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16 mars 1986

Tenue d'élections législatives en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

François Mitterrand

À l'issue des élections législatives, le Rassemblement pour la République (RPR), l'Union pour la démocratie française (UDF) et divers élus de droite forment la majorité à l'Assemblée nationale. Cette situation amènera le président François Mitterrand à nommer Jacques Chirac au poste de premier ministre.

C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un président, en l'occurrence le socialiste Mitterrand, se tourne vers un premier ministre d'une autre « famille politique » (Chirac) pour former le gouvernement. Ce phénomène, auquel on donne le nom de cohabitation, suscite beaucoup d'intérêt. Il était cependant prévisible, la gauche ayant subi un net recul par rapport aux législatives de 1981. L'élection est cruelle pour le Parti communiste (PC) qui n'obtient que 9,8% des votes et seulement 35 sièges. Par contre, le scrutin proportionnel à un tour, en vigueur pour la première fois, permet au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen, une formation de droite, de faire élire 35 députés. En refusant de s'appuyer sur les votes du FN, le gouvernement de Jacques Chirac, qui a été premier ministre de 1974 à 1976, ne disposera que d'une mince majorité à l'Assemblée nationale. Malgré les bonnes intentions exprimées, la cohabitation entre Mitterrand et Chirac, que plusieurs perçoivent comme de futurs opposants à l'élection présidentielle de 1988, s'annonce inconfortable.

Pour en savoir plus: Discours du nouveau premier ministre de la République française

Résultats du scrutin

Dans les médias...


André Fontaine, «Travailler ensemble»

«...En 1981, un ras-le-bol avait entraîné un raz de marée. Il n'y a eu dimanche ni ras-le-bol ni raz de marée. Peu, ou pas de passion, sauf dans la classe politique proprement dite. Un grand scepticisme sans doute, en toile de fond quant aux chances qu'un renouvellement de l'équipe dirigeante permette à la France de sortir du chômage et de son corollaire, l'insécurité. Les choses seraient peut-être différentes si l'image d'un sauveur se profilait à l'horizon. Mais n'est pas sauveur qui veut : il fallait être de Gaulle pour réussir un retour de Colombey. Comme aucune figure nouvelle n'est vraiment parvenue à s'imposer, c'est toujours entre les membres de la «bande des quatre» que se joue la partie. Quelles que soient les qualités des uns et des autres, le fait est qu'on les a trop vus. La chance qui leur reste, s'ils ne veulent pas laisser l'extrême droite continuer de s'engraisser à leurs dépens, c'est de retenir le seul critère de l'intérêt national, en écartant la tentation qui doit être forte, de retourner aux jeux subtils dont s'est nourrie et mourut la IVe République.»

Le Monde (France), 18 mars 1986, p. 1.

René Rémond, «Les élections du 16 mars 1986»

«...les deux pouvoirs sont bien de sens contraire, mais l'un et l'autre relativement affaiblis : le Président l'est évidemment, même s'il a réussi à préserver ses prérogatives essentielles, et François Mitterrand a été plus prompt que son parti à reconnaître que la gauche avait perdu le pouvoir. Mais la majorité nouvelle s'est trouvée aussi trop courte et précaire pour être en mesure de lui dicter ses conditions. A preuve, au soir du 16 mars, il n'a plus été question de l'éventualité du départ du Président et aucun homme politique de droite ne paraissait se souvenir d'avoir agité l'alternative -se soumettre ou se démettre- ni d'avoir fait référence aux précédents de 1877 ou de 1924. Voici donc les deux pouvoirs obligés de composer. Quoi qu'il advienne par la suite, et même si la cohabitation ne devait pas durer au-delà de quelques mois, et notamment ne pas résister aux coups de butoir qui iront se multipliant à l'approche de la compétition pour la présidence de la République, il restera qu'un début de cohabitation a été possible et tenté. Pour qui sait la force des précédents dans l'expérimentation de tout nouveau système institutionnel, nul doute que la Constitution soit en train de passer dans d'assez bonnes conditions la dernière épreuve qu'il lui reste à surmonter pour démontrer sa capacité d'adaptation.»

Études (France), juin 1986, p. 772-773.

Josette Alia, «La longue nuit des cohabitants»

«...Entre ce dimanche soir doublement historique où les Français apprirent à la fois qu'ils avaient changé de majorité et que ce changement se ferait en douceur, et ce mercredi après-midi où Jacques Chirac annonçait enfin qu'il acceptait de former le gouvernement, le pays a retrouvé l'atmosphère des crises de papa. Non sans quelque nostalgie passéiste pour les aînés. Avec une sorte d'étonnement incrédule pour les plus jeunes. Car, répétons-le, à la veille du scrutin, on pouvait s'attendre à tout : raz de marée de la droite, crise constitutionnelle, voire démission de François Mitterrand. La courte victoire de l'ex-opposition a rendu ces prévisions caduques : en partageant presque équitablement leurs suffrages, les électeurs indiquaient clairement qu'ils votaient pour la cohabitation tranquille, qu'ils dépassaient les clivages classiques et que le consensus, pour la première fois sous la Ve République, disqualifiait les joutes politiciennes. Dur à avaler pour les pros de la politique qui, décidément, n'ont rien oublié, rien appris. La cohabitation aurait pu voir le jour sans douleur. Elle est née au forceps.»

Le Nouvel Observateur (France), 21 au 27 mars 1986, p. 23.

Jean Daniel, «Qui va craquer ?»

«...Sans doute ne peut-on mettre sur le même plan le phénomène de déclin du Parti communiste et le phénomène d'irruption du lepénisme qui, se nourrissant de retombées permanentes de l'immigration et de l'insécurité, risque de n'être pas dépourvu d'avenir. Comment expliquer cependant que ces deux phénomènes extrêmes apparaissent tous deux comme des survivances incrustées ? En tout cas, le vide créé par l'apparente liquidation des idéologies de gauche au profit des stratégies gestionnaires ne sera comblé ni par un libéralisme qui déjà s'essouffle, ni par un chauvinisme néoraciste lourd de turbulences refusées. A la condition de théoriser hardiment les conclusions dynamiques de toutes ces années d'expérience, un nouveau rassemblement des gauches est prêt à se faire, c'est l'évidence.»

Le Nouvel Observateur (France), 21 au 27 mars 1986, p. 22.

Éditorial

«...American experience with a president opposed by Congress has shown that government is not rendered unworkable. There is no reason to imagine that France will come to a grinding halt. The Gaullist concept of the god-like president has merely been replaced by a system of checks and balances (...) By all accounts, Mr. Mitterrand is looking forward to exercising his Machiavellian political skills to extract the greatest possible benefit from «cohabitation» in the run up to the 1988 presidential elections. As France needs more conservative economics, the marriage between a socialist president and conservative premier and cabinet may not prove to be so inconvenient for Mr. Mitterrand after all. The conservatives may find themselves contributing to Mr. Mitterrand's re-election by completing the task of restoring the economy to the condition it was before the Socialists went on their damaging spree of economic irresponsability, when they nationalized banks, insurance companies and large industrial firms.»

The News and Courier (États-Unis), 18 mars 1986.

Gouvernance et gouvernement [ 16 mars 1986 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireFrançois MitterrandLaurent Fabius

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1981 - 1991



avril
1981
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1981
Élection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1981
[Résultats] Élections législatives

octobre
1981
Abolition de la peine de mort en France

octobre
1983
Manifestations dans les grandes villes d'Europe contre le déploiement d'armes nucléaires

septembre
1985
Démission du ministre français de la Défense, Charles Hernu

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mars
1986
Tenue d'élections législatives en France

mars
1986
[Résultats] Élections législatives

avril
1988
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1988
Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1988
[Résultats] Élections législatives

juin
1990
Discours du président français François Mitterrand sur la démocratisation en Afrique

novembre
1991
Ouverture du quatrième Sommet de la Francophonie


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