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5 octobre 1970

Déclenchement de la crise d'octobre au Québec

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Robert Bourassa

L'enlèvement du diplomate britannique James R. Cross par le Front de libération du Québec (FLQ), le 5 octobre 1970, est à l'origine de la « crise d'octobre », une des périodes les plus troubles de l'histoire politique canadienne.

Seule province du Canada majoritairement francophone, le Québec est secoué au cours des années 60 par la montée d'un mouvement nationaliste et même de groupes terroristes, comme le FLQ, qui réclament l'indépendance de la province et une plus grande justice sociale. Des actes sont posés, comme l'explosion de bombes, avant que des cellules du FLQ n'enlèvent le diplomate britannique James R. Cross, le 5 octobre 1970, puis le ministre québécois du Travail, Pierre Laporte, cinq jours plus tard. En réaction, le gouvernement canadien adopte le 16 octobre la Loi des mesures de guerre qui suspend les droits civils. Quelques heures plus tard, le cadavre du ministre Laporte est retrouvé. L'armée est déployée et des centaines d'arrestations sont effectuées. Le diplomate Cross sera libéré en décembre alors que ses ravisseurs obtiendront un sauf-conduit pour Cuba. Les responsables de l'enlèvement de Laporte seront pour leur part arrêtés quelques semaines plus tard. Épisode controversé de la vie politique canadienne, la crise d'octobre marque à toutes fins pratiques la fin des actions terroristes au Québec.

Dans les médias...


Gilles Boyer, « La folie devient furieuse »

«...La démocratie et la liberté nous sont arrivées ici sans que nous ayons eu véritablement à lutter pour l'acquérir. Or, il semble bien que ce que nous obtenons sans grand effort nous paraît aller de soi, comme si c'était acquis pour toujours et s'il ne fallait pas constamment lutter pour préserver un bien si précieux. Il faut des héros et des symboles aux sociétés qui risquent de s'endormir dans leur léthargie confortable. Ce héros, c'est Pierre Laporte, sacrifié injustement mais, espérons-le, non inutilement, par des fanatiques qui nous démontrent par là jusqu'à quel point il est temps qu'on les arrête avant qu'il ne soit trop tard. Derrière le cercueil de Pierre Laporte, c'est toute une société qui doit se lever pour signifier aux assassins, habillés d'idéologies aussi simplistes que monstrueuses, qu'ils ne passeront pas, qu'ils ne nous auront pas. Le FLQ vient de dévoiler son vrai visage. Il n'est pas beau à voir. Ce devrait être suffisant pour nous épouvanter à jamais. Comment ne pas avoir une sueur froide dans le dos à la seule pensée que ces assassins visent le pouvoir, qu'ils instaureraient leur « ordre établi » à la manière dont ils viennent de traiter Pierre Laporte ?»

Le Soleil (Québec, Canada), 19 octobre 1970, p. 4.

Roger Massip, « Dans le cercle de la violence »

«...Les « indépendantistes » de René Lévesque, qui sont pourtant des modérés, n'ont même pas obtenu 25% des voix lors des élections du printemps dernier, alors que le Parti libéral de Robert Bourassa, l'actuel premier ministre du Québec, partisan du maintien de la province francophone dans la Fédération, obtenait un net succès auprès des électeurs. Le F.L.Q. en a conclu que le meilleur moyen de réveiller une opinion engourdie ou indifférente était la violence. On ne trouve pas d'autre explication des récents enlèvements. Quant au crime comme samedi, il apparaît comme la conséquence logique du rapt dès lors que le gouvernement d'Ottawa et celui du Québec, en adoptant l'attitude énergique que l'on sait, plaçaient les ravisseurs devant un choix cruel : ou bien capituler devant l'ultimatum et perdre la face, ou bien mettre leurs menaces à exécution au risque de se discréditer aux yeux de la grande majorité des citoyens du Québec. Il est clair, en tout cas, que les responsables du drame qui vient de plonger le Canada dans la consternation ont commis un certain nombre d'erreurs et que celles-ci les conduisaient inéluctablement au geste irréparable.»

Le Figaro (France), 19 octobre 1970, p. 1.

