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29 février 1992

Proclamation de l'état d'urgence en Algérie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohammed Boudiaf

La victoire du Front islamiste du Salut (FIS), au premier tour des législatives algériennes de décembre 1991, incite les autorités à annuler le deuxième tour afin d'empêcher cette formation d'accéder au pouvoir. La proclamation de l'état d'urgence, le 29 février, est le prélude à une guerre civile sanglante qui fera plus de 200 000 morts.

La victoire du FIS aux législatives de décembre 1991 créa une onde de choc en Algérie et en Occident. La crainte de voir le FIS contrôler le Parlement incite l'armée à réagir. Elle presse le président Chadli Benjedid à démissionner, le 11 janvier 1992. Son successeur, Mohamed Boudiaf, annule le deuxième tour des législatives. Puis, le 29 février, l'état d'urgence est proclamé pour une durée de 12 mois. Les partis politiques, dont le FIS, sont suspendus, ainsi que toute liberté d'expression et d'assemblée. De plus, l'état d'urgence permet aux cours militaires de se soustraire au respect des droits de l'Homme dans les causes criminelles liées à la sécurité nationale. Un an plus tard, il est prolongé indéfiniment. En octobre 1992, les autorités promulguent un décret anti-terroriste, suivi en décembre par l'établissement de tribunaux anti-terroristes. Entre-temps, les forces de l'ordre procèdent à un ratissage : 9 000 membres du FIS arrêtés sont jugés par des cours militaires ou voient leurs cas transférés aux cours anti-terroristes. Selon un rapport du département d'État américain, ces mesures permettent aux autorités algériennes de mieux contrôler le processus judiciaire. Ainsi, une centaine de membres du FIS sont condamnés à mort en 1992, alors qu'une centaine d'autres sont sommairement exécutés. Le FIS réplique en déclenchant une guerre de guérilla. Après l'assassinat du président Boudiaf, en juin 1992, Ali Kafi devient président. Il sera remplacé par un grand conseil de cinq membres avant que le ministre de la Défense, Liamine Zéroual, n'assume les pouvoirs présidentiels en 1995. En dépit de sa promesse de rétablir la démocratie, l'Algérie vivra une guerre civile sanglante qui fera plus de 200 000 morts en près de 15 ans.

Dans les médias...


Rémy Leveau, «Algérie : anatomie d'un changement incertain»

«...L'avenir dira si ce choix d'une reprise en main autoritaire de type tunisien n'a pas retardé une évolution qui aurait permis, grâce aux urnes, d'engager plus tôt les islamistes dans un processus d'intégration à la vie politique de la masse d'exclus qu'ils représentent. Les nouveaux dirigeants d'Alger auront du mal à légitimer longtemps leur action par un discours sur le surcroît de démocratie guidée qu'ils représentent. Il leur faudra très rapidement trouver d'autres thèmes que l'on pourrait chercher soit du côté d'une relance nationaliste, soit dans des procès pour corruption des anciennes équipes. Mais le temps gagné les conduit logiquement à rechercher sous d'autres formes, avec des partenaires plus sûrs pour la technostructure militaire, la poursuite des compromis qui s'esquissaient sous la présidence de Chadli depuis 1988.»

Esprit (France), mars-avril 1992, p. 94.

Rachid Mimouni, «Sortir de l'impasse»

«...Il n'en demeure pas moins que cette escalade dans l'usage de la force armée ne saurait tenir lieu de remède. Il n'est pas réaliste de croire qu'on peut ainsi démanteler un mouvement qui, tout minoritaire qu'il soit, rallie les suffrages du quart de l'électorat. De plus, notre conscience ne peut taire les multiples atteintes aux droits et libertés qu'implique cette politique du bâton, même si elle s'exerce à l'encontre d'hommes qui ne se sont pas illustrés comme des chantres de la démocratie et qui, s'ils avaient pu accéder au pouvoir, n'auraient eu aucun scrupule à étouffer les voix dissonantes. Elle risque de creuser le fossé entre deux parties de la population dont les projets s'avèrent inconciliables et qui ne sont pas parvenus à s'accorder sur une base minimale qui aurait permis d'envisager la possibilité de cohabiter. Cet engrenage est lourd de menaces. Comment sortir de cette grande discorde qui concerne la population, toutes opinions confondues ? L'Algérie est déchirée par cette fitna que le Prophète, peu avant sa mort, avait désignée comme le plus mortel danger qui guettait la communauté islamique naissante. Il est indispensable de mettre en oeuvre un processus de réconciliation nationale.»

Jeune Afrique (France), 20 au 26 février 1992, pp. 20-21.

Simon Malley, «Algérie»

«...Mais Chadli Bendjedid, qui s'était déclaré disposé à cohabiter avec une majorité FIS au Parlement -en prenant soin d'en informer le leader par intérim du FIS, Abdel Kader Hachani- estimait qu'il était en mesure de contrôler tout excès des islamistes en se basant sur les pouvoirs que lui conférait la Constitution. Cependant, ni Sid Ahmed Ghozali ni les chefs militaires ne partageaient cette conviction qui n'était pour eux qu'une «illusion» sans lendemain. Car s'il n'y parvenait pas, que se passerait-il ? La mainmise du FIS sur le fonctionnement de la vie nationale et les conséquences qui en découleraient ne pouvaient être empêchées ultérieurement que par une intervention militaire qui risquerait d'être d'autant plus grave que le FIS aurait entre temps infiltré la plus grande partie des institutions nationales, et peut-être même celles des forces de défense et d'ordre public (armée, gendarmerie, etc.) ? L'analyse des civils et des militaires concordait : seule une action préventive pouvait faire échec à la conquête du pouvoir par le FIS.»

Le Nouvel Afrique-Asie (France), février 1992, p. 11.

Jill Smolowe, «The Prelude to Confrontation»

«...the military was not alone in fearing that, once in power, the fundamentalists would impose an Islamic republic : neighboring Arab and African states appeared relieved when the Algerian military stepped in. The Tunisian daily As-Sabah characterized the intervention as «a last-minute change of direction by a train heading toward the abyss.» For the West, which has been witnessing one political upheaval after another -from the Tiananmen Square crackdown in China to the Soviet Union's unraveling in the wake of a failed coup -Algeria's crisis posed a special dilemma. What should take precedence : democratic principle or political self-interest ? Did the election of a fundamentalist regime amount to a contradiction in terms ? Most Western governments maintained silence, neither championing a continuation of the elections nor condemning the army's intervention.»

Time (États-Unis), 27 janvier 1992, p. 26.

Gouvernance et gouvernement [ 29 février 1992 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Algérie
FaibleMohammed BoudiafSid Ahmed Ghozali

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1987 - 1997



octobre
1988
Émeutes en Algérie

janvier
1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

février
1992
Proclamation de l'état d'urgence en Algérie

février
1995
Émeute dans la prison de Serkadji, en Algérie

novembre
1995
Élection de Liamine Zéroual à la présidence de l'Algérie


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