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mai 1968

Contestation étudiante et ouvrière en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Un mouvement de contestation étudiante atteint des proportions inattendues et mène à des affrontements avec les forces de l'ordre. Des arrêts de travail perturbent également la France qui est secouée par la crise politique la plus importante depuis la création de la Ve République, en 1958.

La contestation, qui a commencé sur le campus de l'Université de Nanterre en mars, s'affirme graduellement comme une profonde remise en question des institutions. Elle fait tache d'huile en mai 1968. Manifestations et accrochages avec les forces policières se multiplient. Dans la nuit du 10 au 11 mai, des barricades sont dressées au Quartier latin et les affrontements deviennent de plus en plus violents. La situation prend une tournure chaotique alors que des millions de travailleurs font la grève et occupent leurs usines. La France est presque paralysée et les institutions politiques sont impuissantes à dénouer l'impasse. Après une offre de référendum sur la participation qui a peu d'impact, le président Charles de Gaulle, de retour d'un voyage en Allemagne (28 et 29 mai) qui soulève bien de interrogations, annonce la tenue d'élections législatives pour le mois de juin. La contestation se poursuit pendant quelques semaines mais elle s'atténue considérablement. Les travailleurs reprennent l'ouvrage en juin et les élections procurent une victoire éclatante aux Gaullistes, le 30 juin.

Pour en savoir plus: La France est menacée de dictature

Dans les médias...


S.A., «Mai 68»

«...Pendant quelques jours, la démocratie ne fut plus une forme, un régime, mais une pratique. Il fallait discuter, il fallait participer, il fallait changer. Et tandis que philosophie et politique nous parlent de système clos, de contraintes, de limites, il y a eu, sous nos yeux, cette transgression, cette éruption. Jeunesse redoublée : celle de l'événement, celle des participants. Certes le mouvement avait touché déjà les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie... Mais Paris lui a donné une vigueur et un écho particuliers. Au lieu de se retourner contre les étudiants, la population a soutenu et compris leur mouvement. De jeunes ouvriers l'ont répercuté dans les usines. Un accord profond s'est esquissé qui laissera des traces. La révolte des étudiants est parvenue à rassembler un moment des revendications éparses en notre société. Son radicalisme a fait son succès. On voyait dans les premières bagarres sa colère muette, appliquée comme un travail; elle ne revendiquait pas un avantage, une réforme; on ne criait pas, ou peu. Derrière la police, ce que visaient les pavés n'avait pas de nom : c'était le conservatisme autoritaire des caciques, la bureaucratie stupide, la publicité béate, la cruauté abstraite qui condamne le tiers de l'humanité à la famine, l'échec de nos révolutions, la capitulation de nos espérances.»

Esprit (France), juin-juillet 1968, pp. 962-963.

André Gorz, «Limites et potentialités du mouvement de mai»

«...C'est cette incapacité des appareils à assigner à la lutte un ensemble d'objectifs syndicaux et politiques, indissolublement liés, et dont la réalisation enclenche un processus révolutionnaire appelé à dépasser rapidement les revendications de départ, qui a déterminé l'aspect ambigu -tout à la fois trade-unioniste et virtuellement insurrectionnel- de la grève générale de mai. En effet, par le fait que l'enjeu et la visée de cette grève restaient indéterminés, celle-ci s'est présentée comme un refus global, indifférencié, du régime et de la société capitaliste; par là, elle revêtait objectivement un caractère maximaliste : il fallait vaincre complètement tout de suite, sous peine de ne rien gagner; entre la victoire totale et la défaite totale il n'y avait rien; c'était tout ou rien. Ce maximalisme objectif du mouvement donnait un sens objectif immédiatement insurrectionnel à la grève, mais aussi renfermait le germe de son échec.»

Les Temps modernes (France), août-septembre 1968, p. 233.

Edgar Morin, «Les jours qui ébranlent la France...»

