Début de la guerre Iran-Irak
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Saddam Hussein
Après des semaines d'accrochages militaires à la frontière entre l'Iran et l'Irak, le conflit territorial concernant le fleuve Chatt al-Arab dégénère en une guerre ouverte. Le 22 septembre 1980, les troupes irakiennes envahissent la région iranienne du Khouzistan.
Outre les revendications territoriales, des différends politiques sont également à l'origine du déclenchement de la guerre Iran-Irak. Dans une perspective régionale, les pays arabes producteurs de pétrole voient d'un mauvais oeil la révolution islamique iranienne de 1979 qu'ils considèrent comme un facteur de déstabilisation économique, politique et social. À cela s'ajoute la méfiance de Bagdad envers son voisin iranien qui appuie le groupe irakien chiite Al-Dawa, opposé au gouvernement baassiste de Saddam Hussein. En 1979, la chute du shah d'Iran et l'embargo américain sur les livraisons d'armes, causé par la crise des otages, affaiblissent considérablement l'armée iranienne. À l'opposé, l'Irak est à l'apogée de sa puissance politique et militaire. La situation se dégrade le 17 septembre 1980 lorsque Saddam Hussein dénonce l'accord d'Alger de 1975, prévoyant la libre navigation sur le Chatt al-Arab. Cette position ravive un vieux différend territorial entre les deux pays. Le 22 septembre 1980, Hussein décide de porter un coup décisif à l'ennemi iranien en envahissant le Khouzistan. Cette région riche en pétrole est le théâtre d'affrontements violents entre l'aviation et l'artillerie lourde des deux belligérants. Les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) prôneront la neutralité dès le début du conflit, alors que l'Organisation des Nations unies (ONU) appellera les deux parties à une solution négociée. La guerre durera 8 ans et fera entre 500 000 et 1 millions de morts.
Dans les médias...
François Schlosser, «Un nouveau calife à Bagdad»
«...Prudent, avisé et calculateur, pourquoi a-t-il (Hussein) pris le risque de cette guerre ? D'abord, parce qu'il fallait, de toute manière, pour restaurer l'Irak dans ses dimensions historiques, lui rendre ces petits bouts de territoire que le chah d'Iran, quand il était au sommet de sa puissance, lui avait arrachés. Ensuite, parce que le nouveau régime islamique de Téhéran, depuis des mois, appelait les chiites irakiens à la révolte. C'était pour l'Irak, dont la majorité de la population est de rite chiite, un danger mortel. Et sur cette question, Saddam Hussein ne badine pas (...) En prenant ces objectifs à son compte, Saddam Hussein se taille, à coups de canons, un profil de grand dirigeant arabe, tout en réalisant sur le terrain son propre dessein national. Reste à savoir si les dirigeants irakiens n'ont pas sous-estimé la capacité de résistance de l'ancien géant militaire iranien. Et si la fortune des armes finit par sourire vraiment à Saddam Hussein, beaucoup dépendra de la manière dont il saura se dégager de cette guerre, c'est-à-dire la terminer.»
Le Nouvel Observateur (France), 29 septembre 1980, p. 24.
Simon Malley, «Comment résoudre le conflit?»
«...Depuis le 22 septembre dernier, une guerre meurtrière, ruineuse, intolérable pour les peuples du tiers monde en général et ceux du Moyen-Orient en particulier fait rage entre l'Irak et l'Iran. Deux pays voisins dont les régimes monarchiques, féodaux et despotes ont été balayés, l'un il y a plus de vingt ans, et l'autre il y a moins de deux ans, pour arracher leurs peuples à l'exploitation, à la misère et à l'oppression imposées par des tyrans soutenus par les puissances colonialistes et impérialistes. Tout aurait dû normalement contribuer à rapprocher ces deux pays dont les forces populaires et progressistes ont été à l'avant-garde de leurs révolutions respectives. Quelle puissance formidable auraient-ils réussi à former dans une des régions stratégiques les plus convoitées du monde, où l'impérialisme n'a cessé de rechercher des «gendarmes» pour protéger ce qu'il prétend être ses intérêts vitaux, c'est-à-dire ses sources de ravitaillement en pétrole! (...) Mais hélas, ici, c'est le nationalisme chauvin entretenu par des slogans qui dénaturent la religion musulmane, lancés pour justifier le maintien de la politique de force utilisée par le chah d'Iran. Et là, c'est la crainte des intentions, qu'on soupçonne belliqueuses, du voisin, parce qu'il refuse de dénoncer l'expansionnisme et l'annexionnisme adoptés par l'ancien chah d'Iran à l'égard de l'Irak et des autres émirats du Golfe..»
Afrique-Asie (France), 27 octobre 1980, p. 17.
