas les promesses démagogiques, il exposait raisonnablement des intentions en gros réalisables. La campagne des conservateurs était toute polémique et négative. Derrière le sage M. Attlee, on suggérait le visage horrible de la Gestapo. À la formule neutre des «contrôles», on tâchait de substituer la réalité déplaisante d'une bureaucratie tracassière et tyrannique, l'approche de la servitude universelle sous le joug des fonctionnaires. L'argumentation a été développée à loisir par les économistes libéraux (...) Mais à supposer que sur le plan de la philosophie de l'histoire elle garde sa valeur, transposée en polémique électorale, dans un pays où le respect de la liberté individuelle est devenu une évidence collective, elle ne pouvait pas ne pas apparaître comme une ruse de guerre, indigne d'un grand homme.»

Les Temps modernes (France), novembre 1945, pp. 227-228.

S.A., «La victoire travailliste»

«...Comment s'expliquer que l'immense prestige de M. Churchill n'ait pu sauver son parti de la défaite ? Le chef du gouvernement avait mené lui-même une vive campagne, recourant parfois à des arguments un peu gros. Il évoquait le spectre d'un socialisme totalitaire, qui instaurerait dans la libre Angleterre une nouvelle Gestapo. Or le Labour Party -les électeurs anglais le savent- reste jusqu'à nouvel ordre libéral, bien que partisan d'un certain dirigisme économique. Il voudrait maintenir quelque temps le contrôle de la production et des prix, établi pendant la guerre, et que les conservateurs avaient hâte d'écarter. Il préconise une politique énergique pour la construction des logements, réforme que les masses britanniques ont à coeur. Il veut nationaliser les mines, l'industrie lourde et la Banque d'Angleterre. Est-ce pour ce programme que les électeurs ont voté ? C'est du moins pour la tendance qu'il exprime. Après les dures épreuves de la guerre, qu'il a supportées avec abnégation, le peuple anglais aspire comme beaucoup d'autres à des transformations sociales profondes. Il n'a pas fait confiance, pour les réaliser, au parti conservateur.»

Le Monde (France), 27 juillet 1945, p. 1.

Pierre Laporte, «Nouveau premier ministre»

«...Les politiques des deux chefs de partis étaient, on s'en souvient, diamétralement opposées. M. Attlee, celui qui a finalement remporté la victoire, a prôné pendant toute la campagne électorale «la nationalisation des industries essentielles» de l'Angleterre. M. Churchill, au contraire, s'est fait l'ardent défenseur de «l'entreprise privée» (...) Les Anglais, une fois de plus, démontrent qu'ils sont essentiellement des hommes d'affaires. Pour eux la guerre c'est une chose et la paix c'est une autre chose... Aussitôt les hostilités finies, ils retournent, en politique comme en autres choses, au «business as usual». Inutile de les embêter avec de sentimentales déclarations sur la reconnaissance ou sur le «passé garant de l'avenir». Churchill a gagné la guerre, disent les Anglais, l'histoire l'en remerciera (...) Ingrat le peuple anglais ? Mais pas du tout; la charge de premier ministre n'a rien d'honorifique et un peuple peut être justifié de croire qu'un grand héros de guerre ne sera qu'un chef ordinaire en temps de paix. Il n'y a pas lieu de mêler à cela de soi-disant expressions de reconnaissance ou d'ingratitude.»

Le Devoir (Québec, Canada), 26 juillet 1945, p. 1.

S.A., «The People's Choice»

«...When all allowance has been made for the emergence of a new generation of voters, and for the «swing of the pendulum» among the old, it will still be necessary to seek the explanation of the Conservative defeat largely in the circumstances and conduct of the election itself. Mr. Churchill himself introduced and insisted upon emphasizing the narrower animosities of the party fight. As a result the great national programme was allowed to slip into the background; the Prime minister's own stature was temporarily diminished; and the voters, who were deeply interested in real, urgent, and essentially non-party subjects such as the housing of the people, seem to have visited their disappointment on the side which could be represented, on this showing, as taking but a perfunctory interest in the reconstruction programme, and as relying for success rather upon charges against the probable misconduct of their opponent than upon any creative virtues of their own.»

The Times (Royaume-Uni), 27 juillet 1945, p. 5.

Gouvernance et gouvernement [ 26 juillet 1945 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéGeorge VIClement Attlee

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1944 - 1950



juillet
1945
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Clement Attlee

juillet
1945
[Résultats] Élections législatives

octobre
1945
Assermentation de Gladwyn Jebb au poste de secrétaire général des Nations unies

octobre
1945
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

janvier
1947
Entrée en vigueur de l'étatisation de l'industrie du charbon au Royaume-Uni

juillet
1948
Ouverture des Jeux olympiques de Londres

février
1950
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Clement Attlee

février
1950
[Résultats] Élections législatives


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