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26 février 1961

Décès du roi du Maroc, Mohammed V

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hassan II

Dans les jours qui suivent la mort du roi Mohammed V ben Youssef, son fils, le prince Moulay Hassan, est couronné roi du Maroc à Rabat. Le règne du roi Hassan II durera jusqu'en 1999, soit plus de 38 ans.

En 1955, les violences précédant l'accession du Maroc à l'indépendance forcent le prince Moulay Hassan à s'exiler en Corse et à Madagascar avec son père. Leur retour, en novembre 1955, est triomphal. Une fois l'indépendance acquise, en mars 1956, le roi Mohammed V nomme Moulay Hassan chef d'état-major des forces armées royales. En 1957, Moulay Hassan est officiellement proclamé prince héritier et le titre royal de sultan est changé pour celui de roi. Le 3 mars 1961, Moulay Hassan devient le roi Hassan II, à la suite de la mort subite de son père des suites d'une intervention chirurgicale bénigne. Hassan II, 31 ans, poursuit les desseins politiques de son père, mort à l'âge de 51 ans. En tant que roi du Maroc, il détient l'autorité civile et religieuse suprême. En 1962, Hassan II promulgue une nouvelle Constitution à sa mesure qui écarte du pouvoir le parti Istiqlal, principale formation politique du Maroc. En 1965, la situation économique et la contestation des politiques sociales entraînent une vague de répression. Des émeutes éclatent à Casablanca et l'état d'exception est décrété pour cinq ans. Entre 1971 et 1973, le roi échappe de justesse à trois tentatives de coups d'État orchestrées par l'armée marocaine. En 1975, la « marche verte », entamée par Hassan II pour l'intégration du Sahara, lui permet de redonner une certaine unité au pays tout en développant le culte de sa personnalité.

Dans les médias...


Jean Lacouture, « De Mohammed V à Hassan II »

«...On ne saurait résumer en quelques phrases l’extraordinaire existence de Sidi Mohammed Ben Youssef : celle d’un roi timide qui, mi-atavisme mi-influence d’un entourage jeune et entreprenant, voulut reconquérir la réalité du pouvoir, et que ses adversaires en l’exilant, couronnèrent. Celle d’un homme des temps passés, pieux, attaché aux traditions les plus déconcertantes, autocrate par tempérament, imbu de théocratie, qu’une profonde intelligence et le flux de l’histoire portèrent à s’identifier aux mouvements révolutionnaires, et qui en vint à incarner la nation marocaine, au point que patriotisme se traduisit par yousséfisme. Celle aussi d’un souverain tenu dans la tutelle la plus étroite, et qui libéra son pouvoir et émancipa son peuple avec un acharnement subtil [...] Depuis dix ans sa vie et son règne ont été tendus vers un objectif presque unique : la fin de la pesante tutelle française, le dégagement d’une véritable souveraineté marocaine. Maintenant ce but est atteint. »

Le Monde (France), 28 février 1961, p. 3.

Marcel Hayoul, « Le Maroc devant le maghreb »

«...D’ailleurs le fond, c’est-à-dire l’évolution profonde de la politique marocaine, n’a jamais été le fruit d’une décision du roi mais bien la conséquence de constatations fatales que Mohammed V a dû faire. Entre le père et le fils [Hassan II] il y a les différences qu’il y a entre un père et un fils. Surtout lorsque le père a connu les difficultés du protectorat, les trahsions dont certains milieux politiques français l’ont abreuvé et les dures déceptions de l’indépendance tandis que le fils, diplômé des facultés de droit françaises est avide d’exercer le pouvoir et de jouir des privilèges qu’il donne tout en montrant très jeune qu’il est le digne descendant du grand Hassan dont son père a voulu qu’il porte le nom. Les nuances sont dans l’approche des problèmes et non dans la recherche des solutions à leur donner. Il n’est pas indécent de dire au lendemain d’une disparition qui fit naître beaucoup d’éloges que Mohammed V n’était pas le grand esprit politique que certains veulent faire de lui aujourd’hui, mais un homme qui sut avec une habileté et une prudence extrêmes tirer parti de l’auréole que la maladroite politique du protectorat lui a donnée auprès de son peuple. »

La Revue nouvelle (Belgique), mars 1961, p. 384-385.



«...Il ne suffit pas que la succession au trône soit assurée pour que soit préservée la stabilité fut-elle de façade – dont Mohamed V était le symbole. Préparé à régner par le maréchal Lyautey, recevant du protectorat français un État moderne que sa position géographique et ses ressources auraient mis à même de jouer un rôle important, Mohamed V avait sans doute oublié tout ce qu’il devait à la France. Et c’est dans la progression des mesures anti-françaises qu’il faut voir la raison majeure de l’anarchie qui ravageait l’empire chérifien. Il n’en reste pas moins que par son rôle religieux, sa dignité de commandeur des croyants, comme par une adresse politique indéniable, Mohamed V constituait la dernière barrière à la dislocation de son pays. Hassan II, nouveau souverain, ne bénéficie pas au départ des atouts de son père. [...] On conçoit donc que le monde entier n’ait qu’une réaction après la mort de Mohamed V, l’inquiétude. »

Le Parisien libéré (France), 27 février 1961.

S.A., « Morocco : the Way to the Throne »

«...Mohammed, though recently prone to hypocondria, was in good health and enjoyed life with his two wives and an estimated 28 concubines. Yet last week, swiftly and unexpectedly, he died of heart failure at the age of 51, after minor surgery to clear a passage in his nose. [...] Last week, the unanswered question was how Hassan would rule. His father was a benevolent autocrat who had authorized a « consultative » assembly in 1956 but had never permitted national elections. He chose his own Premiers, who were responsible only to him. But he was hailed as the man whose stubborn resistance wrested Moroccan independence from the French, widely admired as a devoted family man, revered by the devout as the spiritual head of the Malikite Sunni Moslems. Son Hassan does not inherit the instinctive respect his father commanded. »

Time (édition canadienne), 10 mars 1961, p. 27.

Gouvernance et gouvernement [ 26 février 1961 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Maroc
FaibleHassan II ben MohammedHassan II

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1956 - 1966



mars
1956
Signature d'une déclaration commune reconnaissant l'indépendance du Maroc

novembre
1956
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

juin
1958
Fin du conflit d'Ifni entre le Maroc et l'Espagne

février
1960
Tremblement de terre d'Agadir, au Maroc

février
1961
Décès du roi du Maroc, Mohammed V

mai
1963
[Résultats] Élections législatives

juin
1965
Promulgation de l'état d'exception au Maroc


Dans l'actualité


novembre
2016
Maroc : la popularité du PJD confirmée aux élections législatives de 2016

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2015
Sahara occidental: la conquête de l'Ouest

mars
2014
La longue marche vers l'émancipation économique des femmes

octobre
2011
Maroc : des élections à la sauce référendaire

novembre
2010
La démocratie au Maroc : entre tradition et modernité

novembre
2008
Aminatou Haïdar reçoit le prix Robert F. Kennedy

novembre
2007
Crise diplomatique entre l'Espagne et le Maroc

septembre
2007
Élections au Maroc : entre progrès démocratique et désillusion

novembre
2005
La Marche verte a eu 30 ans


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