Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

23 janvier 2018

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27 mars 1984

Décès du président guinéen Ahmed Sékou Touré

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Sékou Touré

Ahmed Sékou Touré, l'homme qui a conduit la Guinée à l'indépendance, en 1958, s'éteint à l'âge de 62 ans. Une semaine plus tard, le 3 avril 1984, un coup d'État militaire orchestré par Lansana Conté renverse le gouvernement.

Sékou Touré, qui est pressenti pour diriger l'Organisation de l'unité africaine, éprouve un malaise le 25 mars 1984. Transporté d'urgence à Cleveland, en Ohio, il est opéré au coeur mais meurt pendant l'intervention. Quarante jours de deuil national sont décrétés pour honorer sa mémoire. Le corps du défunt est rapatrié en Guinée et ses funérailles ont lieu le 30 mars. Sont présents vingt chefs d'État africains ainsi que le vice-président des États-Unis, George Bush. Selon la Constitution, un nouveau président doit être élu dans les 45 jours suivant la mort de Sékou Touré. Mais le 3 avril, un groupe d'officiers de l'armée, dirigé par Lansana Conté, orchestre un coup d'État et s'empare du pouvoir. Conté suspend la Constitution, dissout le parti unique et impose un couvre-feu. Le lendemain, la junte militaire promet de favoriser la libre entreprise et de respecter les droits humains. Des accusations de racisme et de violations flagrantes des droits humains par le régime précédent servent d'ailleurs de justification au coup. Le 5 avril, le colonel Lansana Conté devient président et crée le Military Committee for National Rectification (MCNR). Composé de 18 membres, il représente les trois principales tribus du pays : Fulani, Malinke et Susu. Conté accélère le virage libéral entreprit par Sékou Touré à la fin de son règne. En 1993, il sera élu président lors d'une élection multipartite.

Dans les médias...


S.A. « La révolution dévoyée »

«...Les traditionnels messages de condoléances ne vont pas manquer de fleurir, mais l'histoire sera sans doute sévère pour l'ancien chef d'État, qui régnait en dictateur sur son peuple depuis qu'il avait osé dire non au général de Gaulle en 1958. Le geste avait de la grandeur, d'autant plus qu'il émanait d'un homme dont la carrière ne permettait pas de prévoir alors la dramatique évolution. Mais Sekou Touré fit un bien mauvais usage de son farouche sens de l'indépendance, brûlant les étapes de l'étatisation de l'économie, quitte à la ruiner totalement, imposant la règle rigide du parti unique, multipliant les épurations parmi ses fidèles à la suite d'innombrables complots dont beaucoup imaginaires, n'hésitant pas à faire assassiner ses adversaires potentiels. S'il y eut une révolution dévoyée en Afrique, c'est bien celle que Sekou Touré avait promise à son peuple il y a vingt-six ans. »

Le Monde (France), 28 mars 1984, p. 1.

Christian Hoche, « Guinée : la relève en kaki »

«...Reste, pour cette armée mal payée et mal équipée, une tâche immense. L'étendue de la ruine économique, morale et culturelle est telle que la « mission de redressement » paraît à l'avance compromise. Déçus et désabusés, les Guinéens ne croient plus à rien. Certes, dans les premières heures du putsch, les militaires ont libéré du sinistre camp Boiro, à l'entrée de la capitale, des dizaines de prisonniers politiques. Et il n'est pas exclu qu'ils invitent la diaspora guinéenne - près de 2 millions de personnes - à rentrer au pays. « Nul ne sera jamais inquiété en Guinée pour ses idées », proclame un document en dix points adopté par le Comité. En outre, les militaires ont déjà affirmé vouloir des réformes de structures et une autre politique monétaire. Enfin, ils se font apparemment les avocats de l'initiative privée et de la libre entreprise. Mais la réponse abrupte des prétoriens aux multiples excès de l'ère Sékou Touré ne résoudra pas, dans l'immédiat, le désastre consécutif à vingt-six ans de dictature. Est-il excessif d'espérer qu'ils ne le prolongeront pas ? »

L'Express (France), 13 avril 1984, p. 48.

Craig Canine, « Banishing a Dictator's Regime »

«...Getting Guinea back on its feet will take considerable doing. Touré drove thousands of political opponents out of the country. Most of the 2 million Guineans in exile left because of a disastrous economy. Despite great natural wealth - including large deposits of bauxite and diamonds - Guinea is one of the world's poorest countries. Under Touré's mismanagement, per capita income dropped to $290 per year. The country was once a food exporter; now it must import substantial quantities. Even businessmen live in dirt-floor shacks, shared with chickens and goats. « The country is totally destroyed, » said Siradiou Diallo, a leader of the opposition against Touré now exiled in Paris. « We must restore calm so Guineans can go back to work and so Guinean businessmen overseas can return. »»

Newsweek (États-Unis), 16 avril 1984, p. 48.

Gouvernance et gouvernement [ 27 mars 1984 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Guinée
FaibleLouis Lansana BeavoguiLouis Lansana Beavogui

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1974 - 1994



août
1977
Révolte des femmes du marché de Conakry, en Guinée

mars
1984
Décès du président guinéen Ahmed Sékou Touré

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1993
Élection de Lansana Conté à la présidence de la Guinée

décembre
1993
[Résultats] Élection présidentielle


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