Université de Sherbrooke
École de politique appliquée     Mardi 21 octobre 2014      Accueil              
       
Pays | Statistiques | Années | Événements | Conflits | Organisations | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Valeurs | Jeux     

1 décembre 1966
Élection de Kurt Kiesinger au poste de chancelier de la République fédérale d'Allemagne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Kurt Georg Kiesinger

Le départ du chancelier Ludwig Erhard et l'arrivée d'un autre chrétien démocrate, Kurt Kiesinger, mène à la formation d'un gouvernement de « grande coalition » dans lequel entrent pour la première fois des ministres sociaux-démocrates.

Insatisfaits des politiques économiques défendues par le gouvernement, les libéraux (FDP) retirent leur appui au chancelier Luwig Erhard le 27 octobre. Celui-ci annonce sa démission le 30 novembre. Après maintes tractations, les chrétiens-démocrates (CDU-CSU) et leur chef Kiesinger forment une « grande coalition » avec les sociaux-démocrates (SPD) de Willy Brandt, deuxième formation en importance au Bundestag. Même si des députés de son parti refusent de se rallier à la décision de Brandt, le nouveau gouvernement est élu le 1er décembre par une majorité écrasante de 340 votes contre 109, avec 23 abstentions. Le nouveau chancelier Kurt Kiesinger, 62 ans, forme un cabinet qui comprend neuf ministres sociaux-démocrates, dont Brandt lui-même, à qui il confie le poste de vice-chancelier et de ministre des Affaires étrangères. Selon les dires de ce dernier, ce partenariat ne tiendra toutefois qu'en attendant les prochaines élections législatives. Les sociaux-démocrates tenteront alors de gouverner seuls.

Pour en savoir plus: Discours du nouveau chancelier de la République fédérale d'Allemagne au Bundestag

Dans les médias...


S.A., «Il faut à tout prix que ça change»

«...Pour arriver à ce résultat, il aura fallu que la direction du Parti Socialiste déploie toute son ingéniosité en expliquant à la base les raisons de ce que beaucoup de militants appelaient une alliance «contre nature». Car tout de même : pendant dix-sept ans -depuis la fondation de la République fédérale- les socialistes se sont battus contre le Parti Chrétien-Démocrate; et pendant cinq ans, ils ont tiré à boulets rouges sur M. Strauss. Comment faire comprendre que les pires ennemis d'hier sont aujourd'hui des alliés ? (...) Mais M. Brandt ne voulait pas attendre. L'occasion s'offrait de participer au pouvoir : pourquoi ne pas la saisir ? Retourner encore dans l'opposition ? Non. Quand on a échoué deux fois aux élections générales (1961 et 1965), on ne laisse pas échapper une chance pareille. Petite coalition avec les libéraux, ou grande coalition avec les chrétiens-démocrates ? Peu importe, se disait le chef socialiste, l'essentiel est d'entrer dans la place. Et puisqu'une alliance avec les libéraux ne laisserait qu'une marge de sécurité trop étroite -3 voix de majorité- autant s'entendre avec la C.D.U.»

L'Express (France), 5 au 11 décembre 1966, p. 20.

Alfred Grosser (commentaires livrés lors d'une entrevue), «Retour du nazisme ?»

«...Les libéraux ont voulu jouer aux plus malins et imposer un nouveau gouvernement. Mais le véritable assassin du gouvernement Erhard, c'est Barzel (leader parlementaire de la C.D.U.), aidé par une partie de la C.D.U. qui était lasse de l'inaction d'Erhard. L'héritage d'Adenauer est lourd à porter : le vieux chancelier avait habitué le Parlement et l'opinion à considérer comme dangereuses la discussion et la négociation. Or, depuis quelque temps, il n'y avait plus de succès à montrer. Et je dirai que les Allemands se «francisent» : tout ce qui va mal, ils l'attribuent au gouvernement. Ajoutons l'influence de la représentation proportionnelle qui rend le petit parti libéral maître du jeu, puisque son appoint est indispensable à la majorité parlementaire. D'où l'idée des deux grands partis de se coaliser, ne serait-ce que pour préparer une loi électorale majoritaire qui leur donnerait, comme en Angleterre, le quasi-monopole de la représentation parlementaire.»

