16 juillet 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

21 août 1968

Intervention des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Prague

L'élan réformiste entrepris au printemps 1968 par les dirigeants politiques tchécoslovaques est brutalement interrompu par une invasion militaire des troupes du pacte de Varsovie.

En 1968, la vie politique de la Tchécoslovaquie est marquée par l'accession au pouvoir de réformistes comme le nouveau premier secrétaire du Parti communiste (PC), Alexander Dubcek, et le premier ministre Oldrich Cernik. Un programme présenté au printemps contient des mesures comme la suppression de la censure dans la presse, la réhabilitation des victimes de procès politiques tenus antérieurement ainsi que des ouvertures à l'endroit de l'Église et des syndicats. Les Soviétiques expriment des inquiétudes face à ces changements lors de rencontres qu'ils ont avec les dirigeants tchécoslovaques. Ces derniers se font rassurants mais, le 21 août, les forces du pacte de Varsovie envahissent le pays. Ils neutralisent la résistance sans difficulté. Le geste est dénoncé avec force, même par les partis communistes italiens et français. Dans les jours qui suivent, un accord de compromis est signé à Moscou. Les dirigeants tchécoslovaques conservent leurs postes mais les réformes du « printemps de Prague » sont oubliées. Dubcek sera démis de ses fonctions en 1969 et Cernik en 1970.

Dans les médias...


André Fontaine, «Retour au protectorat»

«...En 1948, le coup de Prague avait considérablement contribué au déclenchement de la guerre froide. Vingt ans plus tard, la détente risque de fortement pâtir du diktat soviétique. Partout, et notamment en Allemagne, ses adversaires vont relever la tête (...) Cela dit, toutes les larmes qui vont être versées, plutôt hypocrites d'ailleurs lorsqu'elles viennent d'un pays qui a montré au Vietnam et à Saint-Domingue comment il entendait le principe de l'autodétermination des peuples, ne changeront rien au fait que les Deux grands se sont entendus sur un certain partage du monde, et que chacun laisse l'autre libre de faire, dans sa propre sphère d'influence, ce qu'il juge bon. Le président Johnson n'a pas laissé ignorer qu'en tout état de cause il ne se mêlerait pas du sort du peuple tchécoslovaque, qui se trouve ainsi une fois de plus abandonné à lui-même.»

Le Monde (France), 22 août 1968, p. 1.

Jean Daniel, «Le crime des dirigeants soviétiques»

«...On a souvent rappelé, au cours de ces derniers jours, le tragique précédent de Budapest. Il est vrai que dans les deux cas il s'est agi de remettre au pas des dissidents et de faire rentrer dans l'ordre des vassaux rebelles (...) Mais les différences sont considérables. En 1956, c'était la guerre froide et, à tort ou à raison, l'U.R.S.S. pouvait estimer qu'elle était plus ou moins menacée. Aujourd'hui, c'est la coexistence. Personne ne menace plus l'U.R.S.S. En 1956, l'U.R.S.S., malgré la disparition de Staline, jouait encore le rôle de patrie première et unique du socialisme. On sait que cela n'est plus le cas en 1968. Imre Nagy avait demandé le soutien des forces atlantiques. M. Dubcek a fait appel, lui, à la conscience du monde socialiste. Les Hongrois étaient, en 1956, divisés et les éléments prosoviétiques étaient à la fois nombreux et puissants. L'U.R.S.S. n'a eu aucune peine à constituer un gouvernement de rechange. En 1968, les députés et les ministres tchécoslovaques lancent des ultimatums à l'Union soviétique. Rien ne pouvait justifier le forfait de 1956 : on a pu l'expliquer. Rien n'explique, en revanche, le crime de 1968, sauf la sclérose, l'aveuglement et le cynisme des bureaucrates sanglants du pacte de Varsovie.»

Le Nouvel Observateur (France), 26 août au 1e septembre 1968, p. 15.