Jean-Marie Domenach, « Un nouveau terrorisme »

«...Alors qu'un grand parti, le P.Q., s'est révélé coupable d'exprimer les aspirations nationales, alors que des possibilités s'offrent à la population de reprendre en charge son destin, le terrorisme n'est aucunement un moyen de rendre la parole à une masse anesthésiée. Tout au contraire, il l'inhibe et l'écoeure, il la pousse à se réfugier dans les illusions et les démissions qu'il faudrait combattre (...) Il la détourne de sa prise de conscience et, loin de rendre la parole au peuple, il vole leur parole et leur action à ceux qui luttent en responsables pour la cause du peuple. La prise et l'assassinat d'otages sont des actes ignobles. Leur seule efficacité, c'est les gouvernements d'Ottawa et de Québec qui la leur ont donnée en se lançant dans une répression absurde (...) Mais ces abus ne sauraient justifier après coup une forme de terrorisme intolérable pour ce qu'on osait appeler autrefois la conscience humaine. Allons-nous nous résigner à ce que les grandes causes soient compromises par les maniaques et les sophistes de la violence ?»

Esprit (France), décembre 1970, p. 936.

S.A., « The Work of Cowards »

«...It is sad, Mr. Laporte, who now lies murdered, was one of the group of Quebeckers who first sincerely tried to correct the injustices in Quebec which the FLQ has used as bait to tempt the Quebec people to espouse anarchy as a solution. During the feudal days of the late Quebec Premier Maurice Duplessis, he was one of the few journalists (...) who dared to cross swords regularly with the despot. In those days, and later as a member of the Liberal reform Government, he was keenly aware and vocal about the iniquities under which the mass of the Quebec people lived. He was never a separatist, but he was also always a Quebecker who saw that basic reforms, not mere sloganeering, were essential (...) Governments in Quebec in which Mr. Laporte was a prominent part have done a great deal to realize, by democratic means, the reforms he called for. Those who killed him wish to dispose of democracy by force, and put in its place a brutal and absolute tyranny. This is why we do not think there are many Canadians, either, who would have the Government now go one inch further to meet the demands of these murderers.»

The Globe and Mail (Canada), 19 octobre 1970, p. 6.

S.A., « Murder as a Political Act »

«...Those who have criticized Mr. Trudeau, the federal Prime Minister, for "over-reacting" by invoking the War Measures Act, may be afraid of such an outcome. They fear that it may be counter-productive, not just by abridging individual liberties, but by driving together the revolutionaries who are being hunted and the moderate or constitutional separatists, who may now be seized for questioning without benefit of habeas corpus. Political crimes are thus created. Convinced separatists, feeling badly let down by the F.L.Q. terrorists, may well be ready to clutch at any sad excuses of persecution to extenuate their conduct. The F.L.Q. no doubt hopes for such a development to "radicalise" the moderates. Mr. Trudeau and his colleagues, however, had reached the point at which they found themselves parleying with a budding insurrection. It proved to be a violent movement which, however small, the federal and provincial police (who have a great reputation in Canada for efficiency) had underestimated or failed to contain, and the negotiations soon showed that the demands of this group are an unconditional stand-and-deliver. The federal and provincial governments decided to stamp it out before it became uncontrollable.»

The Times (Royaume-Uni), 19 octobre 1970, p. 11.

Gouvernance et gouvernement [ 5 octobre 1970 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Canada
ÉlevéRoland MichenerPierre Elliott Trudeau

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1965 - 1975



novembre
1965
Réélection au Canada du Parti libéral de Lester B. Pearson

novembre
1965
[Résultats] Élections législatives

avril
1967
Ouverture d'une Exposition universelle à Montréal

juillet
1967
Discours controversé du président français Charles de Gaulle à Montréal

juin
1968
Élection au Canada du Parti libéral de Pierre Elliott Trudeau

juin
1968
[Résultats] Élections législatives

octobre
1970
Déclenchement de la crise d'octobre au Québec

octobre
1972
Réélection au Canada du Parti libéral de Pierre Elliott Trudeau

octobre
1972
[Résultats] Élections législatives

juillet
1974
Réélection au Canada du Parti libéral de Pierre Elliott Trudeau

juillet
1974
[Résultats] Élections législatives


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