Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

20 septembre 2018

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28 avril 1965

Intervention de troupes américaines en République dominicaine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Joaquin Balaguer

Quelques jours après le renversement du gouvernement de Donald Reid Cabral par un groupe d'officiers libéraux, des militaires interviennent avec des troupes américaines débarquées à Saint-Domingue afin d'empêcher l'instauration d'un régime gauchiste.

Après la mort du dictateur Rafael Trujillo, en 1961, la République dominicaine, un État des Antilles peuplé de 3 millions d'habitants, organise des élections libres en décembre 1962. La victoire du libéral de gauche Juan Bosch est suivie, en septembre 1963, par un coup d'État des militaires qui portent au pouvoir un civil, David Reid Cabral. En avril 1964, l'intervention d'officiers libéraux entraîne la démission de Cabral à qui ils voudraient voir succéder Bosch. Cette perspective divise l'armée dont une partie se rallie au général Elias y Wessan, opposant au retour de Bosch. Une guerre civile éclate et la capitale, Saint-Domingue, est bombardée. Dépêchées pour protéger les ressortissants américains, des milliers de Marines participent à l'affrontement contre ce que l'on présente comme une menace communiste. Les combats se poursuivront encore avant qu'un gouvernement provisoire ne soit formé en août par Hector Garcia-Godoy. Rentré d'exil en septembre 1965, Juan Bosch sera défait en juin 1966 lors d'une élection l'opposant à l'ex-président Joaquin Balaguer, un modéré.

Pour en savoir plus: Discours sur l'intervention militaire américaine en République dominicaine

Dans les médias...


S.A., « L'Amérique seule, l'Europe absente »

«...Saint-Domingue est le nouveau champ d'action de ce gendarme universel que semblent vouloir être les États-Unis. Cette affaire est un consternant morceau d'anthologie : proclamations humanitaires, utilisation hâtive des rapports du C.I.A., influence en sous-main des intérêts sucriers, soutien aux putschistes au nom de la démocratie, action à sens unique de troupes officiellement neutres, pressions humiliantes sur les États latino-américains pour qu'ils couvrent l'entreprise, vote empressé de crédits exceptionnels par le Congrès, et toujours les omniprésents marines débarqués de leur porte-avion. (...) Ici la théorie des zones d'influence vient relayer celle de la subversion communiste qu'il est difficile de prendre tout à fait au sérieux. Pourtant, dans un cas comme dans l'autre, l'intervention armée remplace le dialogue politique. Les problèmes dominicains ne sont pas considérés pour eux-mêmes, mais sous la seule espèce de la tranquilité (sic) stratégique et morale de l'Amérique du Nord. La démocratie ne saurait franchir le bras de mer qui sépare la Floride d'Hispaniola. Fussent-ils Juan Bosch, les dirigeants librement élus par les peuples d'Amérique du Sud ne sont pas légitimes, si les services secrets yankee soupçonnent leur entourage et leurs alliés. »

Esprit (France), juin 1965, p. 1123.

S.A., « Le « gros bâton » »

«...Il n'est donc pas étonnant que cette erreur d'appréciation du gouvernement Johnson soit dénoncée avec vigueur par de nombreux gouvernements d'Amérique latine, à commencer par celui de Caracas, pourtant directement menacé par la contagion castriste. Les dirigeants vénézuéliens estiment que la meilleure méthode pour favoriser la progression du castrisme et du communisme en Amérique latine consiste précisément à mettre en place et à soutenir des équipes dictatoriales et réactionnaires. C'est ce que Washington avait déjà fait en 1916. Le débarquement des « marines » et leur maintien à Saint-Domingue pendant huit ans avaient permis l'installation de la dictature des Trujillo. Cinquante ans après, cette remise en application de la politique dite du « gros bâton » risque à long terme d'être plus nuisible que bénéfique aux intérêts nord-américains. En contribuant à écraser des forces libérales modérées, les États-Unis renforcent l'opposition d'extrême gauche. Dans l'immédiat, ils favorisent en Amérique latine un regroupement de tous ceux qui estiment que les nations latines doivent prendre de toute urgence leurs distances vis-à-vis du colosse du Nord. »

Le Monde (France), 2 au 3 mai 1965, p. 1.

