6 avril 2025
30 juin 1968

Tenue d'élections législatives en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde


Georges Pompidou

Les événements de mai 1968 amènent le président de la République, Charles de Gaulle, à annoncer la dissolution de l'Assemblée nationale. Les élections qui suivent sont couronnées par un triomphe décisif de l'Union pour la défense de la République (UDR) au détriment des formations de gauche.


Pour en savoir plus: "Il n'y a plus d'État"
Résultats du scrutin

La contestation étudiante et les grèves ouvrières laissent planer un moment une possible démission du président de Gaulle. Après avoir proposé un référendum sur la participation, celui-ci choisit plutôt, à son retour d'un voyage éclair en Allemagne, de dissoudre l'Assemblée nationale un an à peine après les législatives d'avril 1967. Le pari s'avère profitable aux gaullistes et à l'UDR qui obtient 46,4% des appuis au premier tour, contre 20% pour le Parti communiste (PC) et 16,6% pour la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Au second tour, l'UDR et ses apparentés raflent 358 des 485 sièges en jeu. Ce témoignage de l'électorat en faveur de la stabilité se fait notamment au détriment de la gauche, le PC et la FGDS perdant près de 100 députés par rapport aux législatives de 1967. Le départ du premier ministre Georges Pompidou, en fonction depuis 1962, est comblé par la nomination à ce poste de l'ex-ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville. Pompidou est déjà perçu par plusieurs comme l'éventuel successeur de Charles de Gaulle à la présidence.

Dans les médias...

Dominique Dubreuil, «Notes sur une carte de France»

«...Corps électoral vieilli, gérontocratie, disent à juste titre les commentateurs de 1968 : on ne peut préjuger le visage de la prochaine consultation, et le parti que prendront des jeunes d'aujourd'hui placés dans le silence. Si dans la motivation électorale de 1968, on peut établir que «vote majoritaire = vote pour l'ordre» (bien avant, ou contre, le vote «pour les réformes»), il reste que les «réflexes républicains», c'est-à-dire la tradition de gauche, sont eux-mêmes bien vacillants. Se trouve-t-on dans un véritable passage, qui achèvera une vieille société ? Les notions de progrès et de mouvement, de révolution et de réaction, n'auraient plus alors la même application. Cet ordre moral faisant aujourd'hui triompher le gaullisme trouvera-t-il à se fixer autrement ? Ou bien, face à la vieille société, est-ce l'ancienne gauche, mettant enfin l'imagination à son propre pouvoir, qui récrira ses refus, et surtout ses désirs ? Pour la gauche, en tout cas, la carte géographique, elle aussi, n'est plus muette : qui apprend à la lire entend un appel au secours.»

Esprit (France), août-septembre 1968, pp. 198-199.

Jean-Jacques Servan-Schreiber, «Et le 13 mai 1978 ?»

«...Si crime il y a eu contre l'espoir de mai, et tout simplement contre l'avenir du pays, c'est la direction politique de la gauche qui en porte la responsabilité (...) Les Français, dimanche, n'ont pas tant voté pour de Gaulle, en qui leur confiance est forcément très ébranlée, depuis le deuxième 13-Mai, ils l'ont fait, et avec brutalité, contre la gauche telle qu'elle se présentait à eux. Ils ont voté pour ce qui leur est apparu, semble-t-il avec éclat, comme le moindre de deux maux. La victoire de la majorité est, si on l'analyse au fond, précaire. Elle a été acquise dans la précipitation, elle ne règle aucun des problèmes dramatiques que la conduite de cette majorité elle-même avait créés pour le pays. Mais la défaite de la gauche ne l'est pas. Elle n'est ni précaire ni accidentelle. Elle est une vérité de fond. L'explosion de mai aurait fait craquer n'importe quel gouvernement et n'importe quel régime s'il y avait eu, en face, une autre option cohérente. Il est clair qu'il n'y en avait pas.»

L'Express (France), 24 au 30 juin 1968, p. 9.

Claude Ryan, «Les élections françaises : non au désordre, oui à la participation»

«...Les malaises qui donnèrent naissance aux événements de mai ne sont pas disparus, loin de là. L'inégalité, le mécontentement, les divergences radicales en matière politique et sociale, subsistent sans doute plus que ne laissent entrevoir les résultats du scrutin. Mais le peuple français a voulu dire clairement qu'à son jugement, ces problèmes ne sauraient être résolus par le recours à la violence. On pourra, dans certains milieux, trouver que le peuple français a préféré son confort et sa sécurité à la liberté nouvelle que lui proposaient les événements de mai. On pourrait opiner que ce peuple a succombé à la peur, qu'il s'est laissé berner par les paroles envoûtantes du chef de l'État. Tout cela ne change rien au fait dominant qui se dégage de l'élection de dimanche. Le peuple de France a voulu manifester sa réprobation pour l'emploi de la violence comme méthode d'action politique et sociale. Il a voulu accorder sa confiance, par-delà tel ou tel parti, à l'homme qui lui promettait un gouvernement fort dans l'ordre.»

Le Devoir (Québec, Canada), 3 juillet 1968, p. 4.

S.A., «France : A Gaullist Sweep»

«...Predictably -and not without some justification- the opposition attributed the nation's visibly rightward drift to unscrupulous scare tactics on the part of the Gaullists. From President de Gaulle on down, the Gaullists had, in fact, campaigned on the simple proposition that a vote for Gaullism was a vote against anarchy and disorder of the sort that had just crippled France for a month and which, the Gaullists warned, was but the forerunner of a Communist totalitarian dictatorship. «The party of fear has won,» was the bitter verdict of the French Communist Party in the aftermath of the election's first round. But if the forces of the left failed to win out over the «party of fear,» as the prestigious Paris daily Le Monde suggested last week, it might well have been because the opposition failed to sell itself as the «party of hope.» Many Frenchmen -including a surprisingly large number of ertswhile Communist and Federation supporters- had become persuaded that the politicians of the left were at best bunglers, and at worse guilty of the more serious sin of overweaning political ambition.»

Newsweek (États-Unis), 8 juillet 1968, pp. 30-31.

Gouvernance et gouvernement [ 30 juin 1968 ]

Pays Niveau de démocratie Chef de l'État Chef du gouvernement
flagFranceIntermédiaireCharles de GaulleMaurice Couve de Murville

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

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