Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 décembre 2018

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21 octobre 1945

Tenue d'un référendum et d'élections législatives en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Charles de Gaulle
Public

Par la voie d'un référendum à deux questions, les Français expriment clairement leur volonté de rompre avec les institutions de la IIIe République et de confier à une Assemblée constituante l'exercice du pouvoir en attendant que se concrétise un nouveau projet de Constitution.

C'est à plus de 96,4% que 19 millions de Français et de Françaises -une première- se prononcent en faveur d'une Assemblée constituante. Celle-ci aura sept mois pour préparer un projet de Constitution qui sera soumis à la population. Au cours de cette même consultation, l'électorat est également appelé à se prononcer sur la composition de cette Assemblée. Les résultats confirment la primauté de trois formations : le Parti communiste (PC), le Mouvement républicain populaire (MRP) et la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). À leurs trois, elles se partagent à peu près également 461 des 555 sièges que compte l'Assemblée. Cette domination se fait au détriment du Parti radical qui jouait un rôle central sous la IIIe République. Le 13 novembre, Charles de Gaulle est élu à l'unanimité pour diriger le gouvernement. Son cabinet compte une vingtaine de ministres, dont cinq pour chacun des trois principaux partis (PC, MRP, SFIO). Irrité par leurs demandes, De Gaulle quittera ses fonctions le 20 janvier 1946. Le socialiste Félix Gouin lui succédera.

Pour en savoir plus: Discours de Brest sur l'avenir politique de la France

Résultats du scrutin

Dans les médias...


S.A., « La France européenne »

«...N'est-ce pas la déclin de la France qui s'inscrit dans la dénationalisation de notre politique ? Portons-nous la carte du monde dans notre carte électorale, parce que nous avons cessé d'être nation dirigeante et que nous sommes voués, comme toutes les nations de second ordre à l'âge des empires, à connaître le déchirement entre les partis de l'étranger ? Ou bien, tout au contraire, la France a-t-elle échappé à l'étroitesse du conservatisme petit bourgeois et débouché dans la grande voie de l'histoire universelle ? En fait, ces deux interprétations, pessimiste et optimiste, nous paraissent vraies l'une et l'autre. Il n'y a pas de parti communiste dans les nations impériales, Grande-Bretagne et États-Unis. Les partis britanniques et américains demeurent strictement nationaux. (...) Le radicalisme était proprement français, mais il appartenait à la petite France, il traduisait moins une volonté d'expansion et de conquête qu'un mouvement de repli. La France gagne plus qu'elle ne perd à redevenir totalement européenne. Elle y peut voir le signe de sa décadence, mais, avec autant de raison, y découvrir la promesse d'un renouveau. »

Les Temps modernes (France), décembre 1945, p. 557-558.

François Goguel, « Les débuts de la Constituante et la crise gouvernementale »

«...Quant au général de Gaulle, dans le fond de son coeur, souhaitait-il ou craignait-il un rapprochement entre son point de vue et celui des communistes ? N'a-t-il éprouvé aucune satisfaction à rencontrer un obstacle qui lui permît de renoncer à la mission qu'il avait reçue de l'Assemblée Nationale ? N'espère-t-il pas que, dans quelques semaines, après des expériences diverses, mais par hypothèses malheureuses, les députés de tous les partis devront faire appel à lui, et cela dans des conditions qui lui permettraient de faire prévaloir au cours des derniers mois du mandat de la Constituante les vues qu'il estime conformes aux intérêts supérieurs de la patrie ? Autrement dit, le général de Gaulle n'aspire-t-il pas à accroître l'autorité personnelle qu'il tient aujourd'hui des circonstances, des services éclatants qu'il a rendus à la France, et du verdict des électeurs ? Telle est la question, lourde de conséquences, que l'on ne peut pas ne pas se poser, surtout après le discours radiodiffusé que de Gaulle a prononcé le 17 novembre au soir. »

Esprit (France), décembre 1945, p. 994.

Léon Blum

«...Pour la première fois en France, que je sache, la quasi-totalité de la représentation nationale va se partager entre trois partis, d'ailleurs sensiblement égaux. C'est une situation difficile en elle-même. Mais il se trouve - et c'est là le point essentiel que je tiens à marquer dès à présent - que ces trois partis sont d'accord sur un programme d'action immédiate, le programme du C.N.R. à l'élaboration duquel tous trois ont pris une part solidaire pendant la clandestinité, que tous trois ont couvert, depuis la libération, de leur adhésion constante, que tous trois ont proposé et défendu pendant la période électorale. Leurs engagements à cet égard sont et demeurent également formels. Il y aura donc à la Constituante non seulement une large minorité, mais presque une unanimité pour un ensemble de réformes « de structure » orientant la reconstruction de la France dans la direction tracée par le texte commun du C.N.R. Ce programme est dès aujourd'hui celui de la Constituante. Il sera nécessairement celui du gouvernement de demain. »

Le Populaire (France), 23 octobre 1945.

