Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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29 février 2004

Démission du président haïtien Jean-Bertrand Aristide

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jean-Bertrand Aristide

La détérioration de la situation en Haïti et la menace posée par des rebelles armés incitent les États-Unis et la France à demander au président Jean-Bertrand Aristide de démissionner. Celui-ci quittera ses fonctions et partira en exil le 29 février 2004.

Élu une première fois à la présidence en décembre 1990, Aristide, 50 ans, assumait le pouvoir à Haïti depuis son retour d'exil, en 1994. En 2003 et au début de 2004, le pays est secoué par des tensions et les offensives de groupes armés. Pointé par les Américains et les Français comme un des responsables du chaos, Aristide est pressé de démissionner. Le 29 février, il part en exil en Républicaine centrafricaine. Par la suite, il affirmera avoir été contraint de quitter par la force, accusant les États-Unis d'avoir manigancé pour l'écarter du pouvoir. Les rebelles font leur entrée dans la capitale, Port-au-Prince, le 1e mars. Mais les soldats d'une force multinationale, approuvée par le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU), reprennent le contrôle. Le juge en chef de la Cour suprême, Boniface Alexandre, est assermenté à la présidence alors que Gérard Latortue, élu par un conseil des sages formé de sept membres, accédera au poste de premier ministre le 9 mars.

Dans les médias...


Alain Louyot, « L'art de chasser un dictateur »

«...Si, instruits par les leçons de l'aventure irakienne, les Américains, mais également les Français, ne veulent pas que les lendemains de leur opportune intervention concertée « Exit Titid » déchantent, il est indispensable qu'ils consacrent à Haïti, au-delà de l'envoi de la force onusienne - laquelle a, d'ores et déjà, contraint les insurgés à déposer les armes - toute une panoplie de moyens substantiels et durables. Car il s'agit non seulement d'y restaurer la sécurité et la démocratie, après plus d'un demi-siècle de coups d'État successifs, d'élections truquées et d'exactions miliciennes, mais également d'y refaire fonctionner les institutions. Et, surtout, il convient de mettre sous perfusion économique ce malheureux pays devenu l'un des plus pauvres de la planète. Si tous ces chantiers, en matière de nation building, sont menés à bien, nul ne s'offusquera qu'au nom du droit d'ingérence Aristide ait été invité, de façon quelque peu musclée, à prendre le chemin de l'exil. Ou encore que la France, si sourcilleuse du droit international à Bagdad, ait elle-même réclamé cette exfiltration manu militari. »

L'Express (France), 8 mars 2004, p. 30.

Francis Kpatindé, « Une tragédie à l'africaine »

«...Jean-Bertrand Aristide, 51 ans, premier président démocratiquement élu de l'histoire bicentenaire d'Haïti, est, cette fois, bel et bien tombé face à une coalition hétéroclite (dans laquelle se sont retrouvés, côte à côte, l'opposition républicaine, d'anciens tortionnaires, des trafiquants de drogue et des voyous), lâché par l'administration Bush, qui le tenait pour un « psychopathe » - le mot est du sénateur ultra-conservateur Jesse Helms. Abandonné aussi par la France chiraquienne, hostile à cet ancien salésien cyclothymique qui réclamait urbi et orbi, il n'y a pas longtemps encore, le remboursement des 150 millions de francs-or déboursés par son pays, à la demande de Charles X en 1825, pour préserver une indépendance acquise de haute lutte, en 1804, face aux armées napoléoniennes. Alors même que le Caricom, la Communauté des Caraïbes, venait de proposer un compromis aux protagonistes, Washington et Paris, en phase dans le dossier haïtien, n'ont laissé aucune chance à Aristide : s'en aller, ou rester et...mourir ! On est loin du contentieux franco-américain sur l'Irak. »

Jeune Afrique l'intelligent (France), 7 au 13 mars 2004, p. 18.

Julie Lemieux, « Fenêtre d'espoir »

«...Le départ de Jean-Bertrand Aristide entrouvre une nouvelle fenêtre d'espoir pour le peuple haïtien, qui doit maintenant tirer profit de cette chance unique pour se ranger définitivement du côté de la démocratie. Si la communauté internationale a le devoir de soutenir cette nation dans sa quête de liberté, les Haïtiens ont aussi la responsabilité de s'aider eux-mêmes en mettant un terme à la violence et en se montrant ouverts aux conseils et à la collaboration des pays étrangers. La démocratie ne s'impose pas. Elle se construit brique par brique et exige des efforts de tous les instants pour échapper à la démolition, particulièrement dans les pays qui n'ont jamais réussi à goûter à ses fruits. Aucun doute: Aristide devait partir pour permettre à Haïti de sortir du cercle vicieux de la violence. Mais il serait bien naïf de croire que la fuite du président réglera tous les maux des Haïtiens, qui ne peuvent rejeter la cause de leurs problèmes sur les épaules d'un seul homme. »

Le Soleil (Québec, Canada), 2 mars 2004, p. A12.

Éditorial

«...The big nudge to oust Mr. Aristide on Sunday helped avoid a potential blood bath in Latin America's poorest and most troubled nation. Rebels with nasty human rights records were poised to take over the capital, while the elected opposition was united in seeking his removal. It appeared that the elected leader the US militarily put back in power a decade ago after a military coup would soon be out of power one way or another. By not rescuing him and saying his time was up, the US essentially gave a green light to toppling him. Aristide then cut, and cut cleanly. Now, having taken this drastic step, the US and other nations must bear the burden of trying to put Haiti right. The task could make nation-building in Iraq seem like a Caribbean breeze. During much of the 20th century, Haitians defied most outside reform. And since the politically paranoid Aristide filled almost every government post with ardent supporters who've also probably bolted, the country is in a political vacuum and needs order, fast. »

The Christian Science Monitor (États-Unis), 1e mars 2004.

Gouvernance et gouvernement [ 29 février 2004 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Haïti
FaibleBoniface AlexandreYvon Neptune

États-Unis
ÉlevéGeorge W. Bush

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1999 - 2016



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2000
Élection de Jean-Bertrand Aristide à la présidence de Haïti

février
2004
Démission du président haïtien Jean-Bertrand Aristide

janvier
2010
Tremblement de terre dévastateur en Haïti

mars
2011
Élection de Michel Martelly à la présidence d'Haïti

septembre
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

novembre
2016
Élection de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti

novembre
2016
[Résultats] Élection présidentielle


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La dérive de l'immigration haïtienne

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