Esprit (France), janvier 1967, p. 6.

J.-M. L, «Allemagne : immobilisme ou rénovation»

«...L'union sacrée, dans un moment de crise, comporte fréquemment à côté d'avantages d'ordre psychologique, de sérieux inconvénients d'ordre politique dont le moindre n'est pas l'immobilisme plus ou moins prononcé. En acceptant de tenter cette alliance du «rouge et du noir» -pour reprendre la formule d'antan- les deux grands partis allemands ont sûrement mesuré les risques qu'elle comportait. Si l'expérience devait n'être qu'une longue suite de querelles intérieures et de demi-mesures et que la situation économique intérieure et politique extérieure continuât de se dégrader, les deux partis en assumeraient au regard de l'opinion la responsabilité. Et comme l'alternative S.P.D. aurait été sensiblement dévaluée, le danger serait grand que les mécontents se tournent pour une part vers une formation radicale, comme le N.P.D. C'est peut-être cette crainte autant que l'opposition à la personne du nouveau chancelier qui ont amené près du quart des élus sociaux démocrates, à voter hier contre M. Kiesinger au mépris de la discipline de parti. Mais c'est peut-être aussi bien une manoeuvre du S.P.D. qui a besoin de démontrer à ses nouveaux alliés la nécessité de larges concessions pour apaiser son «aile avancée».»

Le Devoir (Québec, Canada), 2 décembre 1966, p. 4.

S.A., «Germany : Government by Compromise»

«...To many observers, the most interesting single fact about the new government was that it would find former Communist Wehner and former Nazi Kiesinger sitting at the same Cabinet table. Certainly, this unlikely partnership illustrated better than anything else the sea change that has come over German politics in the last seventeen years. In 1949, a grand coalition was considered -and discarded as unworkable. Yet in the Germany of 1966, the red (the traditionally Marxist Social Democrats) and the black (the bourgeois, religiously based Christian Democrats) had merged. How could such a marriage of opposites occur ? Simply because the Social Democrats have long since ceased to be red and the Christian Democrats have faded from black to gray. The Cabinet clashes in Bonn -and the German capital will undoubtedly have more than its share in the months ahead- will not be the result of mere political coloration. Twenty-one years after the end of World War II, the pragmatic requirements of politics in divided, troubled, but economically robust West Germany have driven both the country's major parties into the center.»

Newsweek (États-Unis), 12 décembre 1966, pp. 50-51.

Gouvernance et gouvernement [ 1 décembre 1966 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
TransitionKarl Heinrich LübkeKurt Georg Kiesinger

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1961 - 1971]



13 août 1961 Érection du Mur de Berlin
17 septembre 1961 Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Konrad Adenauer
17 septembre 1961[Résultats] Élections législatives
15 octobre 1963 Démission du chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Konrad Adenauer
16 octobre 1963 Ludwig Erhard : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
1 juillet 1964Karl Heinrich Lübke : chef d'État (investiture/assermentation)
19 septembre 1965 Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Ludwig Erhard
19 septembre 1965[Résultats] Élections législatives
1 décembre 1966 Élection de Kurt Kiesinger au poste de chancelier de la République fédérale d'Allemagne
1 décembre 1966 Kurt Georg Kiesinger : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
1 juillet 1969Gustav Heinemann : chef d'État (investiture/assermentation)
28 septembre 1969 Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Willy Brandt
28 octobre 1969[Résultats] Élections législatives
21 octobre 1969 Willy Brandt : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
3 septembre 1971 Signature d'un traité quadripartite sur la situation de Berlin

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension