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24 mars 1976

Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jorge Videla

Après plusieurs mois d'incertitude, une junte militaire renverse la présidente de l'Argentine, Maria Estela Martinez « Isabel » de Peron. Le 29 mars, le général Jorge Rafael Videla deviendra officiellement son successeur.

Le décès de Juan Domingo Peron avait été suivi, en juillet 1974, par l'accession de sa troisième femme, Isabel, à la tête de l'Argentine. Le leadership de cette dernière est vite ébranlé par une économie en crise et une vague de terrorisme qui déchire le pays. Après une période d'hésitation, l'armée intervient le 24 mars 1976 et renverse la présidente. Peron est arrêtée à la suite d'un coup d'État qui se fait sans violence et une junte militaire prend le pouvoir. À sa tête, on retrouve le général Jorge Videla. Le 29 mars, il forme un cabinet composé de six militaires et de deux civils dont l'un, Jose Matinez de Hoy, occupe le poste stratégique de ministre de l'Économie. La Loi martiale est proclamée et le congrès dissous. Une sévère répression, qui sera responsable de milliers de morts, s'abat sur l'opposition. De nombreuses violations des droits humains seront observées sous le régime de la junte et de Videla qui demeurera à la présidence jusqu'en 1981. Des militaires lui succéderont avant que des élections libres, tenues en octobre 1983, ne préludent au rétablissement de la démocratie.

Dans les médias...


Kenize Mourad, «Le tango des généraux»

«...Sera-ce un «Pinochetazo», dictature sanglante à la chilienne, ou un gouvernement militaire modéré de transition vers des élections démocratiques ? Jorge Rafael Videla, chef d'État-major de l'armée de terre et nouveau président de la République argentine, ne le sait pas lui-même. On le dit intelligent et mesuré. Mais lorsque, martelant ses mots, cet ascète aux yeux brillants promet «une absolue fermeté dans l'exercice sévère de l'autorité...afin d'assainir les moeurs publiques et privées et de susciter, dans le monde occidental et chrétien, le respect de l'Argentine», il a d'inquiétantes allures de Savonarole. Pourtant, ce n'est pas de gaieté de coeur que le général Videla prend le pouvoir en cette nuit du 23 mars. Depuis plus d'un an, l'armée hésite. Consciente de l'échec des gouvernements militaires d'Ongania et de Lanusse, de 1966 à 1973, sensible à l'antimilitarisme profond du peuple argentin, elle aurait de beaucoup préféré contrôler les choses de l'extérieur. Mais Isabelita Peron n'écoute que ses amis de la vieille garde péroniste. Et, devant l'effroyable gâchis économique, la recrudescence des assassinats politiques (...) l'incompétence et la corruption des dirigeants, l'armée se décide à intervenir.»

Le Nouvel Observateur (France), 5 avril 1976, p. 44.

Édouard Bailby, «Argentine : le cycle infernal»

«...Dès l'année dernière, un ancien ministre de l'Économie, M. Alvaro Alsogaray, très écouté dans les milieux d'affaires, lançait un cri d'angoisse : «L'Argentine est le témoin de la destruction totale de son économie. Si les forces politiques n'agissent pas rapidement, la dictature sera inévitable.» C'est maintenant chose faite. Censure sur la presse, Parlement dissous, partis politiques interdits, syndicats sous contrôle des forces armées. Et, pour mater la subversion de droite et de gauche qui a fait près de 2 000 morts sous la présidence de Mme Peron, création de conseils de guerre dans les vingt-deux provinces du pays. Désormais, tout «terroriste» sera jugé sommairement et passible de la peine de mort. De telles mesures n'ont pas surpris. Depuis plusieurs jours, des mouvements de troupes en direction de la capitale étaient signalés. Les journaux eux-mêmes annonçaient la chute «imminente» de Mme Peron. Ainsi, une fois de plus, l'Argentine s'engouffre dans le cycle infernal des coups d'État militaires.»

L'Express (France), 29 mars au 4 avril 1976, p. 48.

Jean Pellerin, «Retour à la dictature en Argentine»

«...Les classes possédantes se livrent à des spéculations débridées qui font que la richesse nationale part à l'étranger. Quant aux classe moyennes, elles se prolétarisent et en viennent à applaudir au terrorisme de droite ou de gauche. On comprend qu'elle ait appelé de tous ses voeux une dictature militaire qui mettrait au moins fin à la terreur devenue endémique. Mais la police a beau être la mieux équipée et la mieux préparée de l'Amérique latine, elle se révèle incapable de maîtriser la contestation, encore moins d'arrêter la guérilla urbaine (...) Dans un pays où la combinaison de l'ERP et des Montoneros est devenue possible, dans un pays où il est désormais permis d'envisager comme une probabilité l'accession de la guérilla au pouvoir, on se demande comment les militaires, même exaspérés, pourraient retarder ou empêcher bien longtemps la marche de ce bouillant pays vers son destin.»

La Presse (Québec, Canada), 25 mars 1976, p. A4.

Éditorial

«...Mrs. Peron, the second wife of the late Juan Peron, clearly was unequal to the task of governing Argentina. She did not have Peron's magnetism and her politics drifted to the right, then the left, then seemed to curl up. Her top aide, a practicing astrologer and former police sergeant, was sent into exile but continued to influence Mrs. Peron. The mood of the country seems to have been caught by an Argentine lawyer who asked «what can you expect of a government run by a former bar girl manipulated by long distance by an astrologer». The military faction now in control previously had put down an attempted coup by right-wing air force officers and had been instrumental in combatting left-wing Peronist and Marxist guerillas. Although the junta is taking a repressive stance and is suspending many liberties, there is some hope that it sees itself cast in a role similar to the one played by the Portuguese military, which is moving to turn its revolution back to the civilians. The long delay in ousting Mrs. Peron was due in part to the military's reluctance to take responsability for solving the awesome problems facing the country. But the military has now taken that responsability and will be watched to see if its stated idealism is matched by its deeds.»

San Francisco Chronicle (États-Unis), 26 mars 1976.

Gouvernance et gouvernement [ 24 mars 1976 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
FaibleJorge Rafael Videla Redondo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1971 - 1981



mars
1973
Retour à la démocratie en Argentine et élection à la présidence de Hector J. Campora

juin
1973
Fusillade lors du retour de Juan Peron en Argentine

juillet
1975
Démission du ministre argentin José Lopez Rega

mars
1976
Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

avril
1977
Première marche des mères de la Plaza de Mayo en Argentine

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc


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