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27 avril 1969

Tenue d'un référendum menant à la démission du président français Charles de Gaulle

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alain Poher

Le président Charles de Gaulle lie son avenir politique à un référendum portant sur la réforme des régions et la transformation du Sénat. La victoire des opposants au projet, qui recueillent 53,2% des voix, entraîne sa démission qui survient le lendemain.

Il y a longtemps que de Gaulle veut tenir une consultation populaire sur ces thèmes. Complexes, les enjeux prennent une autre tournure lorsque le président annonce publiquement que son avenir à la tête de l'État dépendra directement des résultats. L'opposition au projet est forte. Le 27 avril, le Non reçoit l'appui de 53,2% des 22,4 millions de Français qui se rendent aux urnes. Malgré le fait que ses partisans forment encore une nette majorité à l'Assemblée nationale, de Gaulle, maintenant âgé de 78 ans, prend acte du verdict et confirme le lendemain qu'il quitte ses fonctions. Seul président de la Ve République depuis sa fondation, en 1958, il menait les destinées de l'État français depuis 10 ans et quatre mois. C'est Alain Poher, le président du Sénat, qui assurera l'intérim avant que des élections à la présidence soient organisées. Parmi les candidats susceptibles de lui succéder, on retient notamment le nom de l'ex-premier ministre Georges Pompidou qui a déjà manifesté son intérêt pour la présidence.

Dans les médias...


Jean-Jacques Servan Schreiber, «Un «Non» de rêve»

«...Quant à la question, et c'est celle qui compte, posée par de Gaulle, elle peut, surtout pour ceux qui l'admirent, se traduire ainsi : puisqu'il faudra bien qu'il s'en aille un jour, quel est le meilleur moment ? Ce peut être le jour de son décès à l'Élysée, mais vraiment, il serait regrettable de plonger la nation, pour ce qui est de la succession, dans une si profonde émotion que le jugement politique en soit gravement altéré au moment d'un choix capital. Ce peut être, et ce serait pire, au moment d'une nouvelle crise dramatique, analogue à celle de mai, comme on peut malheureusement en prévoir étant donné l'incapacité croissante du gaullisme à épouser l'industrie (...) Ou bien ce peut être maintenant, dans le calme, par un non sans passion à un référendum inutile (...) Le non du 27 avril apparaît, à l'examen, comme une occasion exceptionnelle de préserver l'héritage historique de de Gaulle en évitant au grand homme de sombrer dans la vieillesse; d'assurer une succession aussi calme que possible dans des circonstances plus «modérées» que jamais; enfin, de remettre notre pays au travail sur un développement économique sérieux sans attendre d'être au fond des impasses où «une certaine idée de la France», qui a maintenant sa place au Panthéon, nous entraîne avec elle.»

L'Express (France), 21 au 27 avril 1969, p. 7.

Jean-Marie Domenach, «Le départ du général de Gaulle»

«...Mais ce peuple dont il cherchait passionnément l'adhésion (que d'inepties n'a-t-on pas écrites sur son mépris du peuple!), le peuple «dans ses profondeurs» se dérobait à un appel dont il ne discernait pas les raisons et les buts. Cette réforme était confuse, ambiguë. L'insistance qu'il mit à lier son mandat et le «destin national» à ce texte obscur et interminable finit par indisposer. On pressentait quelque chose de déséquilibré là-derrière, une obsession, une démesure, un désaccord avec la réalité des choses et le rythme de la vie. Le peuple, en rechignant, se serait une fois de plus mis debout au commandement du vieux dompteur si on lui avait indiqué des objectifs concrets, un avenir croyable. Mais il était bousculé, braqué. Le bon instinct, l'instinct démocratique, s'allia avec les mauvais pour renforcer le refus. La voix du 18 juin 40, la voix du 15 août 44 qui nous lançait l'ordre ultime : «Français debout ! et au combat !», s'était usée trop longtemps et dans trop d'habiletés. La dernière fois que nous l'entendîmes, elle ne commandait plus.»

Esprit (France), juin 1969, p. 1072.