Rémy Roure, « L'avenir est libre »

«...On pourrait rêver - mais ce serait un rêve - d'une collaboration entre les grandes formations politiques pour l'établissement d'une sage Constitution qui laisse à l'exécutif l'indépendance nécessaire et à l'Assemblée un contrôle suffisant. On pourrait rêver encore d'une entente pour l'ébauche d'un programme législatif « neuf et raisonnable ». Mais il faudrait pour cela d'abord une réforme profonde de nos moeurs politiques. La campagne électorale n'en a certes pas été le brillant prélude. La tâche de l'Assemblée constituante est délicate et rude. Elle a devant elle un avenir bien incertain. Formons le souhait qu'elle prenne conscience de la lourde responsabilité qui lui incombe. Dès 1940 la Résistance française, conduite par son chef, le général de Gaulle, s'était donné pour tâche de rendre à la patrie l'indépendance et la liberté. Elle ne séparait pas la République de la patrie. Cette grande oeuvre est maintenant accomplie. La France est libérée, l'Assemblée nationale constituante va se réunir. Les hommes qui ont voulu cela, qui n'ont reculé pour cela ni devant la mort ni devant les souffrances, peuvent être satisfaits. Le pays est désormais maître de son destin. »

Le Monde (France), 23 octobre 1945, p. 1.

Paul Sauriol, « Trois parties domineront l'Assemblée constituante »

«...Le danger communiste semble donc enrayé pour le moment, mais la réunion de la nouvelle Assemblée constituante, le 6 novembre, suscite des inquiétudes. Le plus grand succès peut-être de la journée de dimanche - parce que c'était inattendu - c'est celui du M.R.P. À moins d'un accord quelconque entre ce groupe et le parti socialiste, il ne saurait y avoir de majorité solide. Une alliance entre les communistes et les socialistes semble écartée d'avance, heureusement, mais le M.R.P. a un programme qui diffère beaucoup de celui des socialistes. Le gouvernement de Gaulle a gagné son plébiscite sur les deux questions, il a eu des « oui » dans une proportion de 96% sur la première, et de 66% sur la seconde. Il reste à voir si cette Assemblée si peu homogène réussira à s'entendre pour une tâche aussi délicate et difficile que la rédaction d'une constitution. »

Le Devoir (Québec, Canada), 23 octobre 1945, p. 1.

S.A., « France After the Polls »

«...It is clearly the national view that the patchwork of constitutional amendment will not suffice but that a fresh start must be made. In view of this emphatic expression of opinion it is surprising that two-thirds of the electorate should have voted in favour of restricting the Assembly's powers. French political logic cannot easily have accepted the conclusion that a body endowed with such an important attribute of sovereignty as the right of drafting a constitution should not be sovereign in all respects. There can be little doubt that the limitations were imposed because general De Gaulle asked for them. While remaining aloof from party controversies, he has insisted that the French Government must cease to be at the mercy of a snap vote in the Chamber if it is to speak with authority in the name of France on the great issues now coming up for international settlement. It will be a source of gratification to the friends of France all the world over that, on two such fundamental matters as the form of the State and the stability of the Government, the people of France have spoken with so clear a voice. »

The Times (Royaume-Uni), 23 octobre 1945, p. 5.

Gouvernance et gouvernement [ 21 octobre 1945 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
TransitionCharles de GaulleCharles de Gaulle

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1944 - 1950



octobre
1945
Fondation de la Fédération syndicale mondiale

octobre
1945
[Résultats] Élections législatives

octobre
1945
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

décembre
1945
Nationalisations d'entreprises en France

avril
1946
Suppression du travail forcé en Afrique francophone

juin
1946
[Résultats] Élections législatives

octobre
1946
Tenue d'un référendum en France sur un projet de Constitution

novembre
1946
[Résultats] Élections législatives

février
1947
Signature du traité de Paris entre des pays européens impliqués dans la guerre

mars
1948
Signature du traité de Bruxelles

mai
1949
Parution du premier tome du livre « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir


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