Université de Sherbrooke
École de politique appliquée     Mardi 2 septembre 2014      Accueil              
       
Pays | Statistiques | Années | Événements | Conflits | Organisations | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Valeurs | Jeux     

20 décembre 2001
Démission du président argentin Fernando de la Rua

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Eduardo Duhalde

Un vent de contestation nourri par une situation économique désastreuse entraîne la démission du gouvernement argentin et celle du président Fernando de la Rua. Son successeur, Ramon Puerta, ne restera en poste que quelques jours.

L'économie argentine est minée par une récession persistante qui suscite la grogne. Même des mesures de redressement adoptées en 2001 par le ministre de l'Économie, Domingo Cavallo, ne suffisent pas à enrayer le chômage et la dette qui atteignent des proportions inquiétantes. En septembre, des législatives permettent au Parti justicialiste (péroniste), jusque là dans l'opposition, d'obtenir la majorité. Le refus du Fonds monétaire international (FMI) d'accorder un prêt à l'Argentine accroît le sentiment d'instabilité, ce qui attise le mécontentement. En décembre, des émeutes éclatent à Buenos Aires, faisant plusieurs morts. Le 20 décembre, le gouvernement, puis le président Fernando de la Rua démissionnent, provoquant une crise politique. Trois hommes lui succèdent brièvement - Adolfo Rodriguez Saa, Ramon Puerta, Eduardo Camano - avant que Eduardo Duhalde ne soit élu par les parlementaires le 1er janvier pour présider le pays jusqu'en décembre 2003. Aucune solution n'est toutefois apportée à court terme à la situation économique qui continuera de se détériorer en 2002.

Dans les médias...


Irène Jarry, « Un président qui a précipité la ruine de son pays »

«...La situation était d'autant moins confortable pour M. De la Rua que l'Alliance entre sociaux-démocrates et centre gauche au pouvoir avait éclaté après le départ fracassant en juin 2000 du vice-président Carlos « Chacho » Alvarez, qui reprochait à son coéquipier de ne pas le soutenir dans son désir de nettoyer le Sénat corrompu. Actuellement, le seul candidat potentiel de la gauche est Raul Alfonsin, l'ex-président radical qui n'a que peu de soutien dans la population. A cette décomposition politique totale, le président De la Rua ajoute une personnalité terne et renfermée, très éloignée du tempérament des Argentins. Calme, sérieux, pondéré, il reconnaissait lui-même pendant la campagne électorale être « un homme barbant ». La boutade ne fait plus sourire. Secret, ne s'appuyant que sur un nombre très restreint d'amis souvent peu doués pour la gestion des affaires du pays, faisant écrire ses discours par son fils, fuyant la presse, refusant d'expliquer sa politique et d'annoncer ses projets, Fernando De la Rua s'était totalement coupé de la population. »

Le Figaro (France), 21 décembre 2001, p. 2.

Bernard Duraud, « Incertitude politique à Buenos Aires »

«...Allant de pair avec le désastre économique et l'appauvrissement de milliers d'Argentins, les manifestations et les émeutes qui se multiplient augmentent l'isolement d'un exécutif usé. En arrivant au pouvoir, Fernando De la Rúa avait promis de mettre fin à la corruption et de relancer l'économie. La situation, loin de s'améliorer, s'est détériorée dans de nombreux secteurs de la société, le président se faisant même le défenseur du modèle mis en place par son prédécesseur péroniste ultralibéral (Menem), signant dès les premiers cent jours de son mandat un accord avec le FMI. Ce même Fonds monétaire international qui a toujours cité l'Argentine comme un modèle d'orthodoxie économique. Et n'a jamais manqué de manifester son soutien aux huit plans d'austérité présentés en deux ans de pouvoir par le président argentin et son plus zélé serviteur, Domingo Cavallo. »

L'Humanité (France), 21 décembre 2001, p. 5.

Diana Quattrocchi-Woisson, « Les dix jours qui ébranlèrent le pays »

«...Ce ne furent certes pas « les dix jours qui ébranlèrent le monde », mais dix jours qui ont secoué si profondément la société argentine que désormais plus rien ne sera comme avant. On savait que la démocratie n'avait pas résolu les graves problèmes économiques de l'Amérique latine. Mais on ne savait pas encore que la démocratie argentine, vieille d'à peine dix-huit ans, pouvait provoquer en dix jours la chute de deux gouvernements. Dans l'histoire du XXe siècle argentin, c'est une nouveauté absolue. Il n'y a pas eu de coup d'Etat militaire, mais un coup de « civilité » et, pour la première fois, alors que presque tous les politiciens ont atteint leur plus bas niveau de popularité, le vide laissé par les radicaux et par les péronistes n'a pas été comblé par un sauveur en uniforme de la patrie. (...) Certaines interprétations minimalistes ont affirmé qu'il s'agissait d'une révolte épidermique de la classe moyenne contre les restrictions imposées aux retraits bancaires. Ce fut plutôt une alliance de fait entre les secteurs les plus appauvris et marginaux et les classes moyennes des villes, elles-mêmes en voie d'appauvrissement. »

Le Monde diplomatique (France), février 2002.

Martin Coiteux, « Argentine : l'impasse »

«...Depuis la crise asiatique de 1997, les marchés émergents n'ont plus la cote auprès des marchés internationaux de capitaux. Il aurait fallu pour compenser que l'Argentine augmente ses exportations mais comment y parvenir lorsque le peso est rattaché au dollar et que celui-ci ne cesse de s'apprécier face aux autres devises? Les pays qui se sont trouvés confrontés au même problème ont choisi de laisser flotter leur monnaie. L'Argentine a choisi de défendre son change fixe contre vents et marées. (...) Devant l'ampleur des coûts imposés par cette politique à la population, comment comprendre l'entêtement du gouvernement à la maintenir? L'orgueil politique y est pour beaucoup mais il y a aussi les craintes économiques légitimes. Ces dernières ne sont pas sans fondement: plus de 70 % des prêts et dépôts du système bancaire argentin sont en dollars. Il est donc difficile d'envisager la dévaluation sans une reconversion préalable de ceux-ci en pesos. On imagine les complications associées à une telle opération mais à ce stade de la crise, les choix difficiles ne peuvent plus être reportés. »

La Presse (Québec, Canada), 21 décembre 2001, p. A13.

Gouvernance et gouvernement [ 20 décembre 2001 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
IntermédiaireFernando de la Rúa Bruno

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1996 - 2006]



26 octobre 1997[Résultats] Élections législatives
24 octobre 1999[Résultats] Élection présidentielle
19 décembre 1999Fernando de la Rúa Bruno : chef d'État (investiture/assermentation)
7 juin 2001 Arrestation de l'ex-président argentin Carlos Menem
14 octobre 2001[Résultats] Élections législatives
20 décembre 2001 Démission du président argentin Fernando de la Rua
31 décembre 2001Eduardo Óscar Camaño : chef d'État (investiture/assermentation)
2 janvier 2002Situation transitoire
27 avril 2003[Résultats] Élection présidentielle
25 mai 2003Néstor Carlos Kirchner : chef d'État (investiture/assermentation)
23 octobre 2005[Résultats] Élections législatives

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension