20 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

28 septembre 1958

Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Charles de Gaulle

Moins de quatre mois après l'investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, 22,5 millions de Français se prononcent sur un nouveau projet de Constitution. Malgré l'opposition de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et du Parti communiste (PC), il est accepté à 79,2%.

Il s'agit d'un succès considérable pour le gouvernement et pour Charles de Gaulle dont le projet est appuyé par une majorité qui transcende les partis politiques. La nouvelle Constitution, que l'Assemblée nationale adopte le 4 octobre, prévoit un renforcement des pouvoirs de l'exécutif et du président de la République qui échappe désormais à la lutte entre les partis. Les deux tours des premières élections législatives organisées sous la Ve République ont lieu le 23 et le 30 novembre 1958. Au premier tour, les Indépendants (24,2%) et l'Union pour la nouvelle République (UNR) (20,3%), favorables à la nouvelle Constitution, arrivent en tête devant le PC, en chute à 18,9%, et la SFIO (15,7%). Au terme du second tour, l'UNR et les Indépendants dominent avec respectivement 196 et 127 sièges, ce qui leur donne une nette majorité à l'Assemblée nationale. Le 21 décembre, un collège de grands électeurs composé de députés, de conseillers et de maires élit Charles de Gaulle à la présidence de la République par une écrasante majorité (78,5%) sur le communiste Georges Maranne et Albert Chatelet.

Pour en savoir plus: Constitution de la Ve République en France

Dans les médias...


Jean-Marie Domenach, «Pourquoi Non»

«...Et malgré l'envie qui nous effleure de dire oui -après tant de refus nécessaires, tant d'oppositions justes mais qui n'ont point abouti- , de dire oui à un homme que nous avons aimé, oui à la nécessité de rendre à la France des institutions fortes, oui au grand dessein de restaurer cette nation dans l'amitié avec des peuples décolonisés, ce oui ne nous paraît pas possible. Ce oui serait un pari sur un homme et rien d'autre. Toute notre tradition, toute notre raison y répugnent. En ce siècle où des masses énormes exigent une réponse à leurs besoins et à leurs inquiétudes, la grandeur d'un seul homme est une protection magique et dérisoire contre le destin. Nous disons non. Pas à un homme, mais d'abord à une Constitution qu'inspire la peur du suffrage universel et qui prépare sous le couvert d'un renforcement de l'exécutif un système de confusion et d'anarchie bien pire que le précédent. Nous disons non surtout à une entreprise issue du coup de force du 13 mai, qui en demeure prisonnière et dont tout l'avenir est obéré par le mensonge de la politique algérienne.»

Esprit (France), septembre 1958, p. 298.

André Laurendeau, «Le triomphe du général de Gaulle»

«...Il semble clair que de Gaulle n'a pas voulu livrer sa pensée avant d'avoir reçu un appui populaire. C'était assurément politique. Ainsi l'unanimité a-t-elle pu se créer. Mais l'unanimité sur quoi ? Sur la personne de de Gaulle, sur la confiance qu'il inspire, sur la nécessité de lui confier une autorité plus certaine. Mais cet élan recouvre des différences qui réapparaîtront nécessairement. Bientôt il faudra trancher dans le vif, donner raison à une partie de l'opinion, en mécontenter une autre. Car l'autorité existe pour être exercée. Si la France presque entière s'est détournée de la IVe République, c'est précisément parce qu'elle lui reprochait de s'être montrée impuissante, d'avoir laissé pourrir les problèmes au lieu de s'y attaquer courageusement. La Ve devra se montrer plus efficace. De Gaulle a voulu concentrer entre ses mains des pouvoirs plus réguliers que ceux qu'il a détenus jusqu'ici, avant d'affronter pour de bon la crise algérienne -dont est mort, ne l'oublions pas, le régime qui fut enterré avant-hier. C'est alors qu'on verra s'il est l'homme de la situation, et pas seulement une grande figure symbolique.»

Le Devoir (Québec, Canada), 30 septembre 1958, p. 4.

Marcel Péju, «L'illusionniste»

«...Et ce n'est pas la personne du général qui importe, ce ne sont même plus les conditions dans lesquelles il est arrivé au pouvoir, c'est la nature même de ce pouvoir, telle que la révèlent les derniers scrutins. Ni le 13 mai, ni les colonels ne donnaient encore son sens à de Gaulle, bien qu'il eût accepté d'être imposé par eux. Le référendum, au contraire, manifeste à la fois l'ampleur du mal national et la responsabilité historique d'un homme qui, loin d'y remédier, l'aggrave. À l'inverse de ce qu'il paraît croire, de Gaulle ne réveille pas la France, il l'endort, il interpose entre elle et le monde l'écran de ses images d'Épinal. La crise du 13 mai, poussée jusqu'à son terme, eût pu secouer la nation, l'affronter à ses vrais problèmes, la contraindre à regarder en face ce qu'elle ne cessait de fuir : dans la tragédie, peut-être, et dans la lutte, du moins dans la vérité des ruptures salutaires. De Gaulle survint et, un moment, escamota tout : la France, l'Algérie, la guerre. Il n'en fallait pas plus. Comme l'héroïne de vaudeville fuit dans l'évanouissement une explication délicate, la France s'écria : «Ciel, les paras !» et tomba dans les bras du sauveur.»

Les Temps modernes (France), novembre-décembre 1958, pp. VI-VII.

S.A., «Gaullist France»

«...Algeria, more than ever, is the crux of the problem. When all allowances have been made for intense Army activity to secure a favourable vote and for the absence of any open opposition, the size of the vote is impressive. What does it mean ? Basically the meaning must be that the Muslims trust General de Gaulle to lead them out of an intolerable situation -and one which is intolerable for economic much more than for political reasons. If it is integration they want, it can be only integration of the most thorough sort, which would give them all the privileges of metropolitan Frenchmen. Though Frenchmen may be justified in regarding the Algeria vote with pride, it places on them responsibility for swift and bold action if disillusion is not to follow. General de Gaulle's first and hardest task will be to guide opinion on both sides of the Mediterranean to the implications of the Algeria vote.»

The Times (Royaume-Uni), 30 septembre 1958, p. 11.

Gouvernance et gouvernement [ 28 septembre 1958 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireRené CotyCharles de Gaulle

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1953 - 1963



octobre
1954
Création de l’Union de l’Europe occidentale

octobre
1955
Référendum sur le statut de la Sarre

janvier
1956
Tenue d'élections législatives en France

janvier
1956
[Résultats] Élections législatives

mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives

janvier
1960
Début de la semaine des barricades en Algérie

février
1960
Explosion d'une première bombe atomique par la France

octobre
1961
Manifestation du Front de libération nationale à Paris

janvier
1962
Adoption de la politique agricole commune à Bruxelles

août
1962
Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

octobre
1962
Référendum en France sur l'élection du président au suffrage universel

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne


Dans l'actualité


octobre
2019
G7 2019 : un sommet qui sème la tension

mars
2019
Perquisition de l'opposition en France : Jean-Luc Mélenchon dénonce furieusement un abus de pouvoir

février
2019
Un climat politique orageux en France

octobre
2018
Donner du sang, oui, mais pas pour toute la France...

septembre
2018
Le président français devant le Congrès américain : séduction ou critique ?

janvier
2018
Le populisme sous la loupe du Forum mondial de la démocratie de Strasbourg

octobre
2017
Des élections désastreuses pour le Parti socialiste en France

juillet
2017
Nostalgie ou changement sans dérangement

février
2017
Présidentielle française: entre espoir et dépit

février
2017
Des États-Unis à la France, Donald Trump ne laisse personne indifférent


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019