Discours controversé du président français Charles de Gaulle à MontréalTexte rédigé par l'équipe de Perspective Monde -
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 Général De Gaulle |
Le président français Charles de Gaulle surprend ses hôtes en lançant du balcon de l'hôtel de ville de Montréal le slogan des indépendantistes québécois : « Vive le Québec libre ! » La phrase du général fera le tour du monde et suscitera de vives réactions au sein de la classe politique québécoise et canadienne.
La visite du président français au Canada s'effectue à l'occasion de la tenue de l'Exposition universelle de 1967 qui se tient à Montréal. De Gaulle est accueilli chaleureusement à Québec le 23 juillet. Le lendemain, des foules importantes se massent le long du chemin que son escorte motorisée emprunte pour se rendre à Montréal. Au terme du voyage, le général prononce un discours du balcon de l'hôtel de ville de Montréal dans lequel il reprend le slogan des indépendantistes québécois : « Vive le Québec libre ! » Ce geste constitue un tonique pour les tenants de la sécession du Québec, seule province canadienne à majorité francophone. Mais il sème la consternation à Ottawa. Pour le premier ministre canadien Lester B. Pearson, les propos du chef d'État français sont une ingérence inacceptable dans les affaires canadiennes. Cette réaction incite de Gaulle à annuler la visite qu'il devait faire à Ottawa et à rentrer en France. Au fil des ans, le projet indépendantiste, dont le Parti québécois sera le porte-étendard à partir de 1968, continuera à se rallier un nombre croissant d'adeptes. |
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Claude Ryan, « Les leçons d'une journée historique »
«...La visite du général de Gaulle au Québec aura eu, à cet égard, l'effet d'un électrochoc. Elle aura montré que le nationalisme québécois, loin d'être en perte de vitesse, revêt une ampleur insoupçonnée. Elle aura rappelé au Canada anglais que le rêve de liberté des Canadiens français est plus vif, plus dynamique, plus largement répandu que jamais. C'est là la principale leçon que les Canadiens des deux communautés devraient, à notre sens, tirer du passage du général de Gaulle au Canada. On écrira plus tard des chapitres savoureux, dans les manuels de protocole, sur les incidents auxquels donna lieu la visite de de Gaulle. On rira de bon coeur, entre spécialistes de certaines susceptibilités qui s'affrontèrent à l'occasion de cet événement. Mais rien ne saura effacer la réalité fondamentale qui met en relief l'accueil accordé à de Gaulle par les Québécois : celui de l'existence, au Canada, de deux visions de la liberté, de deux communautés qui, sans être opposées, sont fortement distinctes l'une de l'autre. Il faudra, en somme, des deux côtés, qu'on oublie un peu le général de Gaulle et qu'on se remette à penser à des problèmes immédiats qu'on devra résoudre ensemble dans le dialogue et la négociation directe plutôt que dans le recours à des appuis de l'étranger. »
Le Devoir (Québec, Canada), 26 juillet 1967, p. 4.
S.A., « L'excès en tout...»
«...Au Canada, les réactions ont été vives et beaucoup de Canadiens français eux-mêmes marquent une certaine gêne. En reprenant à son compte, sans la moindre précaution, le slogan des partisans de l'indépendance du Québec, de la partition du pays, le président de la République est allé beaucoup plus loin que le « Maîtres chez nous ! » des libéraux de M. Jean Lesage, ancien premier ministre de la province, plus loin aussi que le « Québec d'abord ! » de son hôte, M. Daniel Johnson. Impavide, le général a fait préciser par son entourage qu'il n'avait pas voulu inciter la province québécoise à prendre son indépendance, mais simplement à renforcer par tous les moyens sa « personnalité française » (comme naguère la « personnalité algérienne » ?) au milieu du monde anglo-saxon, afin que le Canada tout entier puisse mieux résister à l'emprise croissante de son puissant voisin du Sud. L'exégèse n'a guère convaincu : l'orateur est trop maître de sa pensée et de son verbe pour n'avoir pas parfaitement mesuré à l'avance, non sans quelque secrète délectation probablement, l'ampleur des remous qu'il allait provoquer. »
Le Monde (France), 26 juillet 1967, p. 1.
L. G.-R., « Pourquoi ? »
«...On ne finira pas de s'interroger et les répercussions de ce grave échec diplomatique risqueront de se prolonger sur le plan intérieur où les plus fidèles et jusqu'ici les plus inconditionnels tenants de la politique gaulliste, sur le plan extérieur notamment, sont cette fois assaillis par le doute (...) Ou bien en effet le général de Gaulle agissait délibérément et selon un plan prévu en encourageant les séparatistes québécois et alors pourquoi avoir accepté l'invitation d'Ottawa ? Ou bien le Président de la République s'est laissé emporter par les réactions de la foule et il ne nous donne plus dès lors l'image du chef qui se contrôle et qui sait jusqu'où il peut aller (...) C'est le coeur serré que, nous adressant à celui à qui la France doit tant, nous lui demandons de s'expliquer, de répondre. Pourquoi ? Oui, pourquoi ? »
Le Figaro (France), 27 juillet 1967, p. 1.
S.A., « The Spoiler »
«...By aloofly disdaining to acknowledge the uproar he had caused, De Gaulle was content to allow the impression to stand that he believes Canada's federal future is limited - and that his historic mission in Canada was to encourage the process of dissolution. In fact, French Canadian opinion was mostly dismayed by De Gaulle's confusion of the buoyant nationalism that has inspired Quebec to seek new cultural, educational and economic relations with Paris for outright separatism. De Gaulle's failure to appreciate the distinction may, in a federal Canada newly confident of its possibilities, ultimately have an effect quite opposite to that he intended - and actually dealt a blow to the separatist cause. (...) Perhaps therein was an ironic De Gaulle contribution of sorts (...) Charles de Gaulle jolted Canadians to think beyond UFO landing pads, the bonhomie of Expo and the syrup of Centennial togetherness to the undoubted challenges ahead. Of course they will not be easy, since French Canada indeed yearns for a more fulfilling expression of itself within the Confederation Charles de Gaulle so airily dismissed. But unless the rest of Canada misses the point as easily as the General, Canadians just may be able to master their destiny in far healthier spirits than he remotely imagined. »
Time (edition canadienne), 4 août 1967, p. 8-9.
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Gouvernance et gouvernement [24 juillet 1967]
| Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
 Canada | Élevé | Roland Michener | Lester B. Pearson |
 France | Intermédiaire | Charles de Gaulle | Georges Pompidou |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).
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Évolution des composantes du système politique
| Profil | Gouvernants | Démocratie | Partis politiques |
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Chronologie [1962 - 1972]
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