Claude Fuzier, «C'est maintenant que les difficultés commencent»

«...En reprenant en main son destin, en disant qu'il ne voulait plus que de Gaulle soit l'unique centre de la vie française, le corps électoral s'est rendu ses responsabilités. Il faut choisir entre trois voies possibles : le maintien du gaullisme par l'élection d'un candidat qui ne serait qu'une copie conforme de de Gaulle; la poursuite d'une politique économique et sociale réactionnaire en se prononçant pour un homme qui représenterait la coalition allant de M. Giscard d'Estaing à M. Duhamel; un changement réellement profond de la politique française en votant pour un candidat de la gauche démocrate et socialiste. L'élection présidentielle représente donc une nouvelle étape et un nouveau test de la plus grande importance, car elle montrera plus clairement que ne l'a fait la consultation d'hier les orientations fondamentales de l'opinion publique.»

Le Populaire (France), 29 avril 1969.

Sirius, «Roulette russe ?»

«...Charles de Gaulle s'en va, aucun problème ne se trouve pour autant résolu. On veut espérer que cette piété quelque peu idôlatrique qu'il a toujours portée à la France l'incitera à ne pas renouveler les erreurs du R.P.F. et à réprouver les tentations que ses ultras ne manqueront pas de susciter. Ceux qui lui restent fidèles éprouvent une tristesse que partagent, plus ou moins, beaucoup de ses antagonistes. Ces derniers ont du reste quelques bonnes raisons d'avoir le triomphe modeste. Pour tous, la tâche sera d'autant plus malaisée que, au lieu d'établir solidement les institutions et les moeurs que les Français attendaient de lui, le chef de l'État leur a trop souvent appris à ne pas s'embarrasser de règles et de garanties devenues gênantes, créant ainsi des précédents que d'autres pourraient invoquer sans s'imposer les mêmes limites. Telle est, dans leur grandeur, la faiblesse de la plupart des héros historiques. Capables de dominer des tempêtes qui seules leur permettent de donner la mesure de leurs dons, ils en gardent une sorte de nostalgie, une inclinaison naturelle à substituer l'exceptionnel à la banale coutume : «Levez-vous, orages désirés...» »

Le Monde (France), 2 avril 1969, p. 1.

Gilles Boyer, «De Gaulle partira»

«...À l'étranger, le départ de de Gaulle causera à la fois du soulagement et de l'incertitude. Les cinq partenaires du Marché commun piétinaient sur place avec un de Gaulle dont la mégalomanie était devenue insupportable, mais l'instabilité chronique en France leur causerait tout autant d'ennuis (...) À l'intérieur, il faut souhaiter que la France revienne à une vie démocratique normale après le long intermède gaulliste. Il serait dommage que, pour avoir donné du pouvoir stable une image déformée par l'autoritarisme et l'orgueil intraitable, de Gaulle une fois parti replonge la France dans l'anarchie politique où elle se trouvait en mai 1958. Il ne manque pas d'hommes politiques en ce pays qui cherchent le moyen terme entre le «communisme totalitaire», épouvantail dressé par de Gaulle, et le césarisme gaulliste. Toutefois, compte tenu des conditions difficiles dans lesquelles se trouve le pays et de la manière avec laquelle le président de la République quitte le pouvoir, la tâche de ses successeurs sera lourde à assumer.»

Le Soleil (Québec, Canada), 28 avril 1969, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 27 avril 1969 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireCharles de GaulleMaurice Couve de Murville

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1964 - 1974



décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1966
Annonce du retrait de la France de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord

mars
1967
Tenue d'élections législatives en France

mars
1967
[Résultats] Élections législatives

mars
1968
Éclosion du Mouvement du 22 mars en France

mai
1968
Contestation étudiante et ouvrière en France

juin
1968
Tenue d'élections législatives en France

juin
1968
[Résultats] Élections législatives

avril
1969
Tenue d'un référendum menant à la démission du président français Charles de Gaulle

mai
1969
Remise du prix du jury à Cannes au film Z de Costa-Gavras

juin
1969
Élection de Georges Pompidou à la présidence de la République française

juin
1969
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1971
Création de l'organisation Médecins sans frontières

mars
1973
Tenue d'élections législatives en France

mars
1973
[Résultats] Élections législatives

avril
1974
Décès du président français Georges Pompidou

mai
1974
Élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République française

mai
1974
[Résultats] Élection présidentielle


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