Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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5 août 1994

Émeutes à La Havane

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Fidel Castro
Domaine public/Public domain

Irrités par les restrictions économiques, des milliers de Cubains désireux de quitter pour les États-Unis protestent dans les rues de La Havane, en août 1994. Il s'agit d'une des plus grandes manifestations anti-gouvernementales à frapper Cuba depuis l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro.

La chute de l'Union soviétique (URSS), en 1991, prive Cuba d'une aide annuelle de quelques milliards de dollars. Confronté à l'embargo américain, Cuba doit aussi composer en 1994 avec une des pires récoltes de sucre de la dernière décennie. Malgré une baisse du niveau de vie, le pays n'est pas affecté par des bouleversements politiques majeurs comme ceux qui ont secoué les ex-républiques communistes de l'Europe de l'Est. Le 11 février 1994, une rumeur de distribution de visas pour les États-Unis provoque un attroupement devant le bureau américain de visas. Mais il n'y a pas de dommages. Le 5 août, les choses se gâtent. Irrités par les restrictions économiques, environ 1000 jeunes désirant immigrer aux États-Unis se rassemblent spontanément sur le Malecón de La Havane, en réaction à la rumeur qu'un traversier va les amener en sol étasunien. Criant des slogans hostiles au régime cubain, ils attirent 3000 personnes de diverses classes sociales. Celles-ci se joignent à la manifestation qui devient violente. Les émeutiers envahissent la ville, lançant roches et bouteilles dans les vitres des magasins, particulièrement ceux réservés aux touristes. La police est dépassée et le président Castro intervient pour affronter les manifestants. Les forces de l'ordre sont aussi mobilisées. Le lendemain, le gouvernement met sur pied une grande manifestation pro-gouvernementale. Après l'émeute, qui a fait 3 morts et environ 100 blessés, Castro ordonne à la garde côtière cubaine de laisser partir ceux qui le désirent : 30 000 Cubains quitteront l'île. Entre-temps, 34 personnes seront jugées et condamnées lors de procès expéditifs au cours desquels les accusés, qui ne peuvent parler, sont défendus par un avocat gouvernemental qui leur a été assigné.

Dans les médias...


Marcel Péju, « À qui perd gagne »

«...Dans cette affaire, évidemment, l'objectif de Fidel Castro est clair : démontrer que l'embargo imposé par les États-Unis à Cuba depuis trente-deux ans est la principale cause de la crise économique dont souffre l'île et qu'ils doivent donc en supporter les conséquences. Or ce n'est qu'en partie vrai. En réalité, c'est la fin de l'aide soviétique, en 1990, et de la fourniture (notamment) de pétrole contre du sucre à des tarifs de faveur qui a révélé concrètement ce que savaient tous les économistes : Cuba vivait « au-dessus de ses moyens » au prix d'une dette sans cesse grandissante, évaluée aujourd'hui à 20 ou 30 milliards de dollars. D'énergiques réformes économiques - comme dans certains pays dans l'Est - auraient pu amorcer un redressement de la situation. Fidel Castro, malheureusement, n'a pu se résoudre qu'à des mesures improvisées et incohérentes. »

Jeune Afrique (France), 15 au 21 septembre 1994, p. 31-32.

Sylviane Tramier, « La fin du régime castriste ? »

«...Aux prises avec le mécontentement généralisé de la population; et devant des performances économiques nettement au-dessous des besoins, le président Fidel Castro pourrait être tenté d'utiliser le même procédé qu'en 1980 pour soulager la pression interne. Cuba dit vouloir rechercher avec les États-Unis une « solution conjointe » aux « problèmes migratoires » entre les deux pays. Et de fait, depuis dix ans, un dialogue américano-cubain est en cours sur le sujet de l'émigration cubaine, sans que l'on sache encore aujourd'hui vers quoi on se dirige. Le rôle de la communauté cubaine exilée est de toute évidence crucial pour la suite des relations américano-cubaines. Et 35 ans après la révolution, cette « cinquième colonne » vouée, selon les castristes, à la destruction du socialisme cubain, est moins monolithique. Les voix qui prônent le dialogue et le rapprochement avec La Havane parviennent à s'y faire entendre. »

Le Devoir (Québec, Canada), 10 août 1994, p. A1.

Tim Padgett et al., « A Pain the Backyard »

«...One riot doesn't make a revolution. And this one was tame by U.S. standards : although dozens of people were hurt and scores of plate-glass windows were broken, there were no fatalities officially reported. But it was by far the most violent protest in Cuba in the 35 years since Fidel Castro took power. (...) Castro's latest maneuvers only revealed a weak hand. At the same time he was blustering about opening the floodgates, he reportedly assured U.S. officials he would not set off another mass wave of emigration. He can't afford to. « In 1980, 125,000 left, » said a Havana man. « Today there would be millions who would go, and Fidel knows that. » But if he doesn't let Cubans out he may soon have to shoot them down, an issue that divides the ruling party. And his effort to ease the effects of the U.S. embargo by promoting tourism and letting U.S.-based exiles send in dollars seems only to have created a new underclass, burning with resentment. »

Newsweek (États-Unis), 22 août 1994, p. 30-31.

Gouvernance et gouvernement [ 5 août 1994 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Cuba
FaibleFidel CastroFidel Castro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Émeutes à La Havane


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