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5 octobre 1988

Émeutes en Algérie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Chadli Bendjedid

La lenteur des autorités algériennes à implanter des réformes économiques et politiques provoque une série de grèves et d'émeutes. Elles seront réprimées brutalement, mais joueront tout de même un rôle dans la révolution politique qui secouera le pays.

En 1985-1986, la chute des revenus pétroliers perturbe l'économie algérienne. En réaction, le gouvernement abandonne le modèle socialiste et se tourne vers une économie de marché. La transition est difficile. Le chômage, l'inflation et la baisse du pouvoir d'achat minent la confiance à l'endroit des dirigeants. Le président Chadli Bendjedid procède également à des réformes politiques. Il légalise les associations indépendantes et élargit cette liberté à des groupes comme la Ligue algérienne des droits de l'homme. Les mesures d'austérité et le sentiment que le gouvernement est corrompu incitent néanmoins des étudiants, soutenus par des travailleurs, à déclencher des grèves et protester. D'Alger, le 5 octobre 1988, les troubles s'étendent à tout le pays. Les émeutiers s'attaquent aux propriétés du Front de Libération nationale (FLN), aux mairies, aux postes de police et même aux officiers du gouvernement. L'état d'urgence est déclaré. À Alger, l'armée intervient avec 10 000 soldats. L'ordre est rétabli le 10 octobre, au prix de 500 à 600 morts, 3 500 arrestations et des dégâts évalués à 250 millions de dollars. Face aux pressions, Bendjedid accepte d'autres réformes démocratiques. Il déclenche des élections, qu'il gagne en décembre 1988, et fait adopter une nouvelle Constitution en février 1989. Elle confirme l'abandon du système socialiste, la garantie de la liberté d'expression, d'association et de réunion, ainsi que le retrait de garanties aux droits des femmes prévues par l'ancienne Constitution. Par ailleurs, le FLN n'est plus mentionné et le rôle de l'armée est limité à la défense nationale. Ces réformes seront suivies en 1989 par l'introduction d'un système multipartite. La nouvelle situation profitera aux islamistes dont l'influence augmentera rapidement.

Dans les médias...


François Soudan, « L'après-Chadli a commencé »

«...Cette armée, qui a pesé de tout son poids en faveur de Chadli au lendemain de la mort de Boumedienne, reprend aujourd'hui quasi officiellement les rênes de la situation. De sa capacité de réaction et d'autocritique dépendra le choix qu'elle fera désormais. Ou bien la poursuite d'une politique de répression, une « baathisation » du régime induite par ceux qui, depuis deux ans, s'employaient à empêcher les timides ouvertures du régime et qui, au début de la révolte, ont cru pouvoir utiliser et manipuler les émeutiers contre les adversaires du statu quo et contre le président lui-même. Cette évolution envisageable ne débouchera ici que sur une forme ou une autre de guerre civile...(...) Révolte sans lendemain ? Certainement pas. À l'évidence, un vaste « nettoyage », notamment au sein des structures dirigeantes du parti FLN, apparaît en effet comme inéluctable. Début d'un grand changement ? Rien n'est moins sûr. Le pluripartisme n'est pas, qu'on le sache, à l'ordre du jour et il n'est question, dans l'allocution de Chadli Bendjedid, le 10 octobre, que de la redistribution de parcelles de liberté. »

Jeune Afrique (France), 19 octobre 1988, p. 9-10.

René Backmann, « Alger : la peur du putsch »

«...Toutes les cartes politiques aujourd'hui sont redistribuées. Le FLN, qui n'a su ni anticiper ni contenir la révolte des jeunes, semble être le grand perdant de cet octobre noir, avec l'armée, qui porte la terrible responsabilité d'avoir ouvert le feu sur des manifestants sans armes et d'avoir tué des adolescents. Le président Chadli, qui voulait voir l'armée s'éloigner de la politique et s'installer dans ses casernes et qui entend réduire les pouvoirs du FLN, paraît gagnant sur deux tableaux. Mais il aurait tort de considérer le référendum à répétition comme une arme absolue, surtout s'il s'agit chaque fois d'approuver des réformes constitutionnelles floues et cosmétiques. « Tant qu'on n'aura pas remplacé l'Assemblée populaire nationale, composée de membres du FLN, par une représentation authentique et démocratique du peuple algérien, la responsabilité du gouvernement devant le parlement prévue par le référendum n'aura aucune signification, estime l'un des responsables de la coordination étudiante à l'université de Tizi-Ouzou, l'une des plus turbulentes du pays. Cela dit, il faut prendre tout ce qui nous est offert. La semoule quand il y en a et la démocratie même si elle arrive au compte-gouttes. » »

Le Nouvel Observateur (France), 21 au 27 octobre 1988, p. 37.

S.A., « A « State of Siege » in Troubled Algeria »

«...Even if the violence ends completely, the underlying tensions will remain. Algeria is undergoing a demographic explosion; two thirds of the population is under 25. These youths are the main victims of joblessness. They are potential targets of Islamic fundamentalist agitators - who tried without much apparent success last week to intensify the protests. The unrest seemed likely to play into the hands of Bendjedid's hard-line opponents in the ruling party. Approaching his 10th year in power, the president has begun economic reforms reducing state control. But the decline in world oil prices - oil and gas revenues account for 95 percent of Algeria's earnings - has left the country without a cushion to absorb the pains of transition. If reform means austerity, Bendjedid will have to think twice before he prescribes any more of it. »

Newsweek (États-Unis), 17 octobre 1988, p. 41.

Gouvernance et gouvernement [ 5 octobre 1988 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Algérie
FaibleChadli BendjedidAbdelhamid Brahimi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1983 - 1993



octobre
1988
Émeutes en Algérie

janvier
1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

février
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Proclamation de l'état d'urgence en Algérie


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