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1 juin 1958

Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

De Gaulle
Domaine public/ Public Domain

La détérioration de la situation en Algérie favorise le retour de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil. L'Assemblée nationale le confirme dans ses fonctions à la suite d'un vote historique, 329 voix contre 224.

La crise algérienne a pris une nouvelle tournure le 13 mai 1958. Une insurrection à Alger a mené à la création d'un Comité de salut public dirigé par le général Henri Massu. Opposés à l'accession de Pierre Pflimlin à la présidence du Conseil, les rebelles, qui veulent que l'Algérie demeure française, souhaitent le retour au pouvoir de Charles de Gaulle. Le 18 mai, ce dernier se dit prêt à assumer le leadership. Craignant une détérioration de la situation, Pflimlin démissionne le 28 mai. Le président de la République, René Coty, menace d'en faire autant si l'Assemblée nationale refuse d'investir de Gaulle. Malgré la tiédeur des socialistes et un rejet unanime des communistes -147 contre 0- , la confiance est accordée à de Gaulle le 1e juin, 329 voix contre 224. Trois jours plus tard, le président est à Alger où il prononce un discours visant à apaiser les tensions. Des pouvoirs spéciaux lui sont confiés pendant six mois pour régler le bourbier algérien. Le gouvernement devra aussi préparer une nouvelle Constitution. L'inquiétude que soulèvent ces bouleversements est quelque peu apaisée par les nominations au cabinet de modérés comme Pflimlin, Guy Mollet et Antonio Pinay. Voir : Je vous ai compris... (Sur la question algérienne)

Dans les médias...


Sirius, «L'amère vérité»

«...Il est absurde de revendiquer les plus hautes responsabilités et d'organiser en fait la «carence du pouvoir» sous le masque de la légalité, d'appeler de Gaulle pour l'obliger ensuite à se retirer ou à se présenter en général factieux, d'abandonner, sous couleur d'obstination romaine, l'initiative à l'armée et à son noyau le plus dur, les paras, d'accroître aussi à plus ou moins court terme les chances de la guerre civile. Aujourd'hui, dans l'immédiat, quelque réserve que l'on puisse faire pour le présent, et plus encore pour l'avenir, le général de Gaulle apparaît comme le moindre mal, la moins mauvaise chance. La IVe République meurt beaucoup moins des coups qui lui sont portés que de son inaptitude à vivre. Comme en 1940, les Français auront tout loisir de le déplorer. Qu'ils se consolent en pensant que la vie, elle, ne s'arrête pas pour si peu et qu'ils finiront bien tôt ou tard par tirer les leçons de l'expérience cruelle où ils sont engagés.»

Le Monde (France), 29 mai 1958, p. 1.

André Siegfried, «Naissance de la Ve République»

«...Le Général, ce qui ne peut nous étonner de la part d'un chef d'État de cette envergure, a témoigné d'un noble et presque olympien dédain de l'opinion et même des sources effectives de la révolution du 13 mai. Il n'a vu que le but, c'est-à-dire le salut de l'État, et pour cela il a pu disposer et a su se servir au maximum de l'armature d'experts, de compétences et de dévouements à l'État la plus remarquable qu'il y ait peut-être actuellement dans aucun pays. Le régime prend ainsi la figure d'une technocratie dont le chef de l'État absorbe dans sa personne la direction proprement politique. L'histoire seule nous dira si dans cette entreprise, ce n'est pas une faute politique, non de s'être servi des experts, mais d'avoir déchaîné leurs passions réformatrices.»

Le Figaro (France), 9 janvier 1959.

André Laurendeau, «Le régime de Gaulle»

«...Le côté «ambigu» de sa victoire peut affaiblir de Gaulle. Elle peut aussi être à l'origine de sa grandeur. Appuyé à la fois sur une majorité parlementaire et sur l'armée, sur le désir des masses et les factions de droite, il est ce qu'il a toujours désiré : l'homme du pays, non l'homme d'un parti, fut-ce le parti des généraux. Certes, l'opposition communiste ne désarme pas. De l'autre côté les parachutistes, janissaires plus ou moins récalcitrants du nouveau régime, pourront subir et imposer des nouvelles poussées d'impatience. L'autorité de de Gaulle vient de ce qu'il peut s'appuyer sur des forces diverses, jouer à l'occasion l'une contre l'autre, et incarner la France. Comme Pétain à Vichy, il risque de nouveau sa gloire. Il n'y a pas à ses côtés un vainqueur exigeant. Mais les intérêts en jeu sont énormes, les problèmes épineux, et la tâche apparaît gigantesque. Il a des amis dangereux, des adversaires farouches et des alliés douteux. C'est avec une parfaite conscience de l'enjeu qu'il se tient debout devant l'histoire.»

Le Devoir (Québec, Canada), 5 juin 1958, p. 4.

S.A., «Six months»

«...The collapse of the Fourth Republic, let down from within and battered from without, makes most French people agree with General De Gaulle on at least one point. There is no use in granting him, or anyone else, special powers if there is afterwards a return to the present parliamentary regime. It has proved unworthy of France, and has in no way matched the national and industrial enterprise and progress or the intellectual life of a talented people. Almost everyone envisages change. The Communists themselves, now leading the demonstrations in the name of free democracy, would speedily enough bring in their own kind of dictatorship if they had half an opportunity. To his credit General De Gaulle, who could have relied on Army groups, has based his powers on an Assembly vote- admittedly at a time of national danger when he seemed the only recourse. And, if given his special powers, he promises to go again «without delay» to the Assembly, which shall authorize the beginning of the process of constitutional reform.»

The Times (Royaume-Uni), 2 juin 1958, p. 11.

T.M., «Entracte»

«...l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle n'a rien de surprenant. Loin de rompre avec la politique suivie jusqu'ici, elle en est, si l'on peut dire, le couronnement : elle est le fruit naturel de la guerre d'Algérie et de la désagrégation de la gauche. De Gaulle vitupère le «système», mais il en profite directement, il est en quelque sorte la sinistre vérité de la IVe République. C'est pourquoi, contre lui, le même combat doit continuer pour la paix négociée en Algérie et pour la régénération de la gauche. Ce n'est pas le régime, dont précisément ceux qui finirent par se rallier à de Gaulle furent les plus beaux fleurons, que nous avons défendu. Si nous avons souhaité le maintien du gouvernement Pfimlin, ce n'est pas par approbation de sa politique, c'est parce que les chances d'un redressement politique apparaissent plus grande, ou, si l'on veut, moins faibles avec un gouvernement encore démocratique que sous un pouvoir personnel et arbitraire.»

Les Temps modernes (France), juillet 1958, p. 170.

Gouvernance et gouvernement [ 1 juin 1958 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireRené CotyCharles de Gaulle

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1953 - 1963



octobre
1954
Création de l’Union de l’Europe occidentale

octobre
1955
Référendum sur le statut de la Sarre

janvier
1956
Tenue d'élections législatives en France

janvier
1956
[Résultats] Élections législatives

mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives

janvier
1960
Début de la semaine des barricades en Algérie

février
1960
Explosion d'une première bombe atomique par la France

octobre
1961
Manifestation du Front de libération nationale à Paris

janvier
1962
Adoption de la politique agricole commune à Bruxelles

août
1962
Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

octobre
1962
Référendum en France sur l'élection du président au suffrage universel

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne


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