Université de Sherbrooke
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25 avril 1976
Tenue d'élections multipartites au Portugal

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Mario Alberto Soares

Des élections législatives multipartites se déroulent au Portugal. Elles surviennent deux ans, jour pour jour, après la Révolution des oeillets qui fut l'élément déclencheur du processus de démocratisation dont le scrutin d'avril 1976 est une étape décisive.

Le 25 avril 1974, les militaires orchestrèrent un coup d'État qui renversa le régime de Marcello Caetano, le successeur d'António Salazar. Cet événement marqua la fin de plus de quatre décennies de régime autoritaire au Portugal. En prenant la tête du pays, le général António de Spínola annonça un retour imminent de la démocratie et des libertés civiles, de même que la révision de la politique coloniale portugaise. Cette volonté démocratique n'est pas pour autant synonyme de stabilité politique. Spínola fut rapidement remplacé par Costa Gomes à la présidence de la Junte de salut national. En outre, pas moins de six gouvernements provisoires se succédèrent durant cette période au cours de laquelle le Portugal vécut de profondes transformations. Des élections furent tenues le 25 avril 1975 afin de former une Assemblée constituante nationale chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Elle fut adoptée le 2 avril 1976, entraînant la proclamation de la troisième République. Des élections législatives sont organisées le 25 avril, soit exactement deux ans après la Révolution des Oeillets. Le Parti socialiste (PS) arrive alors au premier rang, sans toutefois obtenir une majorité absolue à l'Assemblée de la République. Le 27 juin, António Ramalho Eanes est élu à la présidence dès le premier tour du scrutin. Rejetant toute coalition, le chef du PS, Mário Soares, devient premier ministre au sein d'un gouvernement socialiste minoritaire. Plusieurs gouvernements se succéderont en rafale au cours des années suivantes. Lors des élections de 1980, les conservateurs sortiront vainqueurs, ce qui marquera le début de l'alternance dans la vie politique portugaise.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


S.A., « Un pari perdu »

«...Vaguement désenchantés avant même de voter, les Portugais avaient raison de penser que les élections du 25 avril n'apporteraient pas de « solution magique » à leurs problèmes. Deux ans après la révolution des oeillets, dans un Portugal maussade et guetté par une grave crise économique, la situation politique telle qu'elle est sortie des urnes paraît plus inextricable que jamais. D'un certain point de vue, le scrutin de dimanche témoigne de la maturité électorale des Portugais et d'une singulière stabilité politique. Alors même que l'on redoutait, après tant de confusion et de violences, des « sautes d'humeur » imprévisibles, un retour violent du balancier au profit de la droite, les résultats du vote ne sont pas fondamentalement différents de ceux de l'année dernière. Un peu plus d'abstentions, certes, mais aucune désaffection massive. (...) C'est donc une fois encore à M. Mario Soares, secrétaire général du parti socialiste, qu'incombera la responsabilité d' « interpréter » des résultats qu'il ne peut manquer, quant à lui, de juger décevants. »

Le Monde (France), 27 avril 1976, p. 1.

André Pautard, « Portugal : le prochain rendez-vous »

«...Alternés, comme les éléments de son climat changeant, voici maintenant que déferlent sur le Portugal les brises de la séduction et le vent des menaces. Politiques. Les élections passées, il faut former un gouvernement - et penser peut-être à gouverner. Autour du Parti socialiste, gagnant amoindri du scrutin du 25 avril, les prétendants se pressent. Tous des beaux partis, d'ailleurs, et nantis chacun d'eux d'une dot non négligeable : à gauche, un P.c. renforcé; au centre, un P.p.d. encore puissant bien qu'éprouvé. Et même à droite, un C.d.s., moins fort sans doute qu'il ne l'espérait, mais cependant sérieux... (...) Une élection raisonnable, c'est-à-dire sans passion. Mais un résultat ambigu, qui ne dégage aucune majorité franche et massive. Une victoire socialiste, certes, mais étriquée. M. Soares va devoir maintenant faire l'apprentissage des temps durs qu'ont connus avant lui d'autres dirigeants européens de gauche : à moins d'une étonnante sainte alliance du centre, de la droite et du P.c., il peut affronter sans craintes les motions de censure. Mais pourra-t-il, avec la même sérénité, tenter de gouverner, c'est-à-dire obtenir de l'Assemblée qu'elle ratifie tous les projets de son programme ? »

L'Express (France), 3 au 9 mai 1976, p. 50.

