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7 novembre 1987

Destitution du président tunisien Habib Bourguiba

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Habib Bourguiba

Des raisons de santé sont évoquées pour expliquer la destitution du président Habib Bourguiba, seul chef d'État qu'a connu la Tunisie depuis son accession à l'indépendance, en 1956. C'est le général Zine el-Abidine Ben Ali qui lui succédera.

Bourguiba, qui est âgé de 84 ans, avait été nommé président à vie en 1975. Les dernières années de sa présidence ont été marquées par un raidissement face aux fondamentalistes islamiques, mais aussi par une contestation croissante de la part des intellectuels et du mouvement syndical. Une santé chancelante qui l'empêcherait de remplir adéquatement ses fonctions est le motif évoqué pour justifier sa destitution (article 57 de la Constitution). Le premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali, en poste depuis le 2 octobre 1987, succédera à Bourguiba. Il ne s'attend pas à effectuer des changements radicaux, tant en politique intérieure qu'extérieure, alors que le nouveau premier ministre, Hedi Baccouche, se dit favorable à l'adoption de réformes démocratiques. Lors d'un scrutin à candidature unique qui se déroulera le 2 avril 1989, le président Ben Ali sera plébiscité par plus de 99 % des électeurs.

Dans les médias...


Guy Sitbon, «Ce n'est pas incroyable, c'est tunisien»

«...Quel pays de la zone des tempêtes peut s'enorgueillir d'une conjuration aussi civilisée ? Je ne suis pas sûr qu'en revenant au pouvoir en 1958 le général de Gaulle ait eu autant de déférence pour la Constitution. L'image idyllique de la Tunisie, fallacieuse bien sûr, car le paradis n'est même pas sur la terre djerbienne - cette image un peu troublée vient de retrouver toutes ses couleurs. La Tunisie était un modèle. Elle le redevient. Ce n'est pas la loi du plus fort qui règne, c'est la loi de la loi. Tous ceux qui étaient en droit de se demander si la progéniture de Bourguiba serait à la hauteur de la réputation du pays, tirent leur chapeau. Ben Ali, soldat sur le trône, conjure d'un seul mouvement le déshonneur de l'armée au pouvoir et l'éclatement de la société civile. Il innove en conservant. Il rompt et prolonge. Il faut savoir que ce n'est pas autrement que mûrissent les civilisations. Ce n'est pas autrement que les grandes images médiatiques se dessinent.»

Jeune Afrique (France), 18 novembre 1987, p. 45.

Yves Cuau, «État de grâce»

«...On peut éprouver une certaine tristesse devant le fameux naufrage de la vieillesse qui avait atteint Bourguiba après tant d'autres. L'Histoire lui rendra justice sur bien des aspects de son action. L'homme méritait mieux qu'un coup d'État médico-légal, selon la formule des Tunisiens, qui ne manquent jamais d'humour. Mais sa gloire appartenait depuis longtemps au passé. Le présent, lui, malgré l'euphorie réelle qui règne dans le pays, est loin d'inciter à un optimisme béat. Ben Ali a su agir avec décence envers le vieillard déchu, et s'est aménagé une sorte d'état de grâce, qui durera quelques semaines ou quelques mois. Mais le nouveau président est trop bien informé pour sous-estimer l'ampleur des problèmes (...) Entre les aspirations démocratiques de son peuple et les sourdes pulsions qui le traversent en le reliant à l'ensemble du monde arabo-musulman, la tâche du président Ben Ali ne sera pas facile. Il lui faudra très vite concilier les inconciliables.»

L'Express (France), 20 novembre 1987, p. 17.

Jean Daniel, «Naufrage d'un pionnier»

«...les Tunisiens ont adopté à l'égard de Bourguiba la procédure la plus bourguibiste qui soit : les fils ont démontré qu'ils savaient s'émanciper même de ce père auquel ils doivent leur émancipation. Le tout dans l'élégance la plus irréprochable et en mettant, avec une douloureuse habileté, sur le compte de l'inéluctable fatalité ce dont un jour l'histoire pourrait les accuser d'avoir profité (...) Nulle trace dans ce coup d'État indolore, dans cette révolution blanche, du moindre reniement de ce que fut jadis le bourguibisme, et nulle ingratitude pour ce que fut naguère Bourguiba. Ainsi la société qui s'était identifiée à un homme et qui en était donc arrivée à se détester elle-même puisqu'elle ne pouvait plus le supporter, ces Tunisiens soudains soulagés de n'avoir plus à haïr ce qu'ils portaient en eux, les voici enfin libres, s'ils le veulent, d'être fidèles à un symbole devenu innocent. Le malheur serait en effet que les égarements des sept dernières années, en particulier, époque où le caprice autoritaire a été de plus en plus aggravé par l'évidente sénilité, la disgrâce serait que ce pays s'écartât de la philosophie conçue, théorisée et mise en pratique par un homme de stature exceptionnelle.»

Le Nouvel Observateur (France), 13 au 19 novembre 1987, p. 22.

Jean Lacouture, «Le stratège prophétique»

«...Ses adversaires n'étaient pas seuls à regretter de voir cet homme malade et imprévisible s'accrocher au pouvoir, à estimer que ce dernier était trop dictatorial, trop centralisé en tout cas, qu'il étouffait les initiatives et ne laissait pas se développer la discussion, qu'il exerçait véritablement le pouvoir personnel. On disait aussi que son ouverture aux questions sociales et économiques n'allait pas au-delà d'un fraternalisme encore trop conservateur, bourgeois et peu démocratique, sans possibilité de vrai débat. Mais les «bourguibistes» ripostaient que son éclatante personnalité a haussé la Tunisie sur un plan international très supérieur à celui que permettait normalement ses faibles ressources, que son intelligence a donné à sa patrie le rôle de nation pilote dans la recherche d'une civilisation arabo-musulmane adaptée au monde moderne, et ce, grâce à la fondation et à la consolidation progressive du parti destourien, la Tunisie dispose des cadres et de la discipline qui en font l'un des pays les mieux administrés du tiers-monde, sinon le mieux armé pour résoudre le problème de la succession. Tout cela était peut-être vrai il y a quelques années. Force est de constater que par son obstination, Bourguiba a gravement compromis son propre héritage.»

Le Monde (France), 8 et 9 novembre 1987, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 7 novembre 1987 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tunisie
FaibleZine El Abidine Ben AliHedi Baccouche

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1982 - 1992



décembre
1983
Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie

novembre
1987
Destitution du président tunisien Habib Bourguiba

août
1992
Début de procès collectifs en Tunisie


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