Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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7 juin 2001

Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Tony Blair

Les travaillistes, dirigés par Tony Blair, remportent les élections législatives avec 40,7% des voix. Ils font élire 413 députés à la Chambre des communes contre 166 pour leurs plus proches rivaux, les conservateurs de William Hague.

Une campagne prévisible et plutôt terne explique en partie le faible taux de participation de 59%. Il s'agit d'une chute importante par rapport aux 72% obtenus en 1997. L'excellente situation économique du pays profite aux travaillistes qui remportent une deuxième élection générale consécutive malgré une baisse des intentions de vote par rapport aux législatives précédentes (44% en 1997). Les conservateurs de William Hague, qui ne font élire que 166 députés, sont impuissants à exploiter ce recul. Par contre, les libéraux-démocrates de Charles Kennedy, avec 52 élus et 18,3% des votes, sont en nette progression. Les tiers partis se partagent pour leur part 28 sièges et reçoivent l'appui de 9,3% des électeurs. Prenant acte de cette défaite, William Hague annonce sa démission. C'est Iain Duncan Smith qui lui succédera à la tête des « Torys » en septembre 2001. En dépit de sa forte majorité à la Chambre des communes, le premier ministre Blair apportera plusieurs changements à son cabinet.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


François Sergent, « Tony Blair, triomphe modeste »

«...Les travaillistes expliquent que leurs troupes, certaines de la victoire, sont restées chez elles, que les Britanniques ont été influencés par la campagne nihiliste des conservateurs. Mais les enquêtes d'opinion diagnostiquent un mal plus profond, notamment chez les plus jeunes, les plus pauvres et les exclus déconnectés de la politique telle que la pratiquent les stratèges du New Labour. Conforté par sa victoire, Blair va devoir produire des résultats concrets s'il veut réconcilier ses compatriotes avec sa politique. Des écoles, des hôpitaux, des trains. Obsédé par sa volonté de remporter un second mandat, Blair s'est montré un gestionnaire timoré. Avare de sa popularité et des deniers publics. Ne prenant jamais une décision qui puisse fâcher un électeur ou obliger à lever plus d'impôts. « En proie à une anxiété politique chronique », comme l'écrit vendredi Hugo Young dans le Guardian, Blair, souvent accusé d'arrogance, était aussi une victime de son inexpérience et de sa prudence. Aujourd'hui, les Britanniques ne toléreront plus ces doutes. »

Libération (France), 9 juin 2001, p. 6.

Michel Faure, « Blair, le radical centriste »

«...Il (Blair) brouille les pistes et affirme pourtant de fermes convictions en faveur de la solidarité et de la méritocratie. Il est un Européen dans un pays plutôt europhobe, qui défend un bilan imperceptible mais honorable et promet de redynamiser des services publics en déroute sans aggraver pour autant la pression fiscale. Idéologiquement, il s'affirme « sans bagages », ce qui n'est pas vrai, nous le verrons, et aussi « sans tabous », ce qui n'est pas faux. Sa vision du service public peut s'accommoder d'une gestion de celui-ci par le secteur privé, du moment que le gouvernement fixe les règles de ce « partenariat » et que le service, au final, soit rendu. Il promet un avenir encore incertain mais apparemment sans désagréable surprise, la continuation sans à-coups d'une révolution tranquille. Lui qui, jusqu'à présent, a plutôt fait ce qu'il avait dit qu'il ferait promet de ne pas imposer à une nation rétive ses propres penchants europhiles, qu'il exprime néanmoins sans détour. Le voici donc inoffensif mais néanmoins crédible. Il a l'ambition, dit-il, de marier « le réalisme et l'idéalisme ». Et il l'emporte donc, mais convainc-t-il vraiment ? »

L'Express (France), 7 juin 2001, p. 108.