P.S., « Les « marines » à Saint-Domingue »

«...Le motif invoqué officiellement par le gouvernement américain pour débarquer des troupes dans ce petit pays, c'est qu'on voulait protéger les citoyens et les biens des États-Unis dans des circonstances où il n'existait plus d'autorité capable d'assurer l'ordre dans le pays. Ce prétexte est déjà contestable et rappelle l'impérialisme naval du XIXe siècle. Même si une lutte entre des factions prive momentanément un État de son gouvernement, cela n'autorise pas Washington à y débarquer des troupes. (...) C'est normalement à l'Organisation des États américains qu'il appartiendrait d'intervenir pour la protection de la sécurité continentale si l'on juge que l'anarchie ou une révolution menace la paix dans un pays membre de cette organisation. Mais les États-Unis n'ont pas attendu une action concertée, ils ont pris l'initiative avec des moyens qui semblent dépasser le prétexte d'une évacuation du personnel de l'ambassade et des ressortissants américains. On assiste apparemment à une manifestation de la nouvelle doctrine Monroe renforcée par la doctrine des zones d'influence. Cela peut susciter une vive réaction en Amérique latine. »

Le Devoir (Québec, Canada), 1e mai 1965, p. 4.

S.A., « The Coup That Became a War »

«...The tragic fact was that no one seemed to be in real command any more - not Bosch's people, not the remaining army rebels, not the Communists. At one rebel headquarters in the Ciudad Nueva, a group of young rebels pleadingly told Time's reporters : « We are not Communists. We are active anti-Communists. We are fighting for the constitution, for Bosch. » (...) Very possibly those youngsters genuinely thought they were fighting for democracy. But before anyone could talk rationally about restoring anything in the Dominican Republic, there had to be a cease-fire, and at week's end that still seemed beyond any immediate grasp. (...) The likelihood is that some sort of peace, either through force or arms or OAS persuasion, will eventually be imposed. But the dangers of anarchy-fed Castroism will remain for a long while. To prevent that, President Johnson has accepted a clear and unwavering U.S. responsibility. « The United States, » said the President, « will never depart from its commitment to the preservation of the right of all the free people of this hemisphere to choose their own course without falling prey to international conspiracy from any quarter. » The meaning was as unmistakable as the presence of U.S. combat troops in Santo Domingo. »

Time (édition canadienne), 7 mai 1965, p. 28.

Gouvernance et gouvernement [ 28 avril 1965 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

États-Unis
ÉlevéLyndon B. Johnson

Dominicaine (Rep)
TransitionJosé Rafael Molina Ureña

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1960 - 1970



mai
1960
Émission du premier laser

septembre
1960
Présentation d'un premier débat télévisé entre candidats à la présidence des États-Unis

novembre
1960
Élection de John F. Kennedy à la présidence des États-Unis

novembre
1960
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1960
[Résultats] Élections législatives

mars
1961
Création du Corps de la paix (Peace Corps)

avril
1961
Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons

juin
1961
Rencontre entre John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev à Vienne

août
1961
Création de l'Alliance pour le progrès

septembre
1961
Début des travaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques

septembre
1962
Publication du livre « Silent Spring » de Rachel Carson

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

février
1963
Publication du livre « The Feminine Mystique » de Betty Friedan

juillet
1963
Création de l'École militaire des Amériques

août
1963
Marche pour les droits civiques à Washington

novembre
1963
Assassinat du président américain John F. Kennedy

juillet
1964
Adoption du Civil Rights Act aux États-Unis

octobre
1964
Contestation étudiante à Berkeley

novembre
1964
Élection de Lyndon B. Johnson à la présidence des États-Unis

novembre
1964
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1964
[Résultats] Élections législatives

avril
1965
Lancement du satellite de télécommunications commercial Intelsat I (Early Bird)

août
1965
Déclenchement d'émeutes raciales dans le quartier Watts, à Los Angeles

septembre
1965
Grève des travailleurs agricoles en Californie

octobre
1965
Discours du pape Paul VI à l'Organisation des Nations unies

novembre
1965
Publication du livre « Unsafe at any speed » aux États-Unis

juin
1966
Création de la National Organization for Women

octobre
1966
Fondation du Black Panther Party for Self-Defense aux États-Unis

novembre
1966
[Résultats] Élections législatives

juillet
1967
Déclenchement d’émeutes à Détroit, aux États-Unis

janvier
1968
Manifestations du mouvement chicano

avril
1968
Assassinat du pasteur Martin Luther King à Memphis

juin
1968
Assassinat de Robert Kennedy

juillet
1968
Présentation des premiers Jeux olympiques spéciaux à Chicago

août
1968
Ouverture de la convention du Parti démocrate américain à Chicago

octobre
1968
Protestation aux Jeux Olympiques de Mexico par deux athlètes américains

novembre
1968
Élection de Richard M. Nixon à la présidence des États-Unis

novembre
1968
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1968
[Résultats] Élections législatives

juin
1969
Déclenchement d'une émeute dans le bar gai Stonewall Inn de New York

juillet
1969
Incident tragique impliquant le sénateur américain Edward Kennedy

août
1969
Présentation d'un festival musical historique à Woodstock

novembre
1969
Manifestation d'envergure à Washington contre l'intervention américaine au Viêt-nam

avril
1970
Tenue du Jour de la Terre aux États-Unis

novembre
1970
[Résultats] Élections législatives


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