Yves Cuau, «Iran-Irak : la guerre jusqu'où?»
«...Guerre totale ou pas, Bagdad crée une situation nouvelle et terriblement complexe. On voit mal l'Armée irakienne victorieuse s'enfoncer profondément en territoire iranien, même dans ce Khouzistan que les Arabes nomment Arabistan, parce que la moitié de sa population est arabe, de confession sunnite, et qu'elle souffre depuis des siècles de la «colonisation» persane, mais on imagine mal aussi le terrible ayatollah Khomeiny accepter le moindre compromis, malgré les revers évidents de ses troupes. Avec le quart de l'ancienne aviation impériale, la moitié de sa marine et le tiers de ses blindés, il peut encore, sans doute, entraîner tous les États riverains du Golfe et les grands pays industrialisés dans une sorte de suicide collectif. Le drame est que le conflit arabo-persan (le premier conflit au Moyen-Orient dans lequel Israël ne soit pas impliqué) semble irréductible entre ses protagonistes et n'offre actuellement que très peu de possibilités d'intervention aux grandes puissances, malgré la neutralité déclarée de Washington et de Moscou.»
L'Express (France), 4 octobre 1980, p. 34-36.
Bertrand de La Grange, «Le nouveau gendarme du Golfe»
«...il faut signaler le fait que les pays arabes de la région n'ont jamais accepté de gaieté de coeur d'être dominés, ou parfois «protégés», par une puissance non arabe, même si l'Iran appartient au monde musulman. L'Irak pourrait donc devenir un gendarme du Golfe plus acceptable bien que les régimes réactionnaires locaux -la plupart des pays sont dirigés par différents types de monarchie- n'aiment guère l'idéologie baasiste de Bagdad où la dictature s'exerce sous d'autres couleurs et tente même de se cacher derrière une façade démocratique absolument fantaisiste. Le plus grave désaccord entre Bagdad et Téhéran porte cependant sur la nature même de la révolution iranienne. Pour l'Irak, le contenu religieux de cette révolution constitue une grave menace car environ 50% de sa population est chiite, comme les Iraniens. Les dirigeants irakiens ont peut-être volontairement surestimé le risque de contagion dans leur pays mais il n'en demeure pas moins vrai que certains organisations chiites espèrent répéter l'exemple iranien et qu'elles n'hésitent pas à recourir au terrorisme.»
Le Devoir (Québec, Canada), 24 septembre 1980, p. 10.
Bob Levin, «Iraq's Ambitious War Aims»
«...According to Iraq, all it hopes to gain from the war with Iran is a long slice of riverbed and a few small patches of dry land. In fact, Iraqi President Saddam Hussein is playing for much higher stakes. After years as a Soviet client and a radical outcast of the Arab world, Hussien is attempting to establish his country as a major, independent power (...) The vacuum is for the filling. Egypt is isolated from the other Arab states by its participation in the Camp David peace process. Syria is bogged down with internal troubles, and Iran, once the policeman of the Persian Gulf, is in turmoil. Iraq is a promising candidate to step into the breach (...) The war with Iran will go a long way toward determining just how successful Iraq will be in its effort to achieve hegemony in the Arab world. Saddam Hussein has chosen his moment well, striking at a time when revolutionary Iran is weak and when not even the two superpowers are willing or able to stop him. But now Hussein must win his war. If he fails, the treacherous currents of Iraqi politics may deprive him of another chance.»
Newsweek (Etats-Unis), 6 octobre 1980, pp. 37-38.
Claudia Wright, «Implications of the Iraq-Iran War»
«...this has been, and remains, much more than «just another war» in the series of regional conflicts that goes back over the last 40 years. It has already left lasting scars and a much more acute sense of the vulnerability, divisions and weakness in the area. To the West, this demonstration can only heighten already intense concern over the stability of oil supplies; to the nations of the region, intensified antagonisms have now arisen that to them will appear central. It is indeed like the pre-1914 series of conflicts and confrontations in the Balkans -with the enormous difference that the Balkans were not then vital in economic terms to the major powers involved there. Overall, it is just conceivable that the war and its aftermath will demonstrate to both superpowers that the risks of fostering alignment within the area may be greater than the benefits. This would be a very thin silver lining. The central conclusion remains that the war has been a disaster for the region, and underlines the continuing precarious dependency of the rest of the world on the Middle East and its future.»
Foreign Affairs (États-Unis), hiver 1980/1981, p. 303.
Gouvernance et gouvernement [ 22 septembre 1980 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
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![]() | Transition | Abolhassan Bani Sadr | Mohammad Ali Rajai |
![]() | Faible | Saddam Hussein at-Tikriti | Saddam Hussein at-Tikriti |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).