Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

14 novembre 2018

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30 octobre 1983

Premières élections libres après la dictature militaire en Argentine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Raul Alfonsin, du parti de l'Union radicale civile (URC), est élu président de l'Argentine avec 52 % des voix. Son parti obtient également la majorité des sièges au Congrès lors d'élections qui annoncent le retour de la démocratie dans un pays dirigé par un régime militaire depuis près de huit ans.

Le 23 juin 1982, le président militaire de l'Argentine, Reynaldo Benito Bignone, déclare que l'Argentine a été dirigée par un « régime anormal » depuis le coup d'État du 24 mars 1976 et promet de tenir des élections libres. Bignone cède à une forte pression populaire causée par une grave crise économique, des protestations de plus en plus vives sur la question du respect des droits humains et la capitulation de l'armée dans la guerre des Malouines qui a opposé l'Argentine au Royaume-Uni entre mars et juin 1982. Aux élections du 30 octobre 1983, Raul Alfonsin obtient la majorité au collège électoral présidentiel avec 318 sièges contre 258 pour le candidat péroniste Italo Luder, sur un total de 600. Alfonsin devient le premier président civil après la dictature. Sa victoire met fin à une domination péroniste de plusieurs décennies sur la politique intérieure argentine. De plus, au Congrès, l'URC gagne 129 sièges contre 111 pour les péronistes. À la suite de son élection, le président élu demande de devancer son assermentation, prévue pour le 30 janvier 1984, afin de s'attaquer aux problèmes économiques du pays. L'inflation annuelle approche les 1000%. Co-fondateur de l'Assemblée permanente des droits humains de l'Argentine, Alfonsin promet également d'annuler l'amnistie que les militaires s'étaient accordés pour éviter d'être persécutés.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Jean Leclerc du Sablon, « Argentine : la victoire du bon sens »

«...Le bon sens, tout d'abord, a permis à Raul Alfonsin de terrasser le péronisme, le vieux monstre de la politique argentine. Le candidat péroniste à la présidence, Italo Luder, un avocat de 67 ans, avait été choisi en raison de son image modérée, afin d'attirer les voix des électeurs qui auraient pu avoir peur d'un retour aux méthodes brutales du mouvement. Mais ce personnage, à force de modération, risquait de paraître insignifiant. Aussi a-t-on préféré remplacer son portrait, dans les spots publicitaires télévisés, par celui du général Peron. Avec un slogan : « Votez Peron ». « Si vous votez Peron, qui gouvernera ? » ironise Alfonsin. Peron, en effet, est mort en 1974. Un détail dont ont pris conscience les électeurs en se disant qu'il était temps de l'enterrer. Italo Luder a obtenu le même nombre de voix que, en 1973, Hector Campora, qui ne se fit élire que pour donner la présidence à Peron, alors exilé en Espagne. À cette époque, ce score représentait plus de 60% des suffrages (contre 24% aux radicaux). Aujourd'hui, à peine 40%. Sur les 18 millions d'électeurs actuels, près de 6 millions votaient pour la première fois. Ces jeunes ont donné leur préférence au Parti radical, le plus vieux parti de l'histoire politique argentine. »

Le Nouvel Observateur (France), 11 novembre 1983, p. 64.

Jean-Claude Leclerc, « L'Argentine démocratique »

«...Devant un résultat électoral aussi net, la transition devrait se faire sans secousse, non seulement quant à l'armée, mais aussi quant aux autres partis. Le candidat péroniste défait, Italo Luder, avait déjà proclamé que la présidence devrait appartenir à celui qui aura remporté le plus grand nombre de voix. Ses troupes, ahuries par la défaite, sont invitées par le vainqueur à « mûrir » politiquement, à prendre au sérieux leur rôle d'opposition, voire à participer à un éventuel cabinet d'unité nationale. Si les péronistes jouent le jeu de la démocratie et que le nouveau gouvernement réussit à faire face aux problèmes qui accablent le pays, l'élection du 30 octobre aura été un événement historique, non seulement pour l'Argentine, mais pour la communauté internationale. Mais nul n'en est encore assuré. L'héritage laissé par huit années de dictature militaire est écrasant. Une nation humiliée par la défaite des Malouines, ruinée par l'inflation et la crise économique, endettée pour $40 milliards, une société meurtrie et divisée par des années de meurtres politiques et de disparitions, ne saurait changer de régime aussi doucement qu'on change de gouvernement dans une démocratie libre « normale ». »

Le Devoir (Québec, Canada), 1e novembre 1983, p. 12.

Steven Strasser et al., « A Victory for Democracy »

«...He succeeded by confronting the right-wing generals and Peronists head on, lumping them together in an alleged conspiracy of autocratic interests. Argentines responded with a floodtide vote against years of police terror that left at least 6,000 people « disappeared »; against the humiliating defeat of the Falkland Islands; against economic mismanagement that has pushed the country nearly $40 billion into debt - and for Alfonsin's simple promise of change, competence and freedom. Although Alfonsin is not scheduled to take power until next month, his incoming government has already signaled its intention to tame Argentina's armed forces. A long-time opponent of military rule, he was one of the few Argentine politicians to criticize the attempt to recapture the Falklands from Britain - an escapade Alfonsin denounced as « military madness ». He also condemned the generals' decision to award themselves amnesty for crimes committed in their brutal « dirty war » against domestic leftists. The civilians in waiting intend to review all the evidence on the military rulers. »

Newsweek (États-Unis), 14 novembre 1983, p. 72.

Gouvernance et gouvernement [ 30 octobre 1983 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
IntermédiaireReynaldo Benito Bignone Ramayón

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1978 - 1988



août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

avril
1982
Invasion des îles Malouines/Falkland par l'Argentine

octobre
1983
Premières élections libres après la dictature militaire en Argentine

octobre
1983
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
1983
[Résultats] Élections législatives

novembre
1985
[Résultats] Élections législatives

septembre
1987
[Résultats] Élections législatives


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