Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 décembre 2018

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28 juin 1948

Expulsion du Parti communiste yougoslave par le Kominform

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Josip Broz (Tito)

Le journal tchécoslovaque Rude Pravo rend publique la décision du Kominform d'expulser de ses rangs le Parti communiste yougoslave (PCY). Cette nouvelle révèle les tensions qui opposent depuis quelque temps les appareils politiques soviétiques et yougoslaves.

La nouvelle parue dans le Rude Pravo constitue une certaine surprise dans le monde occidental où peu de gens soupçonnent l'ampleur des divergences qui existent entre Belgrade et Moscou. Au cours des derniers mois, les relations se sont détériorées entre les deux capitales. En mars 1948, le leader soviétique Joseph Staline a rappelé ses conseillers militaires et ses experts civils en Yougoslavie pour protester contre le traitement qui leur était réservé. L'esprit d'indépendance manifesté par les Yougoslaves et leur dirigeant, le maréchal Tito (Joseph Broz), est au coeur de cette décision. Tout en reconnaissant le rôle capital du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS), Tito veille à ce que l'appareil politique yougoslave conserve son autonomie face au PCUS. En réaction au geste de l'URSS, le comité central du PCY procède à l'éviction d'éléments jugés trop inféodés à Moscou. Le 28 juin, le Bureau d'information des partis communistes et ouvriers (Kominform) condamne publiquement l'attitude du PCY et annonce qu'il l'expulse de ses rangs, dénonçant les éléments nationalistes qui y ont pris une position dominante au cours des derniers mois. La nouvelle révèle au grand jour l'ampleur du différend qui secoue le monde communiste. À cette pression politique, s'ajoutent des pressions économiques. Elles ne réussissent toutefois pas à faire fléchir le PCY qui demeure fidèle à Tito. Cette ligne est confirmée lors du Congrès du parti qui se déroule à Belgrade, en juillet.

Pour en savoir plus: Sur la question nationale et le patriotisme social

Dans les médias...


François Goguel, « Tito, ou les surprises de l'histoire »

«...il est manifeste que Tito a de grandes ambitions, et la Yougoslavie est fort capable de faire preuve d'un nationalisme virulent. Il se peut que Tito ait songé à profiter des difficultés que rencontre l'U.R.S.S. en Europe centrale pour essayer de constituer autour de Belgrade une Fédération danubienne assez puissante économiquement et militairement pour assurer son indépendance, tant à l'égard de Moscou qu'à l'égard de Washington, par une politique d'équilibre. Qu'une telle politique doive à la longue réussir, on en peut douter. Mais qu'elle puisse être essayée, rien de plus vraisemblable, d'autant plus que l'incompréhension si souvent manifestée par Washington à l'égard des affaires européennes pourrait conduire les Etats-Unis à aider une telle Fédération dans ses premiers pas, en vertu de l'idée simpliste que quiconque se dresse contre Moscou devra tôt ou tard renoncer au communisme. Je suis pour ma part porté à croire que telle est la raison véritable de la condamnation portée par le Bureau d'information contre Tito : car si vraiment le Bloc oriental était sérieusement menacé de désagrégation, mieux valait faire la part du feu, sans tarder, pour éviter que la contagion ne s'étendit - et cela quel que fût l'encouragement que cette rupture spectaculaire devait apporter à ceux qui préconisent en Occident une politique ferme à l'égard de l'U.R.S.S. »

Esprit (France), août 1948, p. 247.

Jean Schwoebel, « La disgrâce de Tito prélude-t-elle à la mise au pas de la Yougoslavie ? »

«...S'il est bien certain que l'intervention brutale de Moscou vise à assujettir étroitement et rapidement la Yougoslavie à la politique soviétique, il reste que ce résultat ne sera probablement pas atteint sans grandes difficultés ni troubles sérieux. La mise au pas de la Yougoslavie ne se présente pas comme les mises au pas précédentes de la Roumanie, de la Tchécoslovaquie, etc... Il ne s'agit pas ici d'opposition de partis bourgeois démunis de tous moyens de défense, il s'agit d'un homme tenant solidement en main la police et l'armée et jouissant d'un immense prestige auprès de ses partisans. Le maréchal Tito peut donc résister aux injonctions de Moscou, si les armées rouges n'interviennent pas. Il vient de réfuter point par point les accusations du Kominform et semble donc s'engager sur la voie de la résistance. Il y a pourtant de fortes chances qu'il soit obligé un jour de composer. Il paraît difficile qu'il puisse rester longtemps en porte à faux entre l'Ouest et l'Est, et privé radicalement du soutien soviétique. Comment pourrait-il accepter de renier ses idées et son passé en s'appuyant sur les démocraties occidentales, dont il ne peut d'ailleurs espérer qu'elles favorisent ses revendications territoriales aux dépens de l'Autriche et de l'Italie ? »

Le Monde (France), 1e juillet 1948, p. 2.

G.F., « Les crabes dans le panier »

«...Les événements qui se produisent de ce temps-ci derrière le rideau de fer démontrent que le communisme n'a pas réussi à créer la grande fraternité humaine. Il promettait l'égalité de tous les hommes par-dessus les frontières et les langues. Or on constate aujourd'hui qu'il y a dans le coeur des hommes des sentiments indéracinables : la fierté nationale, l'ambition, le désir de puissance. Tito est aussi communiste que Staline. Ce qui a allumé le brandon de la discorde entre les deux hommes semble bien être le sentiment national : Staline est plus russe que communiste; Tito est plus yougoslave que communiste. Ceux qui enseignent que l'avènement du communisme international mettrait fin aux guerres, réconcilierait tous les peuples dans une grande fraternité internationale, s'abusent étrangement. La mystique républicaine de 1789 exprimée dans les trois mots : liberté, égalité, fraternité, devait, elle aussi, apporter au monde une ère de paix. Pourtant elle a produit autant de guerres et d'aussi cruelles que les monarchies absolues qui l'avaient précédée. Le communisme, fondé strictement sur des appétits matériels, sera générateur de conflits d'une insondable brutalité. Le ton de la conversation entre la Yougoslavie et les autres pays communistes donne une idée de l'aménité des relations internationales dans une civilisation communiste. On connaîtra la fraternité des crabes dans le panier. »

Le Devoir (Québec, Canada), 5 juillet 1948, p. 1.

S.A., « Tito Called to Account »

«...Nothing so seemingly unlikely has happened for a long time, and nothing so destructive of Communist unity since the expulsion of Trotsky by the Bolshevists. Just how serious the conflict of view had become, and how resolved the Russian leaders are that they shall call the tune in eastern Europe, may be seen from the astonishing vigour and bitterness of the announcement made in Prague yesterday. (...) Here is a crushing blow at the prestige of a party which, so far as the western world could see, has served the Communist cause only too well and faithfully, and at the power and authority of men who are notoriously proud and self-confident. Its repercussions are certain to be many and immediate. It is hard indeed to see how the present leadership in Yugoslavia can survive. Once again the Russians have shown the lengths to which they will go to ensure the meticulous execution of their long-considered and far-reaching design for Europe. »

Times (Royaume-Uni), 29 juin 1948, p. 5.

Gouvernance et gouvernement [ 28 juin 1948 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
FaibleNikolai ChvernikJoseph Staline

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1944 - 1953



octobre
1945
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

juillet
1946
Début d'une famine en Union soviétique

octobre
1947
Annonce de la fondation du Kominform

juin
1948
Expulsion du Parti communiste yougoslave par le Kominform

août
1949
Explosion d'une première bombe atomique par l'Union soviétique

mars
1953
Décès du leader soviétique Joseph Staline


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