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24 janvier 1960

Début de la semaine des barricades en Algérie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jacques Massu

Dans son discours du 16 septembre 1959, le président français Charles de Gaulle reconnaît le droit à l'autodétermination de l'Algérie par voie de référendum. Cette déclaration soulève l'inquiétude des partisans de l'Algérie française qui expriment leur colère le 24 janvier après le rappel à Paris du général Jacques Massu.

Le général Massu occupe de hautes fonctions en Algérie au moment où il exprime, lors d'une entrevue, des critiques à l'endroit de la politique algérienne du président de Gaulle. Son rappel à Paris est suivi par une flambée de violence. Dirigés par le député d'Alger-ville, Pierre Lagaillarde, un ultranationaliste français, des colons européens s'insurgent contre le pouvoir en place et une éventuelle autodétermination algérienne. Le 24 janvier 1960, ils prennent Alger d'assaut. L'état de siège est immédiatement déclaré par le général Maurice Challe, commandant suprême d'Algérie, qui ordonne d'augmenter la garnison d'Alger pour mater la rébellion. Le lendemain, le président de Gaulle condamne le soulèvement depuis Paris. Les insurgés, massés derrière des barricades, prennent le contrôle d'Alger le 28 janvier. Mais le mouvement s'essouffle. Le 1er février, le soulèvement s'effondre. Les contestataires se rendent et leurs principaux leaders sont envoyés en prison à Paris. En France, De Gaulle réaffirme sa position sur le droit à l'autodétermination de l'Algérie. Les 2 et 3 février, l'Assemblée nationale française, lors d'une session extraordinaire, lui accorde même des pouvoirs spéciaux qui lui permettront de gouverner par décrets pendant un an. Ses opposants continueront toutefois le combat, notamment au sein de l'Organisation armée secrète (OAS), qui aura recours à la violence à partir de 1961.

Pour en savoir plus: Discours du président français pendant la semaine des barricades

Dans les médias...


Marcel Péju, «Fin du mythe gaulliste»

«...Ainsi n'aura-t-il fallu qu'un mois pour découvrir la vraie signification de la «semaine d'Alger» : celle d'une faillite radicale du gaullisme. Il n'était pourtant pas besoin, pour cela, d'attendre la fin de l'aventure; son déclenchement suffisait. De Gaulle avait attribué à la faiblesse du «système» la révolte du 13 mai. Or, le système était mort. Depuis un an et demi, lui, de Gaulle, régnait sans partage; il avait changé la Constitution, refait l'État, rendu au pouvoir sa légitimité et son prestige. Et voici qu'en quelques heures, il se retrouvait dans la même situation que n'importe quel ministère de la IVe République. Révolte d'Alger, complaisance de l'armée, panique des responsables jusque dans les conseils du gouvernement : le 13 mai recommençait. Plus grave, même : non seulement parce qu'il y avait des morts, que les insurgés étaient mieux organisés, mieux armés. Mais parce que l'Armée avait appris dans l'intervalle, grâce à de Gaulle précisément, qu'elle pouvait désobéir impunément. Jusqu'alors, elle n'en était pas si sûre (...) il eût fallu que De Gaulle ne leur fournît pas, en intervenant (le 13 mai), la «justification» dont ils doutaient encore. En acceptant de tenir son pouvoir du coup d'Alger, il légitimait d'avance, fut-ce à ses dépens, toute révolte future.»

Les Temps modernes (France), février-mars 1960, pp. 1157-1158.

Pierre-Henri Simon, «Les chances de la paix»

«...Malheureusement ce qui est gagné quant à la meilleure compréhension de l'armée et du gouvernement est perdu quant aux chances d'un éventuel dialogue du F.L.N. et de la France. De ce côté, le choc psychologique favorable qu'avait produit le vocabulaire de l'autodétermination risque d'être amorti, et sur ce point les insurgés d'Alger ont peut-être moins perdu leur bataille qu'il ne paraît. Cependant, sous un autre aspect, les chances de la paix peuvent s'être améliorées. La folle aventure des ultras les a déconsidérés et décapités; elle a soudé plus étroitement la nation française à de Gaulle, et donné à celui-ci une étendue de prestige et d'autorité qui lui permet de gouverner comme il l'entend; par conséquent du principe d'autodétermination, affirmé plus solennellement que jamais, il pourra développer les virtualités pacifiques. Mais alors il faudra bien éclaircir la confusion d'un mot qui dresse le plus grave obstacle sur la voie du cessez-le-feu : il faudra s'entendre sur le sens du mot négocier.»