Jean-Gabriel Fredet, « Le grand virage de Tony Blair », Le Nouvel Observateur (France),

«...L'ouverture du service public, et notamment du prestigieux NHS (National Health Service), aux entreprises privées est-il un avatar des concessions de service public ? Ou le bradage de l'État-providence, du filet de protection, symbole des conquêtes sociales ? Au nom de l'efficacité, le candidat travailliste esquive la réponse : « Il ne doit y avoir ni dogme, ni barrière idéologique, ni intérêts corporatistes. » Jouant la carte des classes moyennes, il pense qu'il peut séduire la « femme du Worcester » en lui faisant miroiter les résultats rapides censés naître d'un système conjuguant rentabilité et solidarité. Les conservateurs, qui font campagne sur le thème du « bon sens », ont du mal à récuser cette variante du néolibéralisme. Conscients des risques d'une surenchère qui rendrait suspecte sa promesse de désengager l'État sans heurts, William Hague n'oppose pas vraiment de résistance sur ce terrain. (...) En introduisant la logique de l'entreprise dans un secteur où les « usagers » demandent, plus qu'une bonne gestion, l'assurance d'être bien soignés indépendamment de la conjoncture ou de leurs revenus, Tony Blair a rompu avec une pratique et une histoire. Peut-il se refaire une santé sur le système de soins ? La dérive des services publics devrait lui donner une seconde chance. Mais l'État-providence inventé par l'Angleterre aura vécu, et avec lui un pilier du modèle social européen. »

Le Nouvel Observateur (France), 7 au 13 juin 2001, p. 7.

Christian Rioux, « La fin des années Thatcher »

«...On a beaucoup dit dans cette campagne que Tony Blair avait fait du Labour un parti de droite. Il faudrait pourtant avoir des instincts suicidaires pour vouloir revenir au bon vieux Labour. Ce parti n'était pas davantage celui des pauvres et des déshérités que celui d'aujourd'hui. Il était plutôt celui des bureaucraties syndicales, qui contrôlaient chaque prise de position. C'est la raison de son échec. (...) Une partie du radicalisme de la révolution Thatcher doit être cherchée dans la domination de cette aristocratie syndicale qui paralysait régulièrement le pays et a maintenu le Labour dans l'opposition pendant 18 ans. N'est-ce pas en Angleterre que Marx a inventé le concept d'aristocratie ouvrière? Loin de liquider le vieux Labour, Tony Blair a sauvé ce qu'il pouvait encore en réchapper. Comment lui reprocher aujourd'hui d'avoir su gérer l'économie alors que tous les gouvernements travaillistes avant le sien furent chassés du pouvoir au bout de quatre ans pour avoir oublié cette vérité élémentaire? (...) Le prochain mandat de Blair pourrait annoncer des changements plus radicaux que prévu. Il pourrait aussi confirmer la fin de cette opposition qui a longtemps miné la société britannique entre une gauche chimérique et une droite sauvage. Ne serait-ce que pour cette raison, Blair a largement mérité qu'on lui donne une seconde chance. »

Le Devoir (Québec, Canada), 8 juin 2001, p. A3.

Fareed Zakaria, « The Politics of Post-Affluence »

«...Blair utterly dominates the scene for another, broader reason : he is the politician perfectly attuned to the age we live in. Political scientists distinguish between two kinds of issues, « positional issues » and « valence issues ». The first are ones on which the public has sharp, divisive and incompatible views. (Think of policy toward the Soviet Union in the 1980s.) The second are ones on which voters broadly agree on goals and simply want to figure out the best way to achieve them (good environment, health care and public services.) The mood of the British public - and, indeed, the public in most Western nations these days - is defined almost entirely by valence issues (« valence » means the ability to unite). With both sides embracing the market and no great foreign-policy divides, people want politics to be about pragmatic solutions to problems, not ideological blood feuds. Blair appeals in this atmosphere, because he governs and campaigns not by engaging in political divisions but by transcending them. »

Newsweek (États-Unis), 4 juin 2001, p. 37.

Gouvernance et gouvernement [ 7 juin 2001 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IITony Blair

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1996 - 2006



mai
1997
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

mai
1997
[Résultats] Élections législatives

août
1997
Décès de la princesse de Galles, lady Diana Spencer

septembre
1997
Tenue d'un référendum sur les institutions politiques en Écosse

avril
1998
Signature de l'accord du « Vendredi saint » sur la paix en Irlande du Nord

juin
2001
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

juin
2001
[Résultats] Élections législatives

mai
2005
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Tony Blair

mai
2005
[Résultats] Élections législatives


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