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24 mars 1991

Élection de Nicéphore Soglo à la présidence du Bénin

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mathieu Kérékou

Moins de deux mois après la tenue d'élections législatives multipartites, un scrutin présidentiel a lieu au Bénin. Il sonne le glas des nombreux régimes militaires et à parti unique qui sont au pouvoir depuis l'indépendance du pays, en 1960.

Le 26 octobre 1972, le colonel Mathieu Kérékou profita d'un contexte politique instable pour réaliser un coup d'État. Il établit aussitôt un gouvernement militaire révolutionnaire qui proclama son adhésion au marxisme-léninisme. En 1975, l'ex-Dahomey fut proclamé République populaire du Bénin et le Parti de la révolution populaire béninoise (PRPB) fut instauré comme parti unique. La nouvelle Constitution de 1977 cristallisa l'organisation du pouvoir politique sous cette forme. À la fin des années 1980, des tensions sociales exacerbées par des mesures d'austérité économique nourrissent la grogne. En réaction, la Constitution est suspendue en février 1990 et les délégués de la Conférence nationale des forces vives s'affairent à établir les bases d'une future Constitution qui garantit les droits de l'Homme et les libertés fondamentales. Des institutions temporaires sont créées afin d'assurer la bonne conduite des opérations nationales durant la période de transition. Le Haut Conseil de la République vise notamment à assurer le suivi des décisions de la Conférence nationale et à superviser les élections. La Commission constitutionnelle voit quant à elle à la rédaction de la nouvelle Constitution. Cette dernière reçoit un appui massif lors du référendum national du 2 décembre 1990. Des législatives multipartites ont finalement lieu le 2 février 1991 et une présidentielle quelques semaines plus tard. Lors du second tour, le 24 mars, Nicéphore Soglo reçoit une forte majorité des voix (68%), ce qui lui permet de défaire le président Kérékou. Ce dernier prendra sa revanche lors de la présidentielle de 1996 en battant le président sortant.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Marcel Adafon, « Premier exemple »

«...Les mouvements populaires qui ont eu raison du régime Kérékou avaient aussi des causes politiques, cela ne fait aucun doute. La « Révolution populaire du Bénin » avait échoué, puisqu'elle n'avait pas apporté aux gens l'amélioration de leurs conditions d'existence qu'elle leur avait promise. En définitive, l'exemplarité du Bénin n'est peut-être pas là où on a tant voulu faire croire qu'elle résidait : la transition pacifique, consensuelle, d'une « dictature atroce et corrompue » à un régime civilisé de démocratie libérale et pluraliste. Ce qu'on a vu dans ce pays, depuis février 1990, mais mieux encore depuis février 1991, c'est, d'une part, l'incapacité des soi-disant élites intellectuelles à s'élever au-dessus de leurs intérêts personnels et catégoriels et, d'autre part, l'impossibilité d'imposer à la masse des simples gens des solutions dont le succès supposerait qu'ils aient préalablement accepté de se laisser dépouiller de leur droit le plus élémentaire, celui d'être les vrais et seuls maîtres de leur destinée. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), mai 1991, p. 20.

Francis Kpatindé, « Transition exemplaire au Bénin »

«...Sans qu'on en connaisse les véritables raisons, certains Béninois avaient choisi, depuis quelques semaines, de l'appeler le « Vieux ». Et ce, même si Mathieu Kérékou (58 ans) et Nicéphore Soglo (57 ans) ont, à quelques mois près, le même âge. La cause était donc entendue : candidat à sa propre succession après dix-sept années de pouvoir musclé, Kérékou apparaissait depuis longtemps aux yeux de son peuple comme l'un des représentants d'une espèce en voie de disparition en Afrique : celle des chefs militaires arrivés (et agrippés) au pouvoir par la force des baïonnettes. Un homme vieilli, amaigri par la campagne électorale la plus « tonique » de son règne quasi solitaire et unanimiste. Un homme fini, dont la candidature inattendue, annoncée mi-février, n'aura finalement été qu'un simple baroud d'honneur : 27% des suffrages, le 10 mars, au soir du premier tour. Seulement 32% deux semaines plus tard, avec, en bout de piste, la défaite. Nette. Indiscutable. Celui qui se présentait comme le « candidat des candidats » a été sorti par le plus tenace de ses douze adversaires du premier tour. Avec la complicité active des Béninois qu'il connaissait sans doute mieux que quiconque. »

Jeune Afrique (France), 3 au 9 avril 1991, p. 18.

Francis Cornu, « Un « technocrate » entre politiciens et militaires »

«...Ses (Soglo) compétences économiques et sa relative neutralité politique lui vaudront d'être choisi pour prendre la tête du gouvernement de transition en mars 1990, à l'issue de la conférence nationale qui, un mois auparavant, a préparé la fin du régime « militaro-marxiste » du président Kérékou, en ouvrant la voie au pluralisme. L'ancien fonctionnaire international sera l'un des plus virulents à dénoncer le « désastre économique et politique » que connaît le Bénin. Durant cette période de transition, le courant ne passe pas entre M. Kérékou et M. Soglo, mais ils éviteront, vaille que vaille, d'étaler leurs divergences. Toutefois, leurs déclarations de candidature ainsi que l'effervescence de la campagne électorale achèveront de creuser le fossé entre eux. Les hommes qui, quasi unanimement, avaient porté M. Soglo au poste de premier ministre lui reprochent maintenant son manque de concertation et son « opportunisme ». Peut-être parce que depuis douze mois, il s'en est souvent pris aux « politiciens ». Alors qu'il avait nourri l'espoir d'une élection dès le premier tour, M. Soglo, n'a pas caché son amertume devant les critiques de ceux qui ont été jusqu'à l'accuser d'avoir trahi l' « esprit de la transition » en briguant la magistrature suprême. Celui qui a pu mesurer l'avantage de n'avoir été ni politicien ni militaire connaît déjà l'inconvénient de ne plus être tout à fait un « homme neuf ». »

Le Monde (France), 27 mars 1991, p. 2.

Gouvernance et gouvernement [ 24 mars 1991 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Bénin
TransitionMathieu KérékouNicéphore Soglo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1981 - 2001



février
1991
[Résultats] Élections législatives

mars
1991
Élection de Nicéphore Soglo à la présidence du Bénin

mars
1991
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1995
[Résultats] Élections législatives

décembre
1995
Ouverture du sixième Sommet de la Francophonie

mars
1996
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1999
[Résultats] Élections législatives

mars
2001
[Résultats] Élection présidentielle


Dans l'actualité


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2016
Pas de troisième mandat pour le président béninois

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2006
Des résultats partiels pour les élections présidentielles au Bénin


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