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27 mars 1994

Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Silvio Berlusconi

L'Alliance pour la liberté, une coalition de partis de droite, remporte les élections législatives italiennes avec près de 43% des voix. Elle obtient 366 sièges contre 213 pour les partis de gauche, dont 115 pour le Parti démocratique de la gauche (PDG).

Des révélations de corruption précipitent le déclin des socialistes et de la Démocratie chrétienne (DC), principal parti politique d'Italie depuis les année 40. Sous le nom de Parti populaire italien (PPI), celle-ci ne récolte que quelques dizaines de sièges. Ce sont les formations de droite, regroupées au sein de la coalition Alliance pour la liberté, qui obtiennent la majorité. La Forza Italia (FI), du magnat des communications Silvio Berlusconi, arrive en tête avec 21% des votes. Ce dernier s'engage à mettre fin à la corruption et à redresser la situation économique du pays. Son cabinet est dominé par des membres de son parti et des autres formations qui composent l'Alliance pour la liberté, la Ligue du Nord d'Umberto Rossi et l'Alliance nationaliste (néo-fasciste) de Gianfranco Fini. Le PDG, né en 1991 d'une scission au sein du Parti communiste, arrive en tête des partis de gauche avec 20,4% des voix et 115 sièges. Après une courte lune de miel, la coalition gouvernementale se fissurera au cours de l'année, entraînant la démission de Berlusconi le 22 décembre.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Philippe Marlière, «Les conflits d'intérêt de Berlusconi»

«...Les talents d'entrepreneur de Silvio Berlusconi constituent certainement la clé explicative de son succès électoral. La gauche, en cas de victoire, promettait l'austérité économique, et une phase de sacrifices sociaux afin de sortir le pays de la crise. Les Italiens ont finalement peu goûté à un programme guère attirant, à la tonalité quasi churchillienne, faisant appel au sens du devoir, à la discipline et à la raison. À l'opposé du rigorisme de la gauche, Berlusconi a, sur un mode incantatoire et à longueur de spots publicitaires projetés à l'envi sur ces télévisions privées, convié ses concitoyens à bâtir un «nouveau miracle italien», faisant référence à la période d'expansion économique extraordinaire qu'a connue l'Italie dans les années soixante. Dans un contexte de crise économique et institutionnelle, les mesures berlusconiennes ont fait mouche : diminution des impôts, moins de bureaucratie, création régulière d'emplois, etc. Peu importe dans ces conditions si ces propositions sont réalisables ou pas -la plupart des experts économiques de droite et de gauche s'accordent à dire qu'elles ne le sont pas- la rhétorique de Berlusconi, «utopique» et optimiste, a séduit l'électorat.»

Esprit (France), mai 1994, p. 168.

Marcelle Padovani, «Italie : le grand jour des charlatans»

«...Comment tout cela a-t-il été possible ? La presse de mardi matin continuait de s'interroger sur les raisons de cette incroyable victoire, mitonnée en trois mois mais programmée de longue date. La volonté confuse de changement ? Le ras-le-bol de Tangentopoli (le scandale des pots-de-vin) ? La fin du système clientélaire démo-chrétien -qui attirait au centre un électorat qui ne rêvait que de droite musclée ? La campagne émotive, peu rationnelle, qui a été menée ? Le type de scrutin -l'uninominal majoritaire à un seul tour- qui a balayé le débat politique au profit des duels personnels ? Toutes les raisons sont bonnes. Reste, par-dessus tout, le phénomène télévisuel Berlusconi. Le peuple des telenovelas (feuilletons sud-américains) a reconnu en Sua Emittenza un héros du petit écran, un familier du marketing au petit pied (...) et l'a consacré comme son leader. Il est tout de même curieux que cet homme, qui avait contre lui l'intelligentsia, la grande presse écrite, une partie du patronat et même le pape (...), que cet homme ait réussi son pari.»

Le Nouvel Observateur (France), 31 mars au 6 avril 1994, p. 22.