Le Monde (France), 6 février 1960, p. 4.

Casa, «Pleins pouvoirs, faux pouvoirs»

«...On ne saurait trop insister sur le décalage existant entre la situation et les mesures prises. La guerre d'Algérie s'est vue sanctionnée deux ans après son déclenchement, par une loi accordant les pouvoirs spéciaux. Sous l'empire de ces pouvoirs spéciaux qui avaient pour but de gagner la guerre et d'assurer l'ordre, nous avons vu la guerre s'amplifier et l'ordre subir les secousses du 13 mai 1958 et du 24 janvier 1960. L'émeute d'Alger a éclaté, le général a eu le courage, l'énergie et la force d'une part, la malice, la loyauté et la chance d'autre part, nécessaires pour en venir à bout. Ces qualités qui font de lui un homme exceptionnel ont triomphé de cette épreuve limitée. Elles sont toujours affrontées à l'autre épreuve, beaucoup plus vaste et conséquente : la guerre d'Algérie. C'est là que l'attendaient et l'attendent encore ceux qui, le 13 mai 1958, lui ont si aisément passé le pouvoir. C'est là aussi que l'attend le Pays. Car si le général de Gaulle est inoubliable comme l'homme du 18 juin, il sera oublié comme homme du 29 janvier (...) Réprimer l'émeute d'Alger, ou mieux encore la prévenir, n'exigeait pas de faire descendre dans l'arène un grand personnage de l'Histoire de France.»

Esprit (France), mars 1960, pp. 538-539.

André L., «Après l'insurrection algérienne»

«...L'énergie morale du président de Gaulle s'est avérée intacte. Il a parlé en homme d'État. Tout semblait compromis. Des pressions inouïes s'exerçaient sur lui pour qu'il revienne sur sa politique. Ce militaire ne savait plus s'il pouvait compter sur l'armée. Ce nationaliste allait peut-être devoir donner l'ordre de tirer sur des Français. Or son esprit n'a pas vacillé. Il n'a pas reculé d'un pouce. Il a réaffirmé avec la même clarté la politique de l'autodétermination. À aucun moment il n'a accepté de ces arrangements qui semblent sauver l'immédiat et compromettent irrémédiablement l'avenir. La possession de soi était entière, et l'on a pu constater que la noblesse de langage et le côté irrévocable des décisions n'avaient en même temps rien de provocant. Cet homme se meut à son aise dans les situations héroïques. C'est alors qu'il donne sa pleine mesure. Chez lui, la grandeur n'est pas une attitude, mais une manière d'être.»

Le Devoir (Québec, Canada), 3 février 1960, p. 4.

S.A., «France : Longing for Stability»

«...What neither the army nor the settlers had counted upon was that issues which once aroused France's deepest political passion have lost much of their power to do so. In endorsing De Gaulle's return to office, the French were expressing above all their desire for a stable and legitimate government that would allow them to forget the extremes of politics and get on with the job of expanding the prosperous, productive society they had built since World War II. And where Algeria had once been a source of national pride, it now seemed a threat to that hard-won political stability. If the Fifth Republic survived the Algiers insurrection, it would be chiefly because of the historic speech -a magnificient retrieve- in which De Gaulle had rallied his countrymen to its defense and the army to its duty. But it would also be because an increasing number of Frenchmen were weary of seeing the life of their country perennially disturbed by storms out of Algeria.»

Time (édition canadienne), 8 février 1960, p. 19.

Gouvernance et gouvernement [ 24 janvier 1960 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireCharles de GaulleMichel Debré

Algérie
Faibleinformation non-pertinenteinformation non-pertinente

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1955 - 1965



octobre
1955
Référendum sur le statut de la Sarre

janvier
1956
Tenue d'élections législatives en France

janvier
1956
[Résultats] Élections législatives

mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives

janvier
1960
Début de la semaine des barricades en Algérie

février
1960
Explosion d'une première bombe atomique par la France

octobre
1961
Manifestation du Front de libération nationale à Paris

janvier
1962
Adoption de la politique agricole commune à Bruxelles

août
1962
Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

octobre
1962
Référendum en France sur l'élection du président au suffrage universel

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne

décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle


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