Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 novembre 2018

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6 octobre 1976

Arrestation en Chine des membres de la «bande des quatre»

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Deng Xiaoping

Les décès successifs des deux figures dominantes de la République de Chine populaire, le premier ministre Zhou Enlai et le dirigeant Mao Zedong, créent de nouveaux conflits au sein de la direction du Parti communiste chinois (PCC).

La longue lutte pour la succession, amorcée bien avant l'automne 1976, permet d'abord à Hua Guofeng, dauphin désigné de Mao en janvier 1976, de s'imposer face à Deng Xiaoping. Ce dernier, considéré comme un conservateur, longtemps protégé par Zhou Enlai et partisan de la «voie capitaliste», est démis de ses fonctions au sein du parti le 7 avril. Aussitôt détenteur des pleins pouvoirs, Hua Guofeng procède, le 6 octobre 1976, à l'arrestation d'éléments plus radicaux surnommés la «bande des quatre». Ceux-ci sont associés à la faction «ultra-gauchiste», souvent nommée «Groupe du 16 mai» en rappel de la Circulaire du 16 mai 1966 qui a initié la révolution culturelle. On retrouve parmi eux la veuve de Mao Zedong, Chiang Ch'ing [Jiang Qing], et un ex-vice président du PCC, Wang Hong-wen, actif en janvier 1967 lors des événements de Shanghai. Défenseurs de la révolution culturelle, ceux-ci sont accusés de vouloir «usurper le pouvoir». Les quatre seront évincés, puis jugés, lors d'un procès retentissant qui aura lieu en 1980. Ce procès, au cours duquel sont stigmatisés les «erreurs» de quelques leaders, permet habilement de dénoncer la ligne politique des partisans de la révolution culturelle, puis d'effectuer un virage vers une approche de centre, et ce sans remettre en question l'héritage fondamental de Mao Zedong, ni la légitimité historique du PCC. Même si Chiang Ch'ing se suicidera en prison en 1991, le sort des opposants n'est pas comparable à celui des opposants à l'époque de Mao. Les purges à grande échelle, les lynchages et les liquidations de masse ont été remplacés par des emprisonnements légaux s'achevant par des libérations ou des mises en résidences surveillées. Deng Xiaoping sera pour sa part réintégré dans ses fonctions en juillet 1977.

Dans les médias...


K.S. Karol, « Hua Kuo-feng et les « comploteurs » »

«...Hua Kuo-feng peut penser que, dans les circonstances actuelles, « le vent léger et les eaux calmes » valent mieux que les tempêtes d'une révolution ininterrompue. Mais il doit jurer fidélité, en même temps, à une politique de changements socialistes qui mettent en question la division sociale du travail, les inégalités et les hiérarchies, les anciennes valeurs et les traditions. (...) Et cette politique, même si le Parti le désire, ne peut se faire uniquement par « l'éducation, la persuasion, la critique et l'autocritique ». Sur ce point, la doctrine de Mao est formelle et Hua Kuo-feng, s'il remplit bien son rôle d'exécuteur testamentaire, ne pourra refuser d'affronter - qu'il les suscite ou qu'il les subisse - les tempêtes de la lutte de classes sous le socialisme. Certes, les hommes du pouvoir ont souvent la faculté de plier même les meilleures doctrines aux besoins de leur politique, voire de leur position personnelle. Mais ces opérations sont sûrement plus faciles quand la doctrine et la pratique sociale favorisent le contrôle d'en haut par un parti homogène et tout-puissant. En Chine, ce n'est pas le cas, et c'est pour cela que la situation de Hua Kuo-feng et de son appareil ne peut être considérée comme stable et garantie pour une longue période de temps. »

Le Nouvel Observateur (France), 18 octobre 1976, p. 33.

Georges Vigny, « Le testament « falsifié » de Mao »

«...De toute façon, l'accusation lancée contre les « comploteurs » est mystérieuse à souhait : ces radicaux auraient « falsifié » le testament de Mao. Ça signifie quoi, au juste ? Quand on sait que l'implacable lutte pour la succession a commencé du vivant de Mao et que ce « testament » n'est pas un quelconque parchemin mais bien tout un héritage politique inscrit dans les actes et les gestes du grand absent, on imagine mal comment on peut « falsifier » un tel legs. C'est alors qu'on pense à l'éviction de Teng et à toute cette campagne exprimée dans les dazibao contre les « révisionnistes », les « opportunistes » et les « nostalgiques bourgeois ». Chou En-lai disparu et Mao Tsétoung déjà désincarné, faut-il penser que Chiang Ching et ses acolytes du Groupe de Shanghai ont attribué à Mao leurs propres priorités pour faire dévier à leur avantage le processus révolutionnaire en marche ? (...) Connaissant la réputation de pragmatisme de Hua (Kuo-feng), on est forcé d'admettre que l'éviction des radicaux continuateurs de la Révolution culturelle ne signifie pas un coup de barre « à droite » mais une manière de naviguer entre deux eaux, entre des jalons idéologiques incontestables et incontestés. »

Le Devoir (Québec, Canada), 13 octobre 1976, p. 4.

Éditorial

«...Consider that virtually to a man, China hands expected Mao's death to produce, at the start, a surface calm of collective compromise in the leadership ranks in Peking. In fact, not a month had passed when, in a spectacular move that makes the « Saturday night massacre » look like a nose bleed, Mao's widow and three other top-rank « radicals » were arrested on charges (undocumented) of having attempted a coup. A purge of their supporters is evidently in progress. Suddenly there is a new No. 1, 56-year-old dark horse Hua Kuo-feng, a veritable Jimmy Carter who arrived from the provinces only a few years ago. He is Communist Party chairman (Mao's old post), head of the government, and chief commissar of the armed forces. This seems to be the first time any man has held all three jobs. Whether the army is firmly behind him, and whether the « radicals » and their shock troops, the Red Guards of the Cultural Revolution, will hold their fire - these are among the unknowns. But the spirit of collective compromise is much less apparent in Peking than the reality of one-man or one-faction rule. The « moderates » are on top. »

The Washington Post (États-Unis), 17 octobre 1976.

Gouvernance et gouvernement [ 6 octobre 1976 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleZhu DeHua Guofeng

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1971 - 1981



septembre
1971
Décès de Lin Piao

octobre
1971
Admission de la République populaire de Chine par l'Organisation des Nations unies

août
1973
Ouverture du Xe Congrès du Parti communiste chinois

janvier
1976
Décès de Zhou Enlai

juillet
1976
Tremblement de terre à Tangshan, en Chine

septembre
1976
Décès de Mao Zedong

octobre
1976
Arrestation en Chine des membres de la «bande des quatre»

août
1977
Ouverture du XIe Congrès du Parti communiste chinois

janvier
1979
Visite de Deng Xiaoping aux Etats-Unis

septembre
1980
Adoption de la politique de l'enfant unique en Chine

janvier
1981
Dévoilement du jugement dans le procès de la « bande des quatre »


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