Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 février 2019

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

16 mars 1977

Élection du Parti Janata en Inde

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Morarji Desai

Le Parti Janata fait élire 271 candidats et remporte la victoire aux élections législatives indiennes. Le grand perdant de ce scrutin est le parti du Congrès, au pouvoir depuis l'indépendance du pays, qui doit se contenter d'une récolte de 153 députés.

Près de 200 millions d'électeurs sont éligibles pour ce scrutin qui s'étale sur plusieurs jours. La victoire du Parti Janata, une coalition, marque une rupture dans la vie politique indienne, dominée jusque là par le parti du Congrès. Des mesures impopulaires, comme le maintien de l'état d'urgence, et des divisions internes, entraînant une scission au sein du parti du Congrès, ont joué un rôle important dans sa défaite et celle de la première ministre Indira Gandhi. Celle-ci, ainsi que son fils Sanjay, perdent même leurs sièges. Le nouveau premier ministre, Morarji R. Desai, du Parti Janata, est assermenté le 26 mars. Il s'engage à lever l'état de siège proclamé par le gouvernement précédent, à donner une plus grande liberté à la presse et à défendre le non-alignement de l'Inde sur la scène internationale. Des tensions ne tarderont toutefois à apparaître au sein de la coalition au pouvoir, provoquant la démission de Desai, en juillet 1979, et l'accession de Charan Singh au poste de premier ministre.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Kenize Mourad, « La débâcle d'Indira Gandhi »

«...Le patronat du secteur privé est inquiet. Il s'était bien habitué à Indira Gandhi et s'était vite rendu compte qu'il n'avait rien à craindre de son « socialisme ». (...) Desai est pourtant reconnu pour avoir toujours été partisan d'une économie libérale et de relations plus étroites avec les États-Unis. Il promet « une politique « non alignée » au centre et non plus « alignée » à gauche ». Lorsque sa nomination a été annoncée, les milieux d'affaires se sont réjouis et, à l'ambassade des États-Unis à Delhi, on nous a accueillis par cette phrase : « Alors, la France vire à gauche lorsque l'Inde vire à droite. » Mais il semble bien que cet énergique vieillard de quatre-vingt-un ans, connu pour son honnêteté et son austérité, veuille vraiment mettre en pratique l'enseignement de Gandhi, dont il fut un fervent disciple. De toute façon, le parti Janata a fait tant de promesses qu'il sera obligé, dans les premiers mois, de prendre des mesures populistes, en particulier l'augmentation des salaires, qui va alimenter une inflation atteignant déjà 12% en 1976. »

Le Nouvel Observateur (France), 28 mars 1977, p. 42.

Amal Naccache, « Démocratie indienne »

«...s'il est relativement facile de comprendre les raisons du refus massif exprimé par les électeurs indiens, il est très malaisé d'en prévoir les conséquences. L'opposition qui l'a emporté le 20 mars est en effet un rassemblement de groupes politiques aux tendances diverses que seule unissait une hostilité commune au pouvoir aujourd'hui balayé. En dehors du « rétablissement des libertés » et de l'engagement de poursuivre une politique de non-alignement, on a du mal à déceler un véritable programme de gouvernement, notamment sur le plan économique, chez les principaux dirigeants de la coalition antigouvernementale comme MM. Ram et Desai. Il ne faut pas oublier que la situation de l'économie indienne, catastrophique en 1975, avait été l'une des raisons principales de l'instauration de l'état d'urgence. Après une nette amélioration, la situation économique est de nouveau grave dans ce pays qui compte 620 millions d'habitants et dont la démographie est galopante. Si l'on peut se féliciter du rétablissement de la démocratie à New Delhi, les inquiétudes qu'inspire le sous-développement actuel de l'Inde persisteront, hélas ! longtemps encore. »

Jeune Afrique (France), 1e avril 1977, p. 77.

