Élection au Canada du Parti libéral de Paul Martin
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Paul Martin
Le Parti libéral de Paul Martin remporte les élections législatives avec 36,7% des voix. Il fait élire 135 députés à la Chambre des communes contre 99 pour son plus proche rival, le Parti conservateur de Stephen Harper.
Résultats du scrutin
Il s'agit d'une quatrième victoire consécutive pour le Parti libéral du Canada (PLC), et d'une première pour Paul Martin comme premier ministre. Il a succédé à Jean Chrétien à ce poste le 12 décembre 2003. Le gouvernement libéral semble se diriger à ce moment vers une réélection facile. Mais le « scandale des commandites », une série d'irrégularités commises dans le cadre d'un programme fédéral sur l'unité nationale, change la dynamique. Le Parti conservateur (PC), né en 2003 de la fusion entre le Parti progressiste-conservateur (PPC) et l'Alliance canadienne (AC), rejoint même le PLC dans certains sondages. Il fait élire 99 députés. Le Bloc québécois (BQ), qui prône l'indépendance du Québec, compte pour sa part 54 députés, alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD), une formation de gauche, arrive en tête dans 19 circonscriptions. Puisqu'ils n'ont que 135 députés, les libéraux devront compter sur un de ces trois partis pour se maintenir au pouvoir. C'est la première fois depuis la victoire du PPC, en mai 1979, que le Canada sera dirigé par un gouvernement minoritaire.
Dans les médias...
Manon Cornellier, « Le début du casse-tête »
«...Le chef libéral n'a pas l'habitude de ces situations qui demandent des tractations sans fin avec des adversaires politiques fort différents. Il a toujours été membre d'un gouvernement dépourvu d'opposition et si arrogant qu'il a fini par se faire qualifier de « dictature amicale ». (...) Les résultats de lundi obligeront le premier ministre à tenir compte de tous les partis et non d'un seul partenaire d'une éventuelle coalition. Qu'il le veuille ou non, les choses se discuteront dossier par dossier, comme l'ont prédit le Bloc, le PC et le NPD. M. Martin sait qu'il pourra compter sur les conservateurs dans des dossiers comme le bouclier antimissile ou encore la réduction de la dette. Par contre, il devra se tourner plus souvent vers le NPD et le Bloc québécois pour adopter des mesures plus progressistes, qu'il s'agisse de poursuivre la mise en oeuvre de Kyoto ou de défendre la diversité culturelle. Mais il sera surveillé de près et fera face à une opposition certaine chaque fois qu'il voudra piler sur les pieds des provinces. Le PC et le Bloc seront les premiers à se mettre sur son chemin. »
Le Devoir (Québec, Canada), 30 juin 2004, p. a1.
Claude Denis, « Un « Bloc » qui en cache d'autres »
«...Derrière les blocs régionaux, on peut identifier d'autres clivages d'une grande importance. D'abord, la division gauche-droite, ou plutôt centre c. droite: l'électorat canadien d'aujourd'hui, incluant celui du Québec, est en forte majorité centriste alors qu'il existe une minorité importante, d'environ 20 % à 25 %, très à droite sur une combinaison d'enjeux économiques, sociaux et militaires. Cette minorité est le noyau dur de l'appui au Parti conservateur, et l'électorat de centre-droite n'a pas été dupe du verni modéré de Stephen Harper. Tant que ce parti dépendra de cette base très conservatrice, il continuera d'effaroucher les centristes. À ce titre, Harper lui-même fait partie du problème d'image de son parti - ce que les libéraux ont bien compris en martelant son nom sans arrêt comme un « gros mot ». »
La Presse (Québec, Canada), 30 juin 2004, p. a21.
Anne Pélouas, « Au Canada, les libéraux conservent le pouvoir après une victoire électorale à l'arraché »
«...Les Canadiens semblaient partagés entre l'envie de donner une leçon au Parti libéral (LPC), dont la réputation est entachée par un scandale politico-financier, et la crainte de voir arriver au pouvoir un Parti conservateur (PC) dont bon nombre de membres se réclament d'une droite à l'idéologie radicale. (...) Le grand perdant des élections est sans conteste Stephen Harper et les conservateurs, classés en tête des sondages en milieu de campagne. Ils n'obtiennent au bout du compte que 99 sièges de députés, en bonne partie dans leur château-fort de l'Ouest canadien. Ils ne sont pas parvenus à faire la percée recherchée en Ontario, malgré une grogne évidente des électeurs de cet Etat à l'égard du gouvernement libéral. La peur d'un changement trop radical dans les politiques fédérales, autant économiques que sociales, semble avoir joué en faveur des libéraux en toute fin de campagne. Pour Stephen Harper, la déception est amère, mais il se console en affirmant avoir « élargi la base » de son parti et, surtout, « avoir privé les libéraux de la majorité absolue ». M. Martin, a-t-il ajouté, a « reçu un mandat modeste : nous allons l'obliger à rendre des comptes ». »
Le Monde (France), 30 juin 2004, p. 7.
Peter C. Newman, « Harper's Election to Lose »
«...The Liberals' problem is trust. Martin keeps emphasizing that values are more important than policies. Of course they are. But that's where reality TV comes in. The flavour of the year in television programming has altered our perceptions. We expect reality not just on the boob tube but in real life. It is no longer enough for campaigning politicians to exude a mood (as Pierre Trudeau did) when we know that politics is really about trading favours in backrooms. The Prime Minister's only chance is to establish in voters' minds that he genuinely believes in fundamental change, specifically in eliminating the gutter ethics as practised by some of his predecessors. (...) Canadians run away form radical reformers. But they are demanding change and want some hint of vision from their leaders. That element has been singularly lacking during the past decade. Political parties should earn mandates based on something more inspiring than the inability of their opponents to form governments. »
Maclean's (Canada), 21 juin 2004.
Gouvernance et gouvernement [ 28 juin 2004 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
---|---|---|---|
![]() | Élevé | Adrienne Clarkson | Paul Martin |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).