S.A., «Face à la télécratie»

«...Aujourd'hui la politique -mais de quelle politique s'agit-il?- renaît de ses cendres dans l'enceinte de la vidéosphère qui l'a pourtant mise à mal. Une étape a été franchie : après avoir traversé une période de reflux du rôle de l'État, voilà l'action politique qui resurgit, plus travestie que jamais, à travers un personnage qui n'existe que par ses chaînes de télévision et ses journaux. Dans cette conjoncture, la politique occupe moins le vide laissé par une classe politique italienne en perdition -exception faite, dit-on, d'une gauche en voie de libéralisation- qu'elle ne mène à son terme la décomposition des médiations politiques et des instances de représentation au profit des seuls «médias» qui pratiquent sereinement l'utopie populiste de la démocratie directe. Berlusconi est moins, en dépit de son style propre et de ses alliés du MSI, un revenant des années 1930 qu'un homme de communication qui a pris le pouvoir, l'homme avec lequel la télécratie devient une réalité historique (...) Après avoir délabré la représentation de la politique, la télécratie est en train d'accoucher d'un «populisme cathodique» qui n'a guère de chance de contribuer à un renforcement de l'esprit démocratique.»

Esprit (France), mai 1994, pp. 3-4.

François Brousseau, «Le danger Berlusconi»

«...Le terrain était donc mûr pour l'irruption du «monarque des ondes» et sa «manière radicalement nouvelle de faire de la politique». Et nouveauté il y a eu indéniablement avec Silvio Berlusconi. De la métaphore footballienne des «clubs Forza Italia», jusqu'à l'utilisation méthodique de la télévision, en passant par ces irruptions «improvisées» dans les grands centres commerciaux, c'est toute une manière nouvelle de faire campagne qui a, en ce printemps 1994, traversé l'Atlantique pour accoster sur l'Adriatique. Les électeurs voulaient se faire raconter clairement, directement, on pourrait même dire d'une façon assez peu italienne : «Les impôts vont baisser de tant; le déficit également»; ou encore : «Voici comment je vais créer un million d'emplois dans les 12 mois.» Il le leur a dit. Peu importe si c'était démagogique ou irréalisable : peu importe si le «conte de fée» berlusconien cache la réalité des énormes déficits de son consortium multimilliardaire Fininvest en 1992 et 1993; peu importe si le «nouveau» Berlusconi était en fait un ami intime de la canaille du régime précédent. Berlusconi a gagné parce qu'il avait une image, parce qu'il y avait un marché et qu'il est allé le chercher.»

Le Devoir (Québec, Canada), 30 mars 1994, p. A12.

Éditorial

«...The triumph of the 57-year-old Mr. Berlusconi was made possible by a two-year corruption investigation that ensnared most of the country's political leadership and crippled the centrist Christian Democrats and their traditional coalition partners. Italy was ready for a big change. But until Mr. Berlusconi came on the scene, that change looked to be a victory of the Democratic Party of the Left -the newly named former Communists- and its allies (...) Mr. Berlusconi's victory leaves many questions unanswered. His coalition is potentially unstable because it combines three different definitions of «the right» -Mr. Berlusconi's own conservative philosophy, the neo-fascists preference for a strong, centralized state and the Northern Leagues' federalism, rooted in a hatred of the central government. The Leagues get almost all their votes from the north, the neo-fascists more from the south. Will this not make forming a government harder than winning an election ? And -next question- what does Mr. Berlusconi really want ? His companies face a large debt, and his leftist opponents argued that what he wanted was simply control of the Italian state to prop un his financial empire. The voters didn't agree.»

The Washington Post (États-Unis), 30 mars 1994.

Gouvernance et gouvernement [ 27 mars 1994 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéOscar Luigi ScalfaroCarlo Azeglio Ciampi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1989 - 1999



juin
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

avril
1992
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giuliano Amato

avril
1992
[Résultats] Élections législatives

janvier
1994
Dissolution du parti de la Démocratie chrétienne en Italie

mars
1994
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi

mars
1994
[Résultats] Élections législatives

avril
1996
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Romano Prodi

avril
1996
[Résultats] Élections législatives


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