Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

14 août 2018

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20 juillet 1954

Signature des accords de Genève sur l'Indochine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Pierre Mendès France

Deux mois après la chute de Diên Biên Phu, la signature des accords de Genève marque la fin de la présence française dans le nord du Viêt Nam. Le pays sera divisé en deux entités politiques distinctes dont la frontière est temporairement établie dans les environs du 17e parallèle.

La victoire du Viêt-minh à Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, place la France dans une situation précaire. Des discussions auxquelles participent plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), sont en cours à Genève depuis quelques semaines afin de trouver une solution à ce conflit qui dure depuis 1946. L'avènement de Pierre Mendès France à la présidence du Conseil donne un nouveau souffle aux négociations qui aboutissent à une entente le 20 juillet. Les Français se retireront du Nord, dirigé par le Viêt-minh de Ho Chi Minh, alors que les communistes quitteront le Sud qui sera gouverné par l'empereur Bao Dai. Une zone démilitarisée d'une dizaine de kilomètres sera instaurée entre les deux territoires avant que, selon l'accord conclu à Genève, des élections libres ne permettent de les réunifier en 1956. Même si une commission internationale veille à l'application du traité, il faudra attendre 1976, et la fin d'un conflit meurtrier, avant que le Viêt Nam du Nord et du Sud ne forment à nouveau un seul État.

Pour en savoir plus: Sur les Accords de Genève

Dans les médias...


Sirius, «Les promesses de la paix»

«...L'audacieux pari, que beaucoup estimaient téméraire, a été gagné de justesse à l'expiration du délai fatidique. Le clair bon sens, la tranquille obstination, la parfaite loyauté, voire l'étonnante résistance physique dont a fait preuve M. Mendès-France, n'ont pas été les moindres raisons de ce succès (...) De toute nécessité, il fallait d'abord lever cette hypothèque, rompre ce cercle infernal. Ce premier résultat obtenu, rien n'est encore assuré, mais la confiance renaît, et tout ou presque tout redevient possible (...) Si l'on veut bien ne plus se payer de mots, l'accord du 20 juillet enregistre notre échec et sanctionne nos fautes. Notre mérite est de l'avoir enfin admis tout en réussissant à éviter le pire. Le mérite de nos adversaires est d'avoir consenti à limiter les effets de victoires déjà largement acquises. L'avantage essentiel pour les uns comme les autres est de substituer le principe d'une émulation pacifique à la sanglante rivalité des intérêts et des doctrines.»

Le Monde (France), 22 juillet 1954, p. 1.

Jean Rous, «De huit ans d'occasions manquées à la conférence de Genève»

«...La leçon des occasions perdues se traduit donc ainsi : refus des divers gouvernements français de négocier dans de bonnes conditions ou bien, accessoirement, apparences de conversations pour «faire semblant» et proposer en fait des conditions inacceptables ne tenant aucun compte du rapport des forces et de la volonté d'indépendance de tout un peuple. Parallèlement à cette évolution politique, il est inutile de rappeler la constante dégradation militaire de la position française, dont Dien-Bien-Phu fut la traduction spectaculaire. Dans ces conditions, la conférence de Genève ne peut être que la comptabilité de cet ensemble d'opérations positives et négatives de 1945-46 à 1954. Au bilan profits et pertes, toutes les fautes se paient. La vraie question est de savoir, non si se produira un «miracle» qui ferait que ce qui est ne soit pas, mais si se trouveront de part et d'autres des personnalités assez réalistes pour arrêter équitablement les comptes dans l'intérêt bien compris des deux parties.»

Les Temps modernes (France), juillet 1954, p. 131.

P.F., «Chantages»

«...En diplomatie, dira-t-on, il faut jouer toutes les cartes et le Viet-Minh, avant Genève comme maintenant, a lui aussi accentué sa pression militaire. Mais il y une différence majeure. Le Viet-Minh poursuit sur son territoire une guerre nationale. Pour nous, le chantage à l'intervention américaine signifie, si on nous prend au mot, que nous précipiterons d'abord en Indochine le reste de l'armée française avec toutes les conséquences politiques et financières. Et en vain. Si la manoeuvre réussit et que la Chine au bout d'un certain temps cède, ce sera Bao Daï et les Américains qui profiteront de la situation; si elle échoue, ce sera l'internationalisation de la guerre de part et d'autre -guerre locale ou guerre générale, qui pourrait le dire?- et nous fournirons les armées de terre, celles où on se fait tuer. G. Bidault cherche par tous les moyens à imposer une paix victorieuse, alors que notre situation internationale impose le compromis. Nous ne pouvons rester un peuple libre et indépendant que si nous supprimons ce boulet qui de semaine en semaine nous entraîne à plus d'aliénation. Nous avions tous souhaité une autre paix mais nous n'avons plus qu'une marge de choix assez étroite. Il reste le bluff, mais toute guerre commence toujours par le bluff... Où nous mène-t-on ?»

Esprit (France), juin 1954, p. 987.

André Laurendeau, «La trêve en Indochine»

«...Faut-il se réjouir ? Les communistes consolident leur avance en Asie du sud-est. Des millions d'hommes, parmi lesquels une importante communauté catholique, tombent officiellement sous leur emprise. L'autorité de la France est entamée, son influence diminue. Autant de faits qui sont amers à avaler. Mais en réalité, ces faits étaient acquis. L'avance communiste, depuis Dien-Bien-Phu, était prodigieuse et l'on craignait un effondrement de la défense franco-vietnamienne. Les communautés catholiques du delta ont été abandonnées pour des motifs militaires : on ne pouvait plus les protéger. L'empire français diminue, mais le gouvernement s'est efforcé de conclure une paix dans l'honneur, au lieu de subir une retraite désastreuse. Le corps expéditionnaire paraît sauvé. L'avenir, pourtant demeure incertain.»

Le Devoir (Québec, Canada), 21 juillet 1954, p. 4.

S.A., «The Price of Peace»

«...The result has been gained by ten weeks of unremitting imaginative skill on the part of the British Foreign Secretary, mainly in private talks with Mr. Molotov and Mr. Chou En-Lai, often when the chances of success seemed nil. It has been clinched in the last month by the frankness with which M. Mendès-France looks facts in the face, recognized that any truce would have to be painfully brought, and decided to make sure of such a painful truce rather than commit France to a further period of profitless war. For France especially the agreement brings relief. Yet the losses, in large part the consequences of past mistakes of policy, remain heavy. No matter how much the situation is rationalized, no matter how freely it is admitted that a great Power like China is bound to have influence across an immediate border, the truth remains that a large part of Indo-China is lost to the western world. The arrangement finally reached follows the pattern that was seen to be inevitable months, or even years, ago. In some ways it is better than what was feared. For that, western diplomacy at Geneva has again to be thanked.»

The Times (Royaume-Uni), 21 juillet 1954, p. 7.

Gouvernance et gouvernement [ 20 juillet 1954 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Viêt Nam
Non disponibleinformation non-pertinenteinformation non-pertinente

France
ÉlevéRené CotyPierre Mendès France

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIWinston Churchill

Russie
FaibleKliment VoroshilovGueorgui Malenkov

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1949 - 1959



juillet
1954
Signature des accords de Genève sur l'Indochine


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