Georges Vigny, « La Portugal convalescent »

«...ce risque de guerre civile n'est pas totalement écarté, à en croire le président Costa Gomes. Mais qu'on le veuille ou non, c'est le scrutin de dimanche qui apporte les éléments invitant à un certain opportunisme : on a surtout souligné le fait que ce scrutin n'était pas décisif, qu'il avait été marqué par un glissement à droite, mais on n'a pas assez mis en évidence le fait que les Portugais ont donné une preuve de cohésion. Car au fond, reconfirmant le PS dans son rôle de premier parti, le PPD dans celui d'un second que la campagne du CDS aurait pu complètement débalancer, et plaçant à 14,6% le parti communiste qui, lui, profitait de l'absence de son allié MDP, l'électeur portugais a donné la preuve de sa maturité politique. Et si le Portugal, deux ans durant, a été agité de soubresauts dont certains auraient pu être ceux de l'agonie, c'est parce que des faiseurs de politique, à l'intérieur comme à l'extérieur, ont voulu ignorer cet élément capital : la conviction de l'électeur portugais. Y a-t-il un vainqueur aux élections de dimanche ? Oui, et c'est d'abord le Portugais. »

Le Devoir (Québec, Canada), 27 avril 1976, p. 4.

Éditorial

«...The Portuguese people have been freed from a right-wing dictatorship and seen the evils of a series of attempted left-wing dictatorships, and they want no part of either. They have shown at every opportunity that they want free political and economic institutions. The siren call of Communism, which seems so alluring to some Italians, proved to be less than magic in Portugal. In fact, the voter shift to the right may well have indicated a wariness over what is happening in Italy. The Portuguese voters chose a course of sanity despite severe problems that have been aggravated by two years of drift - problems including a huge balance of payments deficits, a major drop in production, stagnant investments, a widely disputed agrarian reform program, and hundreds of thousands of unemployed refugees from Angola. If a people beset by these tribulations can vote overwhelmingly for a nontotalitarian solution, then freedom has won a great and deserved victory. »

Chicago Tribune (États-Unis), 29 avril 1976.

Gouvernance et gouvernement [ 25 avril 1976 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Portugal
TransitionFrancisco da Costa GomesJosé (Batista) Pinheiro de Azevedo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1971 - 1981]



25 avril 1974 Renversement du gouvernement (révolution des oeillets) au Portugal
25 avril 1974António (Sebastião Ribeiro) de Spínola : chef d'État (investiture/assermentation)
15 mai 1974António (Sebastião Ribeiro) de Spínola : chef d'État (investiture/assermentation)
16 mai 1974 Adelino da Palma Carlos : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
18 juillet 1974 Vasco (dos Santos) Gonçalves : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
30 septembre 1974Francisco da Costa Gomes : chef d'État (investiture/assermentation)
25 avril 1975[Résultats] Élections législatives
19 septembre 1975 José (Batista) Pinheiro de Azevedo : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
25 avril 1976 Tenue d'élections multipartites au Portugal
25 avril 1976[Résultats] Élections législatives
27 juin 1976[Résultats] Élection présidentielle
17 juillet 1976 Annexion du Timor oriental par l'Indonésie
14 juillet 1976António Ramalho Eanes : chef d'État (investiture/assermentation)
23 juillet 1976 Mário Soares : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
28 août 1978 Alfredo (Jorge) Nobre da Costa : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
22 novembre 1978 Carlos (Alberto) da Mota Pinto : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
1 août 1979 Maria de Lourdes Pintasilgo : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
2 décembre 1979[Résultats] Élections législatives
3 janvier 1980 Francisco (Manuel Lumbrales de) Sá Carneiro : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
5 octobre 1980[Résultats] Élections législatives
7 décembre 1980[Résultats] Élection présidentielle
4 décembre 1980 Diogo (Pinto de) Freitas do Amaral : chef du gouvernement (investiture/assermentation)

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension