Université de Sherbrooke
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19 septembre 1976
Défaite des sociaux-démocrates aux élections législatives en Suède

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Thorbjorn Falldin

Un contexte difficile, dont une contestation importante contre le programme nucléaire du gouvernement, entraîne l'élection d'une coalition formée de centristes, de libéraux et de modérés (conservateurs). Cette victoire marque la première fois en 44 ans que les sociaux-démocrates sont évincés du gouvernement suédois.

De 1958 à 1970, le Parti social-démocrate (PSD) détient la majorité à la Riksdag (le Parlement suédois). Il dirige ensuite un gouvernement minoritaire de 1970 à 1973, période au cours de laquelle le modèle suédois (filet social élaboré, prélèvements fiscaux importants) est mis à l'épreuve par une économie au ralenti. Les législatives de septembre 1973 donnent un aperçu du mécontentement : le PSD et les communistes obtiennent 175 sièges, ce qui les placent à égalité avec la coalition «bourgoise» composée du Parti du Centre, des libéraux et des modérés (conservateurs). Des changements à la Constitution sont adoptés en 1974 afin que cette situation ne se répète plus (le nombre de sièges passe à 349). Olof Palme du PSD demeure à la tête du gouvernement, mais il doit faire face à une vive contestation. La lourdeur bureaucratique et le programme nucléaire ambitieux du gouvernement constituent des munitions pour l'opposition qui table aussi sur la grogne suscitée par un projet de fonds d'investissement (Meidner) susceptible de modifier les rapports entre syndiqués et patrons dans certaines entreprises. Lors des législatives du 19 septembre 1976, la coalition «bourgeoise» obtient finalement la majorité avec 180 sièges. Pour la première fois en 44 ans, le PSD est écarté du pouvoir. Le nouveau premier ministre, le centriste Thorbjörn Fälldin, sera rapidement contraint d'adopter un plan d'austérité économique. La question nucléaire restera également une source de division qui culminera avec la tenue d'un référendum national sur le sujet, en 1980.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Christian d'Épenoux, «Suède : la leçon»

«...La personnalité même de M. Palme était loin de faire l'unanimité (...) La Suède avait-elle vraiment besoin, disait-on, de ce «missionnaire du socialisme», de ce croisé de la neutralité active, qui engageait constamment son pays sur la scène internationale ? Volant au secours du moindre «mouvement de libération», flirtant avec Fidel Castro, allant de Boumediène en Arafat, défilant à Stockholm en pleine guerre du Vietnam au bras de l'ambassadeur de Hanoi, le battage personnel de M. Palme avait fini par irriter. Voulait-il précéder, de peur d'être distancé, ce qu'il croyait déceler sur sa gauche, ou céda-t-il toujours à sa conviction personnelle ? Il y avait sans doute des deux dans ce militantisme d'exportation. Nombre de Suédois, qui lui reprochaient déjà de «leur imposer un bonheur» de sa conception, ont sans doute pensé, là encore, qu'il «en faisait un peu trop». C'est à tout cela, sans doute, et bien plus qu'aux attraits de leur propre programme, qui reste encore assez vague, que le trio des partis «bourgeois» doit aujourd'hui sa victoire.»

L'Express (France), 27 septembre au 3 octobre 1976, p. 45.

Jean Daniel, «Échec à la suédoise»

«...Mais d'où vient l'échec électoral ? La coalition victorieuse n'a aucun programme. Une composante de cette coalition a même utilisé un thème de gauche, l'écologisme anti-nucléaire, pour rassembler des jeunes. La hausse excessive de la pression fiscale, condition de la société égalitaire, s'est révélée trop lourde pour les professions libérales. Les émigrations de metteurs en scène et d'acteurs de cinéma ont orchestré la fuite d'une certaine classe suédoise devant l'impôt. Une couche nouvelle de cadres et d'employés a ressenti le poids oppressant de l'inquisition fiscale. On a reproché de même à l'État suédois une centralisation excessive. Tout cela a compté au moins autant, selon nous, que les projets de transfert de pouvoir dans l'entreprise établis par les syndicats (...) Tout cela pour dire que l'échec provisoire de la social-démocratie en Suède n'est aucunement l'échec du socialisme. Il est une incitation à s'adapter aux nouveaux désirs des masses, désirs nés des réalisations de la social-démocratie. Je pense même qu'au point où ils en sont les Suédois ont toutes les chances de marcher plus vite que les autres vers le socialisme véritable. Ils peuvent aussi bien ignorer nos sarcasmes que nos leçons.»

Le Nouvel Observateur (France), 27 septembre 1976, p. 29.

Jean-François Revel, «La déviation suédoise»

«...Le socialisme suédois n'est pas devenu brusquement un mythe parce que les socialistes suédois ont perdu les élections. Tout au contraire, l'arrivée au pouvoir de la «coalition bourgeoise» va en démontrer la réalité, et confirmer la solidité de l'oeuvre accomplie depuis 1932. Elle va mettre en évidence le caractère définitif des transformations sociales réalisées, transformations, en effet, si bien, si pacifiquement intégrées à la substance de la collectivité que l'alternance politique ne peut plus avoir pour enjeu de les remettre en cause. D'ailleurs, il est significatif que, durant la campagne électorale, aucun des trois partis d'opposition, aujourd'hui majoritaires, n'ait attaqué le système social-démocrate en tant que tel (...) Pourquoi donc a-t-elle été battue ? À mon avis, parce que les socialistes suédois se sont écartés de la social-démocratie proprement dite, et cela, non point sur le plan économique, mais dans le domaine de l'éducation, de l'information, de la culture, de la formation des hommes.»

L'Express (France), 27 septembre au 3 octobre 1976, p. 46.

Éditorial

«...If there is a common ground among the three nonsocialist parties - which together garnered a wispy majority of 50.7 per cent of the vote Sunday compared with the Social Democrats' 43 per cent - it is the issue of Sweden's confiscatory tax rates and the aggressiveness of the government in collecting them. In two highly publicized incidents earlier this year, Astrid Lindgren, the revered writer of children's books, said she had a technical tax liability of 102 per cent of her income, and movie director Ingmar Bergman said he was hounded out of Sweden by high-handed tax collectors. Swedes were indignant about these cases, and Center, Moderate and Liberal parties capitalized on that mood to gain their majority. But now they have to deliver the goods, and the coalition will be confronting the same problem faced by other elected governments : a citizenry that demands more and more government programs but doesn't want to pay for them. If Sweden can find a workable answer to that dilemma, it can bottle it and sell it abroad.»

Chicago Daily News (États-Unis), 22 septembre 1976.

Gouvernance et gouvernement [ 19 septembre 1976 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Suède
ÉlevéCharles XVI (Gustave)Sven Olof Joachim Palme

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1971 - 1981]



5 juin 1972 Conférence des Nations unies sur l'environnement humain à Stockholm
15 septembre 1973Charles XVI (Gustave) : chef d'État (investiture/assermentation)
16 septembre 1973[Résultats] Élections législatives
27 février 1974 Adoption d'une nouvelle Constitution en Suède
19 septembre 1976 Défaite des sociaux-démocrates aux élections législatives en Suède
20 septembre 1976[Résultats] Élections législatives
8 octobre 1976 Thorbjörn Fälldin : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
13 octobre 1978 Ola Ullsten : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
16 septembre 1979[Résultats] Élections législatives
9 octobre 1979 Thorbjörn Fälldin : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
23 mars 1980 Tenue d'un référendum sur le programme nucléaire suédois

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension