Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 août 2017

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17 juillet 1979

Démission du président du Nicaragua, Anastasio Somoza Debayle

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Daniel Ortega

La progression des troupes du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) incite le président Anastasio Somoza Debayle à démissionner et à se réfugier aux Etats-Unis. Une junte, dirigée par Daniel Ortega, assumera le pouvoir à partir du 20 juillet.

Fils de l'ancien président Anastasio Somoza, qui a dirigé le Nicaragua de 1937 à 1956, Anastasio Somoza Debayle règne lui aussi de façon autoritaire sur le pays à partir de 1967. La corruption du régime suscite cependant une contestation croissante. Appuyé par les paysans, les ouvriers et des citoyens désabusés par la dictature, le FSLN multiplie les coups d'éclat au cours des années 70. À partir de bases établies au Costa Rica et au Honduras, il se livre à des actions de guérilla. Une offensive d'envergure, déclenchée au printemps 1979, et une grève générale, accentuent la pression sur Somoza qui perd graduellement ses appuis sur la scène internationale. Il démissionne finalement le 17 juillet et quitte le pays. Une junte de cinq personnes, dirigée par Daniel Ortega, prend le pouvoir le 20 juillet. Au sein du groupe, on retrouve Violeta Barrios de Chamorro, la veuve de l'ex-directeur du journal La Prensa, Pedro Joaquin Chamorro, un opposant à Somoza assassiné en 1979. D'inspiration marxiste, le FSLN se propose de procéder rapidement à des expropriations et des nationalisations. Cette orientation, combinée aux sympathies des sandinistes pour les régimes de gauche, inquiète le gouvernement américain qui adoptera éventuellement un embargo contre le Nicaragua en plus d'appuyer les rebelles Contras. Un long travail de reconstruction s'annonce pour les dirigeants du pays qui a été sérieusement éprouvé par la guerre.

Dans les médias...


Édouard Bailby, «La revanche castriste»

«...Les combattants ne sont guère enclins au compromis. Les révolutionnaires dominent la junte, même si le gouvernement provisoire fait une large part aux libéraux. Trois de ses cinq membres ne cachent pas leurs sympathies castristes. L'un d'eux (...) déclarait récemment qu'après la Libération «les partis politiques interrompront momentanément leurs activités, mais on renforcera les syndicats et les organisations populaires». Plus «modérés», Alfonso Robelo Callyas, ingénieur formé aux États-Unis, et la veuve de l'ancien directeur de «La Prensa», Violetta Chamorro, n'en tiennent pas moins un langage surprenant : «Nous n'envisageons pas d'élections dans l'avenir immédiat», déclare Mme Chamorro. À l'intérieur du Front, trois courants se dessinent : castristes, maoïstes et tiers-mondistes non-alignés. Lequel dominera demain ? Fidel Castro, de toute manière, peut savourer sa revanche. Il menace aujourd'hui les États-Unis d'un nouveau Cuba. Déjà, les militaires au pouvoir, au Salvador, au Honduras et au Guatemala, tournent des regards inquiets vers Washington. Beaucoup plus au sud, dans le lointain Paraguay, le général Alfredo Stroessner, doyen des dictateurs latino-américains, est, lui aussi, menacé. L'Amérique latine secouée par le castrisme ? La réponse est à Managua.»

L'Express (France), 28 juillet 1979, p. 32.

Pierre Gardel, «Sandino contre Somoza»

«...En détournant à son profit l'aide internationale reçue après le grand tremblement de terre de 1972, puis en assassinant Pedro Joaquin Chamorro, leader de l'opposition bourgeoise (10 janvier 1978), la dictature a refait l'unanimité contre elle. Après la mort de Chamorro, la bourgeoisie marque son opposition, notamment par une grève générale. Les terceristas servent de lien entre elle et les sandinistes. Les deux autres tendances poursuivent leur travail souterrain. En juillet 1978 est créé un Front ample d'opposition (qui regroupe des partis traditionnels et des centrales syndicales), puis le mouvement peuple uni, une coordination des organisations populaires de quartiers, d'étudiants, etc. La complémentarité est totale, si l'accord n'est pas toujours parfait. Tel est le tombeur de l'inamovible Somoza : un front qui accepte les tendances sans pour autant les traduire en scissions qui affaibliraient l'ensemble. Après la victoire, tout ne sera pas aussi simple. Surtout si l'on tient compte des ambitions personnelles du tercerista le plus en vue, Eden Pastora. Certains lui reprochent son idéologie des plus floues, son penchant pour les poses romantiques et les conférences de presse à la première personne. Sa réussite militaire n'ayant pas été remise en cause, Eden Pastora occupe toujours le devant de la scène. Quel rôle jouera-t-il ? »

Jeune Afrique (France), 18 juillet 1979, p. 23.

Bertrand de la Grange, «Après le départ du général Somoza»

«...Au moment où les négociations battaient leur plein au Costa-Rica et au Venezuela, le général Somoza jouait sa dernière carte en se rendant au Guatemala pour conférer avec les dirigeants de ce pays, du Salvador et du Honduras, tous trois membres, avec le Nicaragua, de l'organisme de défense centro-américain : le CONDECA (...) Souvent incapables de s'entendre entre eux (le Honduras et le Salvador se sont même affrontés militairement en 1969), les trois pays suivent avec inquiétude l'évolution de la situation mais ont sans doute fait savoir au général Somoza qu'il ne leur était plus possible de le soutenir militairement. On peut même penser que le général Lucas, président du Guatemala, a été obligé de dire au général Somoza qu'il ne pouvait pas lui offrir l'asile politique. Ce serait en effet le meilleur moyen d'accélérer la chute de la dictature guatémaltèque. Le général Somoza est donc allé, à contre-coeur, rejoindre le club des dictateurs latino-américains en exil, à Miami.»

Le Devoir (Québec, Canada), 18 juillet 1979, p. 4.

S.A., «Somoza on the Brink»

«...Whatever the composition of a post-Somoza government, it will inherit a ravaged country. Nicaragua today is a wasteland plagued by food shortages and looting, and only time and hundreds of millions of dollars will revive it (...) The human toll makes the civil war even more tragic : Red Cross sources estimated that deaths could run as many as 15,000; there are about 600,000 homeless, living in overcrowded refugee centers in cities or camping out in the countryside (...) Junta Member Ramirez estimates that the provisional government will stay in power for two to five years, «the time it takes to establish the basis of a genuine democratic development in Nicaragua.» Most of the junta's other prescriptions for the country are vague, save for one pledge repeated over and over by rebel leaders : the lands and holdings of the Somoza family in Nicaragua, estimated at up to $500 million, will be confiscated and administered by the new government.»

Time (États-Unis), 16 juillet 1979, p. 23.

Gouvernance et gouvernement [ 17 juillet 1979 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Nicaragua
FaibleFrancisco Urcuyo Maliaños

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1974 - 1984



décembre
1974
Émergence du Front sandiniste de libération nationale au Nicaragua

janvier
1978
Assassinat de l'homme politique nicaraguayen Pedro Chamorro

août
1978
Assaut des rebelles sandinistes sur l'Assemblée nationale au Nicaragua

juillet
1979
Démission du président du Nicaragua, Anastasio Somoza Debayle

janvier
1981
Création des Contras au Nicaragua

novembre
1984
Élection de Daniel Ortega à la présidence du Nicaragua


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