Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 janvier 2019

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6 mai 1974

Démission du chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Willy Brandt

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Willy Brandt, chancelier de la république fédérale d'Allemagne de 1969 à 1974
The Nobel Foundation

Un contexte économique défavorable et une controverse impliquant un de ses aides entraînent la démission du chancelier allemand Willy Brandt. Le libéral Walter Scheel assurera l'intérim avant qu'un autre social-démocrate, Helmut Schmidt, n'accède à la chancellerie le 16 mai.

Les sociaux-démocrates (SPD) sont en chute libre lorsque le scandale Günter Guillaume éclate en avril 1974. Collaborateur du chancelier Willy Brandt, Guillaume est arrêté le 24 avril sous des accusations d'espionnage au profit de la République démocratique d'Allemagne (RDA). Le chômage à la hausse et une inflation de 7% influencent également la décision de Brandt dont les fonctions sont comblées de façon intérimaire par Walter Scheel. Ce dernier deviendra président de la RFA le 15 mai. C'est l'ex-ministre des Finances Helmut Schmidt qui lui succédera à la chancellerie. Social-démocrate comme Brandt, Schmidt, âgé de 55 ans, est considéré comme un pragmatique. Dans le cabinet qu'il forme le 14 mai, il nomme quatre ministres libéraux (FDP). En plus de poursuivre la politique d'ouverture à l'Est initiée par Brandt, le nouveau chancelier a pour priorité le redressement de la situation économique, un dossier qu'il connaît bien.

Pour en savoir plus: Discours du nouveau chancelier de la République fédérale d'Allemagne

Dans les médias...


Walter Schütze, «Où va l'Allemagne de l'Ouest ?»,

«...Les sondages d'opinion laissaient apparaître clairement que, depuis l'apogée du triomphe électoral de novembre 1972, la courbe de popularité de M. Willy Brandt s'était infléchie de plus en plus vers la baisse et que l'image de son parti, le S.P.D. (parti social-démocrate d'Allemagne), s'était également ternie (...) Les motifs de ce déclin n'étaient pas en premier lieu d'ordre économique ou social, bien que l'opposition cherchât à exploiter dans la population des crises latentes nées de la crise du Moyen-Orient et de la pénurie de pétrole. Ni le nombre des chômeurs ni le taux «d'inflation» ne justifiaient cette désaffection à l'égard du plus grand parti gouvernemental. Il semble qu'une partie de l'électorat de M. Willy Brandt fut déçue par le peu d'empressement des dirigeants de Bonn à réaliser les vastes réformes intérieures promises pendant la campagne électorale de 1972. L'aile agissante des «Jusos» (Jeunesse socialiste) partait en guerre contre cet apparent immobilisme de l'appareil de Bonn, ce qui ne pouvait manquer d'effrayer les nouveaux sympathisants qui, en votant pour le S.P.D., avaient opté pour le changement sans risques...»

Études (France), août-septembre 1974, pp. 184-185.

Gerard Sandoz, François Schlosser, «Le drame de Willy Brandt»

«...Lorsque le grand oeuvre de l'Ostpolitik s'achève, le désenchantement s'est déjà installé. On critique ouvertement, jusque dans son propre parti, le laxisme du chancelier. Le pays, qui a voté massivement pour lui en 1972, s'aperçoit que les réformes promises ne viennent pas. Ce n'est pas entièrement la faute de Brandt. Ce pays, qui l'a confirmé dans son poste, lui a donné juste ce qu'il fallait de voix pour mener à bien sa politique étrangère -qui a l'appui de larges milieux d'affaires- , pas assez pour faire une véritable politique de réformes sociales. Il ne gouverne pas seul mais avec l'aide du petit parti libéral, financé par le patronat. C'est le verrou. Les grands projets -répartition de la fortune, fiscalité cogestion, loi foncière, éducation- sont retardés ou bloqués (...) Au début de 1974, 33% seulement des Allemands se déclarent encore d'accord avec l'action du chancelier. Les temps sont mûrs. C'est maintenant qu'il faut faire exploser la bombe. Celle de l'espion Guillaume. Car Willy Brandt s'est laissé avoir. À son point faible : sa bonté foncière, sa confiance dans les hommes. Il s'est fait avoir, non par Guillaume, qui faisait son métier, mais par ses adversaires politiques, qui savaient quel était ce métier.»

Le Nouvel Observateur (France), 13 mai 1974, pp. 55-56.

N.C., «Schmidt après Brandt»

«...Helmut Schmidt met en jeu l'autre tranchant du caractère germanique, la faculté de traduire aussitôt la pensée par un acte. Il remplacera, affirme-t-on, l'euphorie des réformes par celle de la stabilité : chose importante pour un pays riche, mais dont les habitants le sont moins qu'on ne le croit en France, et s'effraient vite d'un vacillement économique. Il méprise les théoriciens et s'efforcera de bannir toute idéologie des divergences entre les différents partis. Bien qu'il soit plus à droite que Brandt, il est aussi épargné que possible par la contamination fasciste. Mais il ressemble tellement à un businessman efficace, que pour apaiser la méfiance allemande, il a été nécessaire d'affirmer que Schmidt avait quand même «ses abîmes». Se lancera-t-il lui aussi dans une amitié d'usure avec l'Allemagne orientale ? Probablement à cela près qu'il ne s'y usera pas. Il est avant tout ce que les Allemands nomment un «Atalntïker», et certainement capable de regrouper la communauté européenne sous l'orage de l'inflation.»

Esprit (France), juillet-août 1974, p. 104-105.

Éditorial

«...There are two things which strike us as bieng particularly praiseworthy about Willy Brandt's decision to resign the Chancellorship of the West German Republic. The first is that he is not clinging to high office for either personal or party reasons. His departure may well pull the props out from under his party. And pride often causes a great public figure to hang onto office after he has exhausted his usefulness to it. Winston Churchill's last prime ministry is a case in point. The other is his acceptance of responsability for wrong things done under his authority. In his case it was a spy in his own inner office. Mr. Brandt's view on this painful matter is that while he himself did not know that the man who became his assistant was a spy, he should have known. It's one thing for a man in high office to recognize his responsability for mistakes or misfortunes which happen below or around him. It's quite another thing to act upon it.»

The Christian Science Monitor (États-Unis), 8 mai 1974.

Gouvernance et gouvernement [ 6 mai 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
ÉlevéGustav HeinemannWilly Brandt

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1969 - 1979



septembre
1969
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Willy Brandt

septembre
1969
[Résultats] Élections législatives

septembre
1971
Signature d'un traité quadripartite sur la situation de Berlin

septembre
1972
Attentats terroristes pendant la tenue des Jeux olympiques de Munich

novembre
1972
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Willy Brandt

novembre
1972
[Résultats] Élections législatives

décembre
1972
Signature d'un Traité fondamental entre les deux Allemagnes

septembre
1973
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

mai
1974
Démission du chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Willy Brandt

mai
1975
Début du procès de la Bande à Baader

octobre
1976
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Helmut Schmidt

octobre
1976
[Résultats] Élections législatives

septembre
1977
Début de « l'automne allemand » en République fédérale d'Allemagne


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