Protestation aux Jeux Olympiques de Mexico par deux athlètes américainsTexte rédigé par l'équipe de Perspective Monde -
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 Tommie Smith |
Après avoir remporté respectivement la médaille d'or et celle de bronze dans l'épreuve du 200 mètres, les coureurs américains Tommie Smith et John Carlos soulèvent un tollé aux Jeux olympiques de Mexico en faisant une démonstration sur le podium afin de sensibiliser le public à la situation des Africains-Américains.
La lutte pour les droits civiques secoue les Etats-Unis au cours des années 1960. Un mouvement, le Olympic Project for Human Rights (OPHR), est mis sur pied afin d'inciter des athlètes noirs à exprimer leur mécontentement en boycottant les Jeux olympiques de 1968. Il connaîtra un faible succès. Mais lors des Jeux, deux athlètes africains-américains, Tommie Smith et John Carlos, protestent à leur façon. Détenteurs de l'or et du bronze dans l'épreuve du 200 mètres, ils profitent de la cérémonie des médailles pour attirer l'attention sur la situation des Noirs aux États-Unis. Leur habillement revêt un caractère symbolique alors que le gant noir qu'ils portent (main droite pour Smith, main gauche pour Carlos), et qu'ils tendent le poing fermé, représente le pouvoir et l'unité des Noirs. Même le médaillé d'argent, l'Australien Peter Norman, affiche son appui en portant le macaron de l'OPHR. Le geste de Smith et Carlos leur attirera l'opprobre du président du Comité international olympique, Avery Brundage, qui ordonnera leur bannissement du village olympique. La démonstration controversée des deux sprinters suscitera de fortes réactions dans l'opinion publique américaine, tout comme celle du boxeur poids lourd George Foreman qui affichera son patriotisme en brandissant de petits drapeaux américains dans l'arène après avoir remporté la finale de sa catégorie. |
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M.C., «Des jeux humains»
«...Dans le cadre du sport et de la vie ensuite, avec la démonstration des noirs américains, après leurs victoires, sur le podium, prenant l'attitude des suppliants quand le drapeau des États-Unis monta au mât et que l'hymne retentissait. Les opinions furent partagées sur le point de savoir si les deux athlètes Carlos et Smith, surtout, avaient rompu la trêve qui exige que personne ne fasse état de ses opinions politiques, religieuses et raciales dans l'enceinte du terrain de sport. Ils furent néanmoins suffisamment dignes, et la sanction demandée par le Comité international olympique, tandis que le Comité américain avait pratiquement fermé les yeux, était une maladresse de plus : les dirigeants du sport mondial n'ont pas dépassé, hélas ! le stade du paternalisme. À l'heure où nombreux sont les bons esprits qui vous parlent du déclin de l'olympisme, il est utile de rappeler qu'aux Jeux olympiques de 1904 à Saint-Louis (U.S.A.), en marge des Jeux, deux journées avaient été réservées aux athlètes de couleur, Noirs, Indiens, Philippins, etc...et elles avaient été baptisées Anthropological days. Il est difficile de contester que sur ce plan déjà il n'y ait eu progrès.»
Esprit (France), novembre 1968, p. 699.
Jean Lacouture, «Pour les Noirs américains, désormais toute victoire est politique»
«...Et maintenant les ondes de choc vont se propager au sein de la délégation américaine, dans le climat olympique et sur l'opinion mondiale. Les Mexicains sont fort ennuyés. L'opinion générale peut se résumer ainsi : la cause est bonne, mais ils auraient pu faire cela ailleurs. Les athlètes noirs américains sont divisés, et leurs camarades blancs à peu près dans la même proportion. L'audace des champions servira-t-elle Brundage et (George) Wallace ? Leurs amis sourient quand on leur pose cette question. Pour eux, une situation scandaleuse ne se traite que par le scandale. Au surplus, disent-ils, reconnaissez ceci : pendant une semaine le monde entier a les yeux tournés vers les plus fameux d'entre nous, s'extasiant sur nos exploits. Comment ne profiterions-nous pas de cette conjoncture, au moment où même pour un électeur de Wallace, Bob Beamon est un type formidable, pour témoigner aux yeux du monde que notre cause vaut plus et mieux que toutes les susceptibilités ou les conformismes, mieux même que l'idéal olympique selon M. Brundage.»
Le Monde (France), 20 et 21 octobre 1968, p. 14.
Pierre Accoce, «Les jeux noirs de Mexico»
«...Quelle attitude adopteront, maintenant, les autres Noirs américains restant en lice, ou même les Africains ? Pendant le week-end, certains, par solidarité, envisageaient d'abandonner les Jeux. Aux États-Unis mêmes, l'attitude des deux médaillés rebelles revêt une portée politique : les électeurs de M. George Wallace, candidat extrémiste à la Maison-Blanche, peuvent être plus nombreux. M. Hubert Humphrey, candidat démocrate, n'avait pas besoin de cela. Ces dernières semaines, il a suivi avec effroi le succès de la tournée nordiste de l'ex-gouverneur de l'Alabama. Ainsi, dans les environs de Détroit, à Flint, où se trouve l'usine Buick, on a estimé, la semaine dernière, que 49% des ouvriers voteront Wallace. Petits Blancs, ils s'estiment menacés par la concurrence noire et surtout spoliés par un voisinage qui dévalue le prix des terrains et des maisons. Nul doute que l'orgueil de Smith et de Carlos peut modifier le climat de la campagne électorale. Pas en faveur des Noirs... Ne leur restera-t-il, alors, que leur éblouissante supériorité dans le domaine du sport ?»
L'Express (France), 21 au 27 octobre 1968, p. 58.
S.A., «The Olympics' Extra Heat»
«...A year of threatened boycotts, disruptions and protests had come down to this gesture of black power and black pride at the Olympic games. Judged against some of the alternatives that black militants had considered, the silent tableau seemed fairly mild. Yet the storm of controversy that immediately broke around Smith and Carlos almost overshadowed all the brilliant performances and personal dramas of the XIX Olympiad - and turned it into what the militants had wanted all along, a showcase for black protest against racial injustice (...) The incident caused a brief furor, but it might have been largely forgottent within a few days if the Olympic officials had not chosen to react with massive overkill. The International Olympic Committee headed by Brundage issued a swift condemnation of the athletes, with the ominous comment : «The U.S. Olympic Committee carries the responsability. Later it was learned that the entire American track-and-field squad had been threatened by the IOC if the U.S. could not «control its athletes».»
Newsweek (États-Unis), 28 octobre 1968, p. 74.
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Gouvernance et gouvernement [16 octobre 1968]
| Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
 États-Unis | Élevé | Lyndon B. Johnson | |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).
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Évolution des composantes du système politique
| Profil | Gouvernants | Démocratie | Partis politiques |
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Chronologie [1963 - 1973]
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