Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 décembre 2018

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18 avril 1948

Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Alcide de Gasperi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alcide de Gasperi

La Démocratie chrétienne (DC), dirigée par Alcide de Gasperi, arrive en tête des élections législatives avec 48,5% des voix. Elle obtient 304 sièges contre 183 pour le Bloc du peuple, une coalition formée du Parti communiste (PC) et des socialistes.

En mai 1947, le président du Conseil, Alcide de Gasperi, avait rompu avec la gauche et décidé de gouverner en s'appuyant sur les partis de centre et les sociaux-démocrates. C'est dans le contexte de la guerre froide que surviennent les élections d'avril 1948 que les analystes perçoivent comme un appui des Italiens à la politique pro-occidentale du gouvernement. Sur les 92,3% des électeurs qui se rendent aux urnes, près de la moitié se prononcent en faveur de la DC qui obtient la majorité des sièges, soit 304 sur 563. Le PC de Palmiro Togliatti et les socialistes de Pietro Nenni suivent avec respectivement 131 et 52 élus, ce qui constitue un net recul pour la gauche. Pour leur part, les sociaux-démocrates font élire 33 députés avec 7,1% des votes, alors que les néo-fascistes et les monarchistes restent loin derrière. L'Occident se réjouit de la victoire de de Gasperi. La modernisation de l'économie italienne est au coeur des priorités du président du Conseil qui nomme dans son cabinet onze ministres de la DC, trois sociaux-démocrates et six élus d'autres formations.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Jean Marabini, « La lutte électorale a réalisé l'unité de la Péninsule »

«...Deux ans de République ont suffi à donner aux Italiens le sens civique qui les range aujourd'hui au niveau des grandes nations européennes. Il a fallu deux ans pour que le souhait de Mazzini se réalise entièrement et qu'une nation, divisée en 1946 en deux parts sensiblement égales de monarchistes et de républicains, retrouve une cohérence moléculaire qu'illustrent les positions respectives des partis républicains, à peu près semblables de Turin à Palerme. L'ère du Risorgimento, qui se basait sur des différenciations géographiques, a cédé le pas à l'ère marxiste qui pose partout en Italie des problèmes inhérents à la lutte des classes. En témoignent la disparition, presque totale aujourd'hui, des partis monarchistes et républicains qui ne correspondent plus à des nécessités historiques, et l'écrasement du M.S.I., symbole du fascisme survivant, auquel les Italiens, unanimes dans le Nord comme dans le Sud, ont opposé une dénégation formelle. »

Combat (France), 22 avril 1948, p. 3.

André François-Poncet, « Défaite des communistes aux élections italiennes »

«…Les élections italiennes ont donné la victoire aux adversaires du communisme, aux démocrates-chrétiens, en premier lieu, et infligé une défaite aux partisans de Moscou. (...) le principal mérite de les avoir battus revient à M. de Gasperi, chef du parti démocrate-chrétien. Il a été habile; il a été courageux; il a payé de sa personne; lui et son ministère ont montré qu'ils n'avaient pas peur et que, s'il le fallait, ils iraient jusqu'au bout de leur devoir de défenseurs de l'ordre et de la légalité. Or, la peur, présentement domine les esprits faibles et le communisme en joue comme d'un précieux auxiliaire. M. Saragat, en refusant de s'associer à Togliatti et à Nenni, a aidé efficacement à la dissiper, et les électeurs ont récompensé son patriotisme et sa clairvoyance. Tout cela est de bonne augure (sic) pour l'évolution de la République italienne. Celle-ci n'est pas, certes, au bout de ses peines. »

Le Figaro (France), 21 avril 1948, p. 1.

Henri Davenson, « Contrepoint »

«...J'ai mesuré l'inquiétude qu'avaient éveillée les premiers succès de la propagande communiste en écoutant les confidences de certains socialistes qui m'expliquaient qu'en dépit de leur anticléricalisme ils allaient voter Gasperi - car il s'agissait d'abord de barrer la route aux Staliniens. Car tel était bien l'enjeu. (...) Le problème, tout le problème, était le choix entre démocratie orientale et démocratie occidentale (libre à chacun d'affecter l'une ou l'autre de ces étiquettes, ou les deux, d'un coefficient au choix : « réelle, possible, illusoire »). De ce point de vue, la propagande m'est apparue bien menée, et sincère, des deux côtés : les uns proposaient de faire confiance à Staline, et même (c'était un beau courage que de le dire) à Tito; les autres à l'Occident et surtout à l'Amérique. Ce dernier mot résume l'argument massue que soutenait de Gasperi : car l'Amérique a déjà apporté à l'Italie plus que les Chesterfield dont vous parlez, mais la farine du beau pain blanc que nous mangions, vous et moi, avec tant d'étonnement, et les textiles, et le charbon des chemins de fer et des usines, et tout. L'Italien est réaliste : en face de ce bénéfice immédiat et sûr que pouvaient aligner les communistes ? »

Esprit (France), mai-juin 1948, p. 1005.

Gérard Filion, « La victoire des catholiques italiens »

«...Les chrétiens démocrates ont eu raison des communistes sans recourir à d'inutiles violences. Pourquoi ? Parce qu'on sait d'expérience en Italie que la persécution crée des martyrs et galvanise les oppositions. Il eût été possible, il y a une couple de mois, de décréter l'interdit sur le parti communiste italien; le gouvernement, qui disposait de la police, de l'armée et de l'appui non équivoque des États-Unis, était en mesure de le faire. Mais qu'aurait-il gagné, si ce n'est de renforcer la position morale des communistes en faisant d'eux des martyrs ? Le gouvernement italien a jugé plus politique de laisser le champ libre aux partis marxistes, en comptant sur le bon sens de la population pour les battre. Il ne s'est pas trompé. Pour peu que la vie devienne plus facile, le parti communiste italien perdra de son attrait pour les masses populaires. Il aura touché en avril 1948 le sommet de la courbe que connaissent tous les partis politiques. »

Le Devoir (Québec, Canada), 20 avril 1948, p. 1.

Gouvernance et gouvernement [ 18 avril 1948 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéEnrico De NicolaAlcide De Gasperi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1944 - 1953



juin
1946
Proclamation de la république en Italie

juillet
1946
[Résultats] Élections législatives

avril
1948
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Alcide de Gasperi

avril
1948
[Résultats] Élections législatives

juin
1953
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Alcide de Gasperi

juillet
1953
[Résultats] Élections législatives


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