«...Tout ceci a été réalisé parce que, dans la conjoncture, Jeunesse-Liberté ont été identifiées et se sont opposées à Vieillesse-Autorité. Mais cela n'a été possible que grâce aux circonstances exceptionnelles qui ont tout déclenché, grâce à la grande mobilité stratégique, l'imagination spontanée qui frappe l'opinion (occupation de la Sorbonne, défi lancé à l'O.R.T.F., marches de fraternisation), les nouveaux modes d'action étudiants qui, brisant l'antagonisme sociologique entre l'usine et la faculté, les a aimantées l'une vers l'autre et a effectué une injection de libertarisme juvénile dans le vieux corps de la France. Il est probable que l'action révolutionnaire de la commune étudiante aboutisse non pas à la révolution, mais à un train de réformes sociales, décentralisatrices, rajeunissantes. Mais il est possible aussi que cette action, en ébranlant les appareils des partis ouvriers, en ouvrant un cours nouveau, débouche sur la constitution de la nouvelle gauche tant de fois annoncée...»

Le Monde (France), 19 et 20 mai 1968, p. 9.

Claude Ryan, «La crise sociale et politique en France...et ailleurs»

«...Par-delà les autorités politiques dont le pouvoir moral est soit nié, soit assailli, ce sont, en un sens réel, tous les détenteurs d'autorité du monde occidental (et aussi des pays évoluant dans l'orbite de la Russie soviétique), qui sont remis en question. Les jeunes générations et les forces sociales d'avant-garde ne veulent plus d'une autorité exercée à la manière d'un privilège ou sous le parapluie d'une orthodoxie trop jalouse. Elles ne sont pas prêtes, d'autre part, à assumer elles-mêmes, sans coûts moraux et matériels catastrophiques, les responsabilités du pouvoir. Une tension dangereuse est ouverte entre la prudence des premiers et l'impertinence des autres. Cette crise pourrait être, pour de nombreux pays, l'occasion d'une nouvelle synthèse entre les valeurs de liberté et les valeurs d'autorité. Elle pourrait aussi, si elle n'est point résolue à temps, être le début d'une série de craquements dont le dénouement pourrait bien être l'éclosion douloureuse d'un nouveau type de civilisation. Nous ne nous tirerons pas de cette situation avec de simples cataplasmes.»

Le Devoir (Québec, Canada), 22 mai 1968, p. 4.

S.A., «France at the Barricades»

«...Charles de Gaulle's proudest boast has been that he restored political stability to a country long considered ungovernable -and three weeks ago no rational observer would have dared to challenge that boast (...) Yet last week, the world was witnessing a latter-day French Revolution -not a revolution in the traditional sense of armed uprising but nonetheless, in the developing political style of the second half of the twentieth century, an authentic revolution. And it was a revolution with implications that extended far beyond France. For its underlying causes -the growing rigidity of conventional techniques of government and the inchoate, unsatisfied aspirations of the international underground known as «the younger generation»- were present in every Western nation. What had happened in Paris was, after all, simply an exaggeration of events which have already occurred in Berlin and New York.»

Newsweek (États-Unis), 27 mai 1968, p. 44.

Gouvernance et gouvernement [ 0 mai 1968 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireCharles de GaulleGeorges Pompidou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1963 - 1973



janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne

décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1966
Annonce du retrait de la France de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord

mars
1967
Tenue d'élections législatives en France

mars
1967
[Résultats] Élections législatives

mars
1968
Éclosion du Mouvement du 22 mars en France

mai
1968
Contestation étudiante et ouvrière en France

juin
1968
Tenue d'élections législatives en France

juin
1968
[Résultats] Élections législatives

avril
1969
Tenue d'un référendum menant à la démission du président français Charles de Gaulle

mai
1969
Remise du prix du jury à Cannes au film Z de Costa-Gavras

juin
1969
Élection de Georges Pompidou à la présidence de la République française

juin
1969
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1971
Création de l'organisation Médecins sans frontières

mars
1973
Tenue d'élections législatives en France

mars
1973
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


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2019
Perquisition de l'opposition en France : Jean-Luc Mélenchon dénonce furieusement un abus de pouvoir

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2019
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2018
Donner du sang, oui, mais pas pour toute la France...

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2018
Le président français devant le Congrès américain : séduction ou critique ?

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2018
Le populisme sous la loupe du Forum mondial de la démocratie de Strasbourg

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2017
Des élections désastreuses pour le Parti socialiste en France

juillet
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Nostalgie ou changement sans dérangement

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2017
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Des États-Unis à la France, Donald Trump ne laisse personne indifférent

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