Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

26 septembre 2018

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15 octobre 1987

Renversement du gouvernement de Thomas Sankara au Burkina Faso

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Blaise Compaore

Le président du Burkina Faso, Thomas Sankara, est tué lors d'un coup d'État orchestré par son ancien ami et conseiller principal, Blaise Compaoré. Il s'agit du cinquième coup d'État réussi dans ce pays enclavé de l'Afrique de l'Ouest, depuis son accession à l'indépendance en 1960.

À la tête du « Front Populaire du 15 octobre », le numéro deux du régime, le capitaine Blaise Compaoré, décide de renverser le gouvernement de Sankara. Le coup de Compraoré provoque de violents combats à l'intérieur du palais présidentiel entre les forces rebelles et loyalistes. Le renversement fait environ 100 morts, dont Thomas Sankara ainsi que 12 autres officiers. Compaoré justifie le coup en invoquant la nécessité d'agir avant que le président n'adopte le monopartisme et qu'il ne fasse arrêter et exécuter tous ses opposants politiques. Le lendemain, Compraoré déclare le 16 octobre fête nationale pour que tous puissent célébrer la mort de Sankara. Cependant, le coup est accueilli négativement par la population et le nouveau leader ne jouit pas de la même popularité que son prédécesseur. Compaoré ferme les frontières du pays, impose un couvre-feu et dissout le Conseil révolutionnaire de Sankara. Il se nomme président d'un Front populaire et nomme ses frères d'armes Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo, respectivement premier et deuxième vice-président. En septembre 1989, tous deux seront exécutés sur des accusations de complot. Compaoré annoncera finalement qu'un nouveau président sera choisi par des représentants des 30 provinces du pays. En 1991, l'adoption d'une nouvelle Constitution pavera la voie à des élections multipartites.

Pour en savoir plus: La patrie ou la mort

Dans les médias...


Béchir Ben Yahmed, « Un rêve brisé »

«...Il était d'ailleurs de bon ton, au sein de l'establishment politique africain, d'affecter de ne pas le prendre au sérieux tout en le surveillant du coin de l'oeil. Il agaçait les chefs d'État, et pas seulement ceux de l'ancienne génération. Il dérangeait les notables et donnait mauvaise conscience à ceux qui en avaient gardé une. Avez-vous remarqué d'ailleurs qu'aucun d'entre eux, Rawlings excepté, ne s'est fendu d'une phrase pour saluer sa mort ? Les mots sont venus de Mitterrand et de Chirac, pas de leurs homologues africains ! Les jeunes, en revanche, les « sans-voix », avaient fait de Thomas Sankara leur idole. Ces désespérés avaient mis en lui leur espoir. Ils avaient vu surgir un homme qui sentait comme eux, rejetait avec eux ce qu'ils abhorrent : le costume coûteux, la villa-palais, la Mercedes et ce qu'ils impliquent, la corruption. Au fond d'eux-mêmes, ils savaient bien que c'était un rêve qui se briserait, mais la fraîcheur de cet homme, son originalité et son côté iconoclaste les ravissaient. Les voilà pleurant Sankara et enterrant, avec lui, l'espoir qu'il a fait naître. »

Jeune Afrique (France), 28 octobre 1987, p. 4.

S.A., « Décevants militaires »

«...Une fois de plus, un militaire africain en chasse un autre pour annoncer des jours meilleurs à une population presque indifférente. En l'absence de tout processus de désignation démocratique, chaque putsch porte en soi les germes d'un autre putsch. C'est son second, son « meilleur ami », qui vient de renverser le capitaine Sankara. En l'état actuel de la situation, on voit mal ce qui le distingue fondamentalement de l'homme dont il avait notamment pour tâche de préserver la « sécurité ». Le précédent coup d'État, en 1983, avait été présenté comme exemplaire. Les officiers qui venaient de mettre un terme définitif à une expérience de multipartisme rare dans la région avaient abattu joyeusement tous les symboles de l'ordre ancien, présenté comme une séquelle de la colonisation. Il se peut fort bien qu'ils aient fait illusion pour la dernière fois, tant il devient difficile de croire que la destruction du cadre institutionnel hérité de la colonisation contribue en quelque façon à la solution des problèmes économiques et sociaux auxquels doit faire face l'Afrique. »

Le Monde (France), 17 octobre 1987, p. 1.

S.A., « Upright Down »

«...A populist who religiously consulted with village leaders before embarking on new policies, Sankara made personal probity a point of honor in a country that has had more than one corrupt leader since winning independence in 1960. He boasted that he was the world's lowest-paid chief of state, with a salary of just $450 a month. But the leader evidently shaped his regime into more of a one-man show than his fellow coup leaders found tolerable. Following Sankara's execution, Radio Ouagadougou accused him of having built up a « concentration of power » and of harboring the « ambitions of a madman. » In seizing power last week, Compaoré, 36, the Minister of State and Justice, used the same special commando unit he placed at Sankara's disposal in 1983. Western diplomats in Burkina Faso expect him to be a less flamboyant leader than Sankara but to continue most of his policies. Despite the death of their author, the national radio said, the policies' basic wisdom « is not called into question. » »

Time (États-Unis), 26 octobre 1987, p. 42.

Gouvernance et gouvernement [ 15 octobre 1987 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Burkina Faso
FaibleBlaise CompaoréThomas Sankara

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1977 - 1997



mai
1978
Élection de Sangoulé Lamizana à la présidence de la Haute-Volta

novembre
1980
Renversement du président Sangoulé Lamizana en Haute-Volta

août
1983
Renversement du président Jean-Baptiste Ouedraogo en Haute-Volta

décembre
1985
Conflit entre le Burkina Faso et le Mali

octobre
1987
Renversement du gouvernement de Thomas Sankara au Burkina Faso


Dans l'actualité


février
2015
Transition démocratique réussie au Burkina Faso

novembre
2007
Septième sommet sur la bonne gouvernance: les yeux rivés sur Ouagadougou

octobre
2007
Thomas Sankara : l'enfant chéri des Burkinabés


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