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16 mars 1978

Enlèvement d'Aldo Moro à Rome

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Aldo Moro

Le président de la Démocratie chrétienne (DC), Aldo Moro, est enlevé par les Brigades rouges qui abattent son chauffeur et ses gardes du corps. Moro sera retrouvé mort, le 9 mai, dans une voiture volée abandonnée dans une rue secondaire de Rome.

Aldo Moro joue un rôle clef dans l'entente que viennent de conclure la DC et le Parti communiste dans le but de briser l'impasse qui paralyse le gouvernement italien depuis plusieurs semaines. L'enlèvement de cet ex-président du Conseil, et le meurtre de ses gardes du corps, le 16 mars, secouent l'opinion publique et la classe politique. Pour les Brigades rouges, un groupe terroriste formé à la fin des années 60, il s'agit d'un coup d'éclat sans précédent. En échange de la vie de leur prisonnier, ils demandent la libération d'une dizaine de leurs membres qui font face à la justice. Malgré les lettres que Moro leur fait parvenir, les autorités refusent de céder à ces exigences. Au terme d'un procès « du peuple » à huis clos que ses ravisseurs lui font subir, Moro est exécuté. La découverte de son cadavre dans une voiture volée, le 9 mai, soulève la réprobation générale. Les partis politiques s'unissent pour dénoncer le terrorisme et des manifestations publiques d'envergure sont organisées. Ce fléau continuera toutefois de miner la vie politique italienne pendant plusieurs années. Avec le temps, plusieurs théories seront avancées pour expliquer les motivations derrière l'enlèvement d'Aldo Moro, dont celle d'un complot plus complexe dans lequel les Brigades rouges n'auraient pas été les seuls acteurs.

Dans les médias...


Pierre Gaxotte, «Les barbares sont-ils déjà là ?»

«...Ne voit-on pas que les bases mêmes de l'ordre sont minées et que, petit à petit, à force d'indulgence pour le crime, d'indifférence pour les victimes, de publicité pour la violence, nous risquons de tomber dans cette anarchie mortelle où est en train de sombrer l'Italie ? L'enlèvement de M. Moro, artisan de l'accord entre les démocrates-chrétiens et le parti communiste, le jeu affreux des «Brigades rouges» le contraignant à écrire des lettres déshonorantes pour le régime, annonçant sa mort, s'amusant avec son cadavre véritable ou supposé, ne voit-on pas là la preuve que l'État italien est impuissant, aussi impuissant qu'en 1922 quand la nation fit de Mussolini son sauveur ? (...) Les démocraties ont tous les moyens de défense nécessaires (...) Mais l'accusation de fascisme lancée à tort et à travers a émasculé les démocraties : c'est comme cela qu'elles vont à la dictature.»

Le Figaro (France), 7 mai 1978

S.A., «Illégitime démence»

«...Il reste maintenant à l'État à lutter contre les Brigades rouges. De ce côté-là, le bilan est loin d'être positif (...) Le défi qui est lancé à l'Italie dépasse, par son ampleur, celui que les dirigeants des autres démocraties parlementaires ont à relever : rétablir les fonctions vitales de l'État, ranimer un sens civique manifestement défaillant, mais aussi éviter la confiscation du pouvoir au nom d'une union nationale forcément intolérante à moyen terme. Si le peuple italien et ses dirigeants n'y parvenaient pas, Aldo Moro serait mort pour rien, et ses assassins auraient encore de beaux jours devant eux.»

Le Monde (France), 11 mai 1978, p. 1.

Robert Badinter, «La meurtrière logique des Brigades rouges»

«...Selon le rituel, à l'aveu doit succéder le procès. L'utilisation de la symbolique judiciaire revêtait en cette occasion un double sens. Dans la mesure où le privilège est le signe de la puissance de l'État, le procès d'Aldo Moro, symbole de l'État, était à la fois dénégation de cette toute-puissance et affirmation d'une autre souveraineté. D'autre part, en jugeant Aldo Moro au moment même où l'on entreprenait de juger à Turin les chefs des Brigades rouges, on donnait au procès légal une sorte de double caricatural et angoissant. On faisait fonctionner en Italie, en même temps qu'une justice « bourgeoisie », tournée en dérision, une « justice » terroriste. Par là, on dépouillait l'appareil judiciaire de sa légitimité, en entreprenant de le représenter comme un simple instrument répressif auquel on était fondé à en opposer un autre, plus violent encore. Le procès ne pouvait ainsi s'achever que par la condamnation à mort.»

Le Nouvel Observateur (France), 15 mai 1978, p. 63.

Georges Vigny, «Après le meurtre d'Aldo Moro»

«...La présente aventure des Brigades Rouges s'est achevée comme elle avait commencé : de manière insensée. Et sur un échec sanglant. Non seulement cette Italie menacée n'a pas été «déstabilisée» mais encore elle vient de subir l'épreuve de la cohésion. Le «compromis historique» n'est plus une formule de survie pour les uns et une ambition pour les autres : il est entré dans les faits, à mesure qu'Aldo Moro, jour après jour, inexorablement, marchait à sa mort. Artisan de ce compromis, Moro aura payé de sa vie la viabilité de cette Italie émergente. Le refus de céder devant la violence terroriste n'a pas été celui d'un simple parti ou d'un establishment : toutes les organisations ont massivement manifesté leur rejet d'une vie odieuse et sans issue.»

Le Devoir (Québec, Canada) 10 mai 1978, p. 4.

Éditorial

«...To its great credit, the Italian government remained absolutely firm in its refusal to bargain with the terrorists. Despite the bloody outcome, that decision was right. Other European governments have tried to make deals in other cases, and almost always they have come to regret it bitterly. But now the time has arrived for further answers to the Red Brigades. They have told Italians that the only choice is between ineffectual democracy and the radicals' style of totalitarianism. Most Italians understood perfectly well that it's a false choice. But the demonstration requires a government capable not only of curbing the gunmen but of guarding and advancing the broader interests of its citizens. Mr. Moro devoted his life to defending the democratic tradition in Italy. To streghten and enlarge that tradition is the commemoration that his appalling death requires.»

The Washington Post (États-Unis), 10 mai 1978.

Gouvernance et gouvernement [ 16 mars 1978 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéGiovanni LeoneGiulio Andreotti

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1973 - 1983



mai
1974
Référendum sur le divorce en Italie

juin
1976
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giulio Andreotti

juillet
1976
[Résultats] Élections législatives

juin
1977
Annonce d'un accord entre les principales formations politiques italiennes

mars
1978
Enlèvement d'Aldo Moro à Rome

août
1978
Décès du pape Paul VI

juin
1979
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Francesco Cossiga

juin
1979
[Résultats] Élections législatives

août
1980
Attentat terroriste d'envergure à Bologne, en Italie

mai
1981
Tentative d'assassinat contre le pape Jean-Paul II

juin
1983
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Bettino Craxi

juin
1983
[Résultats] Élections législatives


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