Gilbert Étienne, « L'Inde après Indira Gandhi »

«...Que s'est-il donc passé ? Il semble bien que Mme Gandhi et son équipe n'ont pas eu les moyens de bien saisir le mécontentement que certaines de leurs mesures ont provoqué. La censure imposée à la presse, la crainte chez beaucoup de personnages hauts placés de déplaire au Premier ministre par leur franchise ont fini par couper Mme Gandhi de son pays. Détail révélateur, huit jours avant les élections, les responsables de la campagne de Mme Gandhi dans sa circonscription sont convaincus de son échec. Ils n'osent rien dire ! Quant aux foules accueillant Sanjay Gandhi et sa mère, on apprend aujourd'hui que leur enthousiasme était souvent plus apparent que réel. Badauds ou oisifs embarqués dans des camions par les militants du parti, ils scandent à l'aller et pendant la manifestation « Indira ki jay » (vive Indira), et au retour « Janata ki jay » (vive le Janata). Certes, ce genre de rassemblement n'est pas nouveau dans la vie politique indienne, mais cette fois la façade devient trompeuse. »

Esprit (France), juin 1977, p. 60.

Éditorial

«...As the daughter of Jawaharlal Nehru, India's first prime minister, she had been reared as a political princess. When she in turn became prime minister, she acted as if she had inherited a crown rather than won office in a functioning democracy. She even groomed her son, Sanjay, as a crown prince. Her decision last January to hold elections must have reflected a monarchical conviction that, because economic conditions had improved under the state of emergency and corruption had been reduced, the electorate would prolong her reign indefinitely. The rhetoric of her campaign was that Indian masses were untroubled by the loss of democracy and were interested only in their improved financial condition. The outcome of the election is a thundering denial of such cynicism, a ringing affirmation that the masses are interested in democracy. This is a precious message not only for India but for the world. »

Chicago Tribune (États-Unis), 22 mars 1977.

Georges Vigny, « Une certaine relève en Inde »

«...À l'extérieur, l'image de marque de Mme Gandhi et de son administration était ternie par l'état d'exception, mais est-ce bien là-dessus que la fille de Nehru a été battue ? Les 5 millions d'Intouchables ont basculé dans le camp de l'opposition, pourtant leur leader n'était pas emprisonné, les 70 millions de musulmans semblent avoir opté pour le camp adverse, pour la première fois depuis l'indépendance, l'opposition a gagné le Nord, mais aussi le Radjastan, le centre avec Madhya Pradesh, le Bengale occidental, la totalité des circonscriptions de la capitale, New Delhi ! Il est symptomatique que George Fernandes, le leader du Parti socialiste, ait été élu dans le Bihar sans même pouvoir se rendre devant ses électeurs, se trouvant derrière les barreaux. Quelle raison d'ordre intérieur pouvait donc concerner tout ce monde, dans un sous-continent de plus de 600 millions d'habitants, au point de susciter une lame de fond de cette envergure ? Une agence de presse rapportait hier cette phrase d'un cadre du Parti du Congrès : « Nous nous sommes introduits dans la vie privée des citoyens sans leur consentement, nous en payons maintenant le prix. » La raison serait donc la campagne de stérilisation massive implantée à la faveur de l'état d'exception sans oublier pour autant la corruption généralisée au terme de trente ans de régime et les ravages de l'inflation ! »

Le Devoir (Québec, Canada), 22 mars 1977, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 16 mars 1977 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
IntermédiaireBasappa Danappa JattiIndira Gandhi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1972 - 1982



mai
1974
Explosion d'une première bombe atomique par l'Inde

juin
1975
Proclamation de l'état d'urgence en Inde

mars
1977
Élection du Parti Janata en Inde

mars
1977
[Résultats] Élections législatives

octobre
1979
Attribution du prix Nobel de la paix à mère Teresa de Calcutta

janvier
1980
Élection du parti du Congrès d'Indira Gandhi en Inde

janvier
1980
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


novembre
2018
Inde et Amérique latine : vers une coopération Sud-Sud?

mars
2018
L'Inde : la modernité avant tout

novembre
2017
Le sida en Inde : une crise ébranlant la tradition

octobre
2017
Visite historique du premier ministre indien en Israël

avril
2017
Le microcrédit en Inde : un levier contre la pauvreté à réformer

février
2017
Le pari risqué de la démonétisation en Inde

février
2016
Vers une meilleure qualité de l'air à New Delhi

février
2016
Les sommets Inde-Afrique : une stratégie économique et politique

avril
2015
L'Inde et l'Union européenne : de la coopération économique à l'alliance politique

mars
2015
L'Inde cherche à devenir une puissance spatiale


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016