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28 mars 1993

Tenue d'élections législatives en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Édouard Balladur

L'écrasante majorité obtenue au second tour des élections législatives par le Rassemblement pour la République (RPR) et l'Union pour la démocratie française (UDF) entraîne une seconde expérience de cohabitation en France. Cette fois, le président François Mitterrand se tourne vers Édouard Balladur du RPR pour former le gouvernement.

Une économie au ralenti et une série de scandales pèsent lourdement sur le gouvernement socialiste qui reçoit une véritable gifle de l'électorat français. Après un premier tour inquiétant, où il obtient seulement 17,6% des intentions de vote, le Parti socialiste (PS) ne fait élire que 54 députés au second tour. Avec les 23 députés communistes, cela signifie que les deux partis les plus influents de la gauche n'ont fait élire que 77 des 577 représentants à l'Assemblée nationale. Cette dégringolade profite au RPR et à l'UDF qui détiennent la plus forte majorité de droite élue sous la Ve République. Comme il l'a fait en 1986, le président François Mitterrand se tourne vers un premier ministre de droite pour former le gouvernement. Cette fois, c'est Édouard Balladur du RPR, un ex-ministre des Finances dans le gouvernement de Jacques Chirac, qui est choisi. Son cabinet sera composé de députés du RPR et de l'UDF. Des lendemains difficiles s'annoncent pour la gauche qui a deux ans pour panser ses plaies et préparer l'élection présidentielle de 1995.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Yann de L'Écotais, « Rendre confiance »

«...Combinaison d'une volonté de changement, d'un rejet et d'un système électoral, le scrutin législatif vient d'afficher des résultats à la mesure de l'inquiétude aiguë de la nation. La France doute de tout, et surtout d'elle-même. Ce « no future » que la gauche a laissé s'infiltrer dans les esprits lui vaut la sanction radicale des 21 et 28 mars. Comme si l'avenir, pour les socialistes français, n'avait pas résisté à l'explosion de la doctrine dont ils s'étaient inspirés et à laquelle ils avaient trop longtemps collé, s'interdisant ainsi tout effort d'imagination. Pour la droite, il n'y a donc pas aujourd'hui d'autre ambition de gouvernement que de rendre - et vite - confiance à des Français à court d'oxygène, saturés de fatalité. Car ils ont, ces Français, perdus la foi : en leur capacité de travail, en leur poids diplomatique, en leur vertu morale, en leur sécurité territoriale. »

L'Express (France), 8 avril 1993, p. 4.

Joël Roman, « Réflexions sur une défaite »

«...On croise encore le reproche adressé aux socialistes d'avoir fait une politique de droite : moyennant quoi, la sanction ne manifesterait que le juste mécontentement des électeurs de gauche à cet égard, et la plus grande confiance en une majorité de droite pour conduire une telle politique, ce qui est logique. Mais si cela est vrai, alors qu'est-ce qu'une politique de gauche ? On devine, derrière les facilités que s'accordent ces critiques, que pour eux le problème est résolu avant même d'avoir été posé, qu'ils s'exonèrent à bon compte d'une défaite collective, qu'il suffirait de revenir à la bonne gauche, aux bonnes valeurs de la gauche, bref de la ramasser dans le caniveau pour ne plus y penser et repartir comme avant. Mais, sauf à faire de la droite un épouvantail, ce que vient démentir la composition du gouvernement Balladur, et, on l'espère, ce que devrait démentir ses actions, il ne sert à rien de refaire une virginité à la gauche à coups de grands mots : solidarité, justice sociale, égalité des chances. Une bonne part de la droite politique en France est acquise à ces valeurs, ni plus ni moins que la gauche. »

Esprit (France), mai 1993, p. 136.