T.M., «De sang-froid»

«...À la différence des pires crimes staliniens, ces actes ont été commis de sang-froid, en l'absence de tout danger extérieur. Ils révèlent une rare stupidité dans l'interprétation policière de l'histoire; une conception purement militariste du rapport des forces mondiales; une complète indifférence pour la cause du socialisme et de la révolution dans le monde; une totale dégénérescence des dirigeants et du fonctionnement des institutions soviétiques. Dégénérescence que nul ne peut plus prétendre expliquer par Staline, par Beria, par l'imminence de périls extérieurs; dégénérescence qui exige -comme l'avaient aussi soutenu les intellectuels communistes tchécoslovaques- que le mouvement communiste international règle ses comptes avec le passé, s'en prenne aux causes profondes, historiques et politiques, du stalinisme, dénie aux dirigeants du P.C.U.S. tout privilège et toute position hégémonique, et fonde une unité d'un type nouveau du mouvement révolutionnaire mondial sur le respect de la diversité et de l'autonomie des formes du combat révolutionnaire et des formes du socialisme.»

Les Temps modernes (France), août-septembre 1968, p. 195-196.

Claude Ryan, «Pax sovietica»

«...Précisément parce qu'elle procédait à la fois d'un attachement profond au socialisme et d'une recherche passionnée de la liberté; l'expérience tchécoslovaque avait ouvert des perspectives nouvelles non seulement pour les pays de l'Est mais aussi pour ceux de l'Ouest. Aux pays de l'Est, elle faisait entrevoir la redécouverte de valeurs auxquelles ils n'ont jamais, au fond d'eux-mêmes, renoncé. Pour les pays de l'Ouest, elle faisait poindre un défi intellectuel et politique nouveau, celui d'un socialisme qui ne serait plus l'ennemi des libertés fondamentales de l'homme. En décidant de mettre fin à l'expérience Dubcek, l'URSS et ses alliés ont révélé à la face du monde que le socialisme qu'ils défendent n'est pas mûr pour la liberté. Ils reconnaissent, en somme, que ce type de socialisme ne peut se maintenir, du moins dans l'immédiat, que par le recours à la tutelle et à la force. C'est un jour triste pour ceux qui, en Occident, avaient commencé à croire à la possibilité d'une libéralisation sérieuse du socialisme communiste.»

Le Devoir (Québec, Canada), 22 août 1968, p. 4.

S.A., «Tanks Are Not Enough»

«...In the end, however, the most profound effects of the Czech invasion seemed likely to occur within the Communist world, where the whole affair originated. The Soviet attack provoked considerable resentment among world Communist parties; it may even have dealt the final blow to the Russians' dream of international Communist unity. And if, in turn, Soviet aggression is followed by Soviet withdrawal, the spectacle of Moscow's indecision and bungling could very well encourage more nations within the Marxist camp to step out more boldly along the paths of liberalism. History may, in fact, come to regard the Czech invasion as part of a worldwide phenomenon that has distinguished this remarkable year. Everywhere, from Peking to Paris, old orthodoxies seem to have fallen under attack. And though the forces of change have as yet seldom won an unqualified victory, the Czechoslovak episode suggests that by driving the Establishments of the world to desperate countermeasures, the advocates of new patterns in human affairs are rendering the grip of orthodoxy even more tenuous.»

Newsweek (États-Unis), 2 septembre 1968, p. 11.

Gouvernance et gouvernement [ 21 août 1968 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tchèque (Rép)
TransitionLudvík SvobodaOldrich Cerník

Slovaquie
IntermédiaireLudvík SvobodaOldrich Cerník

Russie
FaibleNikolai PodgornyAleksei Kossyguine

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1963 - 1973



août
1968
Intervention des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie

mars
1969
Victoires de la Tchécoslovaquie contre l'Union soviétique aux championnats du monde de hockey sur glace, à Stockholm


Dans l'actualité


février
2019
Le président tchèque Milos Zeman visite sa vielle amie la Chine pour une quatrième fois

janvier
2018
2018 : une année décisive pour la République tchèque

décembre
2016
Visegrad : un groupe pour la défense de petites identités nationales

avril
2015
Vingt-cinq ans après la dissolution de la Tchécoslovaquie : les Républiques tchèque et slovaque restent en bons termes

octobre
2014
Jusqu'où ira la zone euro?

janvier
2014
République tchèque : des législatives anticipées et des résultats surprenants

avril
2013
Début d'une nouvelle ère pour la démocratie représentative en République tchèque

janvier
2012
Vaclav Havel, mort de l'icône de la Révolution de velours

janvier
2009
Changement de direction de l'UE : au tour de la République tchèque

septembre
2008
Les radars américains en sol tchèque inquiètent


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019