Jacques Julliard, « Plus du même monde... »

«...depuis le début du second septennat, c'est l'accumulation des carences et des erreurs élyséennes qui a précipité le déclin du PS dans l'opinion : absence de politique réformatrice cohérente, guérilla permanente contre Michel Rocard suivie de son étranglement à la dérobée, choix désastreux d'Édith Cresson pour lui succéder, exercice solitaire du pouvoir, notamment en politique étrangère, absence de vision claire des conséquences de la chute du communisme, protection obstinée des membres faillis de son entourage : à partir de 1988, le système Mitterrand s'est déréglé. Le paradoxe, fruit de nos institutions, c'est qu'il apparaît aujourd'hui comme le seul à peu près indemne de son propre désastre, capitaine impassible contemplant, depuis son île déserte, le bâtiment qu'il commanda s'enfoncer à l'horizon. Mieux : tandis que la droite s'empare l'une après l'autre de toutes les places fortes de l'État, le président Mitterrand sera, dans les mois à venir, le seul contrepoids à cette omnipotence. Et pour ce faire, il nous trouvera à ses côtés sans défaillance. En un mot, il sera le recours. Mais sûrement pas le remède. »

Le Nouvel Observateur (France), 1er au 7 avril 1993, p. 25.

Frédéric Wagnière, « Ménage à trois »

«...M. Balladur est l'homme qu'il faut pour mener un gouvernement qui doit chercher à concilier les idées d'un président socialiste à celles d'une assemblée de droite. Mais la constitution n'est pas claire au sujet du partage des pouvoirs entre la présidence et le Parlement. Il y a sept ans, M. Mitterrand s'était servi de ce flou du fait que la droite n'avait qu'une majorité de deux sièges pour préparer sa campagne de ré-élection à la présidence contre son premier ministre, Jacques Chirac. Avec plus de recul, les Français peuvent regretter cette habileté politique. M. Mitterrand a ainsi établi le précédent qui veut que la cohabitation est avant tout un prélude aux élections présidentielles. Elle ne permet pas aux institutions de l'État de refléter l'indécision et la prudence des électeurs comme c'est le cas aux États-Unis, lorsque le président collabore avec un Congrès hostile, ou au Canada, quand il y a un gouvernement minoritaire. La cohabitation en France ne permet pas vraiment de chercher un terrain d'entente entre des idées divergentes. Elle tend plutôt à les exacerber à l'approche des élections. »

La Presse (Québec, Canada), 30 mars 1993, p. B2.

Éditorial

«...France may be stuck with the worst possible election outcome : a landslide that settles nothing. (...) The Socialists lost for the most basic of reasons : They had been in power too long. They were short on energy, ideas and vision. They also were paying for a series of scandals that pointed to a deepening cynicism in what had once been a relatively idealistic party. It was hard to bill the vote as an ideological verdict, since there was little that was socialist anymore about the Socialists. (...) The right is sharply divided between followers of Paris Mayor Jacques Chirac and former president Valery Giscard d'Estaing, both of whom want Mr. Mitterrand's job. This is not a great thing for the conservative parties, since French voters seem to be tired of their entire political class and not just the Socialists. (...) It will be a strange two years for France as the country's main political forces - the conservative parties and what's left of Mr. Mitterrand's following - play the roles of government and opposition simultaneously. »

The Washington Post (États-Unis), 31 mars 1993.

Gouvernance et gouvernement [ 28 mars 1993 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
ÉlevéFrançois MitterrandPierre Bérégovoy

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1988 - 1998



avril
1988
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1988
Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1988
[Résultats] Élections législatives

juin
1990
Discours du président français François Mitterrand sur la démocratisation en Afrique

novembre
1991
Ouverture du quatrième Sommet de la Francophonie

février
1992
Signature du traité de Maastricht

mars
1993
Tenue d'élections législatives en France

mars
1993
[Résultats] Élections législatives

mai
1994
Inauguration d'un tunnel reliant la France et le Royaume-Uni

avril
1995
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1995
Élection de Jacques Chirac à la présidence de la République française

mai
1997
[Résultats] Élections législatives

juin
1997
Tenue d'élections législatives en France

juin
1998
Adoption en France d’une loi d’orientation et d’incitation relative à la réduction